En sortant du Palace ce soir-là, allez savoir pourquoi, je n’avais qu’un souhait : vieillir jeune.

Non aux poules mouillées!

La tournée mondiale du Festival du film de montagne de Banff s’est arrêtée à Granby la semaine dernière. Ce soir-là, le Palace était plein à craquer de tripeux de plein air prêts à recevoir en pleine face une avalanche d’images et d’histoires spectaculaires de gens allés au bout de leur rêve. Moi, je suis sortie de là déçue.

Pas que les films n’étaient pas intéressants. Au contraire. Neuf nous ont été présentés. Du lot, trois — un petit, un moyen et un gros — abordaient sensiblement le même thème.

Le trio m’est rentré dedans. Pourquoi ? Parce que j’ai réalisé que j’étais peut-être en train de vieillir plus vite que mon âge. Ma déception me concernait. J’étais déçue de moi.

Après avoir vu pendant trois heures des images à couper le souffle de skieurs téméraires, de cyclistes et de coureurs confiants, de paysages grandioses et d’accomplissements inspirants, la seule qui m’est restée en tête était celle de ma fille, la plus jeune. Je la revoyais quelques jours plus tôt, assise en indien dans sa soucoupe bleue au sommet de la butte la plus haute du parc, joyeuse de glisser, mais triste de voir que je refusais de me joindre à elle prétextant ma crainte de me blesser au dos.

J’AI 43 ANS !

À ce rythme-là, c’est clair que je vais avoir besoin d’aide pour attacher mes souliers d’ici dix ans. Non, mais ! Mon dos est en pleine forme ! Je m’entraîne pour qu’il aille toujours bien. Mon refus de glisser venait de ma peur d’avoir peur. Wow ! Quel bel exemple de dépassement de soi je donne à ma fille ! La honte me gruge en dedans quand j’y pense.

« Malheureusement, les gens se voient souvent plus vieux qu’ils ne le sont en réalité. »

Ces paroles sont celles de Tania Halik. À 60 ans, elle a accompagné sa fille, les skis aux pieds, pour s’élancer dans une traversée de six mois de la chaîne côtière qui se trouve entre Squamish, en Colombie-Britannique, à Skagway, en Alaska. Leur voyage nous a été raconté dans le film The Mountain Life.

La dame disait regretter que plusieurs écoutent trop leurs bobos, s’empêchant du coup de vivre pleinement leur vie. Même ceux qui, comme moi, sont loin d’être vieux !

Si notre condition physique a tendance à nous contraindre à 40 ans, imaginez à 65 ! S’il fallait, en plus, que je commence à m’en faire avec la perception des autres sur ce que je ferai ou non comme activités plus tard, je ne suis pas sortie du bois !

« Le fait de se dire “je suis trop vieux pour ça” n’a rien à voir avec la condition physique d’une personne, mais plutôt avec là où elle en est dans sa vie et la perception qu’elle a de ce qui est attendu d’elle à ce moment-là », soulignait Galit Nimrod, professeure associée au département des sciences de communication de l’Université Ben Gurion de Negev, en Israël, dans un article intitulé Arrêtez de dire que vous êtes trop vieux pour faire les choses !

Le regard qu’on porte sur notre parcours, c’est ce qui importe, dit-elle.

Prenez George Etzweiler. Dans le film For the Love of Mary, on voit l’homme de 97 ans participer à une course organisée chaque année dans le mont Washington. Le monsieur court depuis 1989. Faites le calcul : il a commencé à l’âge de 67 ans ! L’été dernier, alors qu’il avait 98 ans, il a bouclé le parcours avec une minute de moins que son record de l’an dernier ! Devinez ce qu’il a dit au terme du défi ? Qu’il planifiait recommencer l’an prochain !

Des phénomènes du genre, c’est inspirant. Ça vous pousse à déplacer des montagnes.

Dans le dernier film qui nous a été présenté ce soir-là, on voyait Jacques, un Français, installé au Colorado pour la vie trépidante que le lieu a à offrir.

Dans The Frenchy, il raconte, du haut de ses 41 ans « 41 par jambe, c’est-à-dire 82 ! » comment après avoir frôlé la mort près de 23 fois, il mène une vie active. Le ski, comme le vélo, n’a plus de secrets pour le coloré octogénaire. Un autre spécimen qui défie les lois de la nature.

« Ne soyez pas des poules mouillées ! » qu’il nous lance d’ailleurs alors que la caméra le suit avant qu’il dévale une montagne à vélo.

Bouger et être positif, c’est le secret, qu’il dit. Comme ça, « No problem ! », qu’il insiste.

« You have to have a strong carcass. Otherwise, everything collapse », a-t-il ajouté avec son accent français gros comme les Rocky Mountains.

« The main thing is never give up! »

En sortant du Palace ce soir-là, allez savoir pourquoi, je n’avais qu’un souhait : vieillir jeune.

Sachez que la tournée mondiale du Festival du film de montagne de Banff s’arrête dans plusieurs villes du Québec jusqu’au 14 mars. Pour voir s’il passe par chez vous, découvrez l’horaire sur banffquebec.ca. Vous ne serez pas déçus.