Le clown garde espoir

CHRONIQUE / Ce n’est un secret pour personne, le but de cette chronique est de vous amener ailleurs. De vous éloigner de l’actualité. De vous faire rire, réfléchir, décrocher. Pour y arriver, je m’abreuve à mon quotidien. À celui de ceux et celles qui m’entourent. Je m’inspire de ce qui m’habite.

Début août, pour prendre de l’avance, j’avais commencé un texte sur le fait que mes filles ont souvent peur de leur ombre. Deux anecdotes avaient d’ailleurs marqué la semaine et je souhaitais, en riant de nos travers familiaux, comme toujours, explorer le phénomène qui, je sais, se répète sans doute dans bien d’autres foyers.

L’autre jour, la grande décide de se rendre chez une amie en vélo. C’est tellement rare que la petite s’est mise à s’inquiéter que sa sœur ne revienne plus jamais à la maison.

Plus tard dans la semaine, on envoie la petite et son amie acheter des pains à hamburger au dépanneur situé au coin de la rue. La grande s’en faisait au bout à l’idée qu’elles se fassent frapper par une voiture ou kidnapper !

Non mais ! Comme si c’était arrangé avec le gars des vues, un petit livre sur le stress chez les jeunes — destiné, justement, aux jeunes — a atterri sur mon bureau peu de temps après. Le stress, ça me stresse, drôle et bien illustré, allait amener le côté plus sérieux à mon propos.

Mais je ne vous en parlerai pas.

Au début de la semaine dernière, j’ai appris que le groupe de presse dont La Voix de l’Est fait partie venait d’envoyer un avis d’intention pour se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité.

Toute la journée, je me suis sentie comme si je venais d’apprendre la mort d’un membre de ma famille. Pour faire une histoire longue courte : il est minuit moins une pour Groupe Capitales Médias. On a trois mois pour se réinventer et trouver des solutions viables. Alors quand est venu le temps de rédiger cette chronique après cette semaine tourbillonnante, je me suis questionnée : j’en parle ou j’en parle pas ? On en entend tellement parler... Mais c’est si gros, d’un autre côté, je ne peux pas passer à côté... C’est gros pour le Québec, mais encore plus gros dans ma vie.

Je suis dans ma vingtième année de journalisme à La Voix de l’Est. Cela ne faisait pas six mois que j’écrivais dans ce journal, que je rêvais d’y travailler jusqu’à ma retraite. Granby, c’est ma ville. Ma famille et mes ami(e)s sont ici.

C’est ici que je veux vivre, voir grandir mes enfants et pratiquer le métier que j’aime, que mes mots voyagent sur un support papier ou numérique. Ne pas savoir ce qu’il adviendra de nous, de notre gagne-pain, ça donne un méchant vertige, c’est vrai. J’avais l’impression de marcher sur un fil de fer. Mais je ne suis ni la première ni la dernière à qui ça arrive. Et j’ai donc décidé de ne pas laisser de place à la colère, à l’inquiétude ou au stress à l’extrême. Je suis triste, mais je garde espoir.

Nous avons une chance de nous virer de bord. On a du temps pour penser autrement. Et, encore plus merveilleux, nous avons la sympathie de nombreuses personnes. Des gens issus de tous les milieux qui croient en ce que nous faisons. Qui comprennent notre rôle. Qui aiment nous lire.

Très peu d’employés d’usines, de restos ou de boutiques ayant dû fermer leurs portes dans l’urgence ont reçu des courriels ou des lettres de soutien et d’encouragement. Je me sens donc très privilégiée, malgré la situation.

Plusieurs personnes ont perdu leur boulot sans avoir eu la possibilité de réfléchir à de nouvelles avenues. Certaines se sont même présentées devant des portes closes un lundi matin, sans explications de leur employeur. De ne pas devoir vivre ce scénario, je suis reconnaissante.

Je m’accroche au fait que nous avons du temps et de l’appui. Et nous ferons tout en notre pouvoir pour utiliser le tout à bon escient.

Ce que j’ai donc décidé de faire cette semaine avec cette chronique, c’est d’en profiter pour dire merci à ceux et celles qui me suivent, et ce, depuis des années. Ceux et celles qui m’écrivent pour me dire que je les fais rire, réfléchir et décrocher avec ma façon de voir les choses souvent en dehors de la boîte. Tout ce que je veux, c’est de pouvoir continuer.

Merci Jean-Marc Gagnon, Guylaine Girard, Christian Lévesque, Helen Clowery, Jean Soulard, Michel Roy, Normand Laplante, Viviane Schofield, Marie Isabelle, Jocelyne Marseille, Hélène Allard, Françoise Bernier, Marie-Reine Daudelin, Yvon Larocque, Yves Bergeron, Maurice Adam, François Lambert, Hélène Tremblay, Émilie Bisson, Pierre Bonin, Michèle Dufresne, Gilles Côté, Françoise Sédillot, Louis Pettigrew, Josée Thouin, Hélène Gauthier, Gilles Levasseur, Maryse Courtemanche, Nancy Fradet, Mathieu Archambault, Michèle Morneau, France Rancourt, Hélène Giroux, Francine Talbot, Sylvie Hamon, Hélène Goasdoué, Yolande Despaties, Suzanne Côté, Lise...