Au cours de la fin de semaine, les regards accusateurs se sont tournés vers Jean-François Lisée pour expliquer la baisse du PQ à 19 % dans les intentions de vote. Le chef a peut-être sa part de blâme, mais ce serait simpliste de lui attribuer toutes les causes de la descente aux enfers du parti.

Inutile de tirer sur le chef

CHRONIQUE / Jean-François Lisée a peut-être raison de prédire… ou d’espérer… que «la boule de neige» caquiste de François Legault va fondre au printemps. Mais là n’est pas la question. C’est le noyau dur des partisans du PQ qu’il faut regarder. Les partis politiques ont besoin d’une base électorale solide sur qui compter, beau temps mauvais temps. C’est ce qui fait défaut au PQ.

Les libéraux ne sont jamais descendus en bas de 1,313,666 votes depuis 20 ans. C’était en 2007, quand Mario Dumont a failli leur voler le pouvoir. Leur noyau dur demeure le vote anglophone et ethnique, mais ils ont tout de même maintenu des appuis chez les francophones. Leur meilleur résultat électoral est celui de 1998, alors qu’ils avaient obtenu 1,771,858 voix. Le Parti québécois de Lucien Bouchard avait quand même gagné plus de sièges avec 1,744,240 votes, soit 30,000 de moins que les libéraux.

Ce score du Parti québécois a été son meilleur depuis deux décennies. Depuis 1998, les appuis des péquistes ont connu des hauts et des bas à plusieurs reprises, pour obtenir leur plus mauvais résultat en 2014, avec 1,074,120 votes. 

Comment expliquer de telles variations? L’explication se trouve du coté de l’ADQ et de la CAQ. Le parti de Mario Dumont n’avait que 11% des voix en 1998. Mais il a continué de faire des gains dans le vote populaire, laissant un héritage significatif à François Legault qui a pris la relève avec la Coalition Avenir Québec.

Ces chiffres démontrent que quelque soit le leader, le noyau dur des péquistes est moins élevé que celui des libéraux. Le PQ a donc besoin de l’appui des indécis ou des «mous» pour espérer prendre le pouvoir. Or depuis 1998, c’est vers l’ADQ et maintenant la CAQ que ces électeurs se sont tournés.

Au cours de la fin de semaine, les regards accusateurs se sont tournés vers Jean-François Lisée pour expliquer la baisse du PQ à 19% dans les intentions de vote. Le chef a peut-être sa part de blâme, mais ce serait simpliste de lui attribuer toutes les causes de la descente aux enfers du parti. C’est l’option qui est problématique. Elle ne recueille plus suffisamment d’appuis pour être un atout électoral fort. Même Québec solidaire a fait ce constat. QS est indépendantiste, mais ses dirigeants misent d’abord et avant tout sur leurs politiques de gauche pour gagner des votes.

Les péquistes peuvent toujours rêver d’un leadership plus charismatique ou plus jeune sous Alexandre Cloutier par exemple, mais ils se leurrent. Si le désir de changement des Québécois a raison des libéraux aux prochaines élections, c’est le parti le mieux préparé à prendre le relai qui en profitera. Les Québécois ne voudront pas miser sur une formation politique qui hésite encore, après 40 ans tergiversations, sur les moyens à prendre pour mener le Québec vers la souveraineté. Quand on a besoin de changement, on ne veut pas ressasser les vieux débats. 

Quant à Québec solidaire, ce n’est pour faire la souveraineté que les péquistes déçus se tourneront vers Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Même chez les militants les plus convaincus, personne n’est dupe. Avec ou sans Option nationale, QS n’a aucune chance de former le gouvernement. Si le parti a des appuis chez les souverainistes, c’est parce qu’il a trouvé un créneau que tout le monde respecte, celui de la justice sociale. C’est une voix importante dans le débat politique. Mais tout le monde sait bien que le rêve solidaire est beau sur papier ou dans les discours, mais qu’il serait lui aussi confronté à la dure réalité budgétaire s’il devait assumer le pouvoir.