Les frères Dryden.

Pouvoir magique

CHRONIQUE / Faire renaître le Rocket, Ken Dryden et Gordie Howe, c’est le tour de force que j’ai réalisé, pas plus tard que la semaine dernière, avec ma chronique intitulée Le parrain.

Je ne pratique peut-être pas l’un des dix métiers les plus cools répertoriés sur la planète, mais mon job, celui de chroniqueuse, me confère un pouvoir à la limite du magique : celui de générer des émotions et de ramener d’agréables souvenirs à la surface. Pour ça, j’ai envie de me péter les bretelles.

Elle est d’ailleurs toute là la différence entre l’article journalistique traditionnel informatif et la chronique. Sans rien enlever à la première, fort importante et essentielle, la deuxième est plus animée. Ça ressemble étrangement au contraste qui existe entre le rapport de police et le roman policier. Un est froid, l’autre donne des frissons.

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Après avoir lu mon billet, Cynthia, avec qui je suis allée au primaire, Jeanne-Mance, une amie qui est la tante d’une autre bonne amie, et M. Lambert, un fidèle lecteur, ont tous pris le temps de partager avec moi une tranche de vie en lien avec le thème du parrainage/marrainage. Et, le plus beau dans ces échanges, c’est qu’à mon tour, je suis alors émue ou, comme dans le cas de l’histoire de M. Lambert, je suis soudainement propulsée en plein match de hockey dans le défunt Forum de Montréal!

«Votre histoire a réveillé (encore une fois) de profonds souvenirs. Le mien, mon parrain, qui était le frère de mon père, m’a probablement donné mon amour inconditionnel pour le hockey», m’a-t-il écrit.

«Dans les années 1970, il habitait à Montréal à deux stations de métro du Forum. Je ne sais combien de fois, des samedis soirs, mon père avait trouvé des billets pour la game. Nous partions tous les trois, mes parents et moi, en direction de chez oncle Émile et tante Françoise (le pourquoi je me nomme François !). On allait débarquer maman chez lui, le temps qu’entre hommes, papa et moi prenions le métro pour se diriger vers le Forum.

J’ai été témoin, de nombreux événements ! Comme la fois où pour la première fois de l’Histoire, deux frères gardiens de but s’affrontaient !

Le 20 mars 1971, les Sabres de Buffalo et leur gardien attitré, Dave Dryden, sont venus à Montréal pour affronter les Canadiens et son gardien, Ken Dryden ! Un souvenir que je chéris passionnément !

Là où mon parrain entre en ligne de compte, c’est quand nous revenions chez lui chercher maman, et que nous parlions de la partie qu’il avait regardée à la tv. Il était un passionné de hockey. Il a suivi toute la carrière de Maurice « le Rocket » Richard. Il me racontait les exploits du célèbre numéro 9 et les centaines d’arrêts réalisés par Jacques Plante. Il mimait même les gestes du Rocket ! Tellement, que j’avais l’impression d’être au Forum durant les années 50 ! Il mimait aussi les fois où Émile « Butch » Bouchard, le policier et dur à cuire des Canadiens, venait « moucher » les vilains des RedWings de Détroit, Gordie Howe et Ted Lindsay, qui cherchaient noise au Rocket !

Encore aujourd’hui, je ferme les yeux, et je revois mon parrain Émile faire une gestuelle digne des plus grands imitateurs au monde, pour me transmettre cette passion de notre sport national qui ne m’a jamais quitté depuis plus de 40 ans !»

Quand je reçois ce genre de témoignage, je me dis « Mission accomplie ! »

Je ne suis pas astronaute. Je ne suis pas plus testeuse de voyages ou encore photographe pour National Geographic. Pas grave. Amener l’autre ailleurs. Le faire voyager. Le toucher, le faire rire ou réagir par mes images, je le fais à ma façon. D’un coup de plume.