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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Les foyers qui n’ont pas internet haute vitesse ont une énième promesse d’être branché d’ici quelques mois.
Les foyers qui n’ont pas internet haute vitesse ont une énième promesse d’être branché d’ici quelques mois.

Internet : la dernière promesse?

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CHRONIQUE / Comment accueillir ce nouvel élan du gouvernement sur le branchement des régions à Internet? On veut y croire. Surtout les coins qui attendent leur connexion à la haute vitesse. Sauf que ça fait 20 ans qu’on le promet. Comme par hasard, on promet d’y arriver en même temps que la prochaine campagne électorale.

Je ne veux pas être cynique juste pour être cynique, mais cette énième annonce de brancher tous les ménages pour septembre 2022, alors que la prochaine élection générale aura lieu un mois après, sonne comme une promesse électorale. Une autre.

D’autant plus que le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, se montrait moins confiant en octobre dernier. La ministre du Développement économique régionale, Marie-Eve Proulx, allait dans le même sens que son collègue : ça va être dur y arriver pour 2022. Des documents internes laissaient même croire que ça faisait un an que le gouvernement savait que ça ne marcherait pas.

Certes, le premier ministre François Legault avait rapidement contredit ses ministres, réaffirmant sa promesse électorale de 2018 de brancher tous les foyers québécois à la haute vitesse. Et pour y arriver, il a réaligné ses flûtes et redonner du pep au dossier qui se dirigeait vers un échec, comme le disaient les ministres Fitzgibbon et Proulx. On peut donc remercier l’opposition d’avoir questionné le gouvernement sur le sujet – un autre signe que les oppositions ne sont pas inutiles. 

Le gouvernement Legault a donc ajouté 660 M$ pour brancher les foyers d’ici 18 mois, une somme qui s’ajoute aux premiers 400 M$ prévus. Ce milliard semble plus réaliste pour le projet quand on regarde les promesses de Jean Charest ou Pauline Marois en 2012 qui évoquaient 900 M$ pour le branchement à internet.

Mais un frein majeur semble avoir été abattu il y un mois lorsque le premier ministre a annoncé, en compagnie de Bell, que la guerre des poteaux était terminée. On ne le mentionne pas assez souvent, mais un des éléments qui a freiné le déploiement depuis 20 ans est le peu de volonté des fournisseurs internet et des entreprises qui n’aiment pas partager leurs poteaux – aussi nommés infrastructures de soutènement. 

Argent public, profits privés?

Où ira ce milliard de dollars? C’est beaucoup d’argent. Des sommes qui serviront à étendre les infrastructures qui seront ensuite utilisées par les entreprises privées, bien souvent. 

Les compagnies se défendent de ne pas vouloir investir dans des petites communautés éloignées qui ne seraient pas rentables, mais si on leur donne de grands territoires, c’est habituellement avec l’idée qu’il y a des villes qui seront très rentables et d’autres moins et que ce jeu permet de créer un certain équilibre. 

Ce n’est pas comme si aucun gouvernement avant la CAQ n’avait jamais investi pour soutenir ces entreprises. Il y en a eu des millions, plusieurs millions.

Collectivement, est-ce la meilleure option? À ce prix -là, peut-être que nationaliser internet serait plus bénéfique. Ou passer par des coopératives ou OBNL locaux, comme on retrouve déjà dans plusieurs régions du Québec qui se sont débrouillées au lieu d’attendre après Bell, Vidéotron ou Telus. Ces coopératives semblent avoir coût bien moins cher que tous ces millions.

Surtout que ces coopératives, puisqu’elles appartiennent à leur communauté, ne les laisseront pas tomber. Elles entretiennent, font les mises à jour et maintiennent la qualité de service. A-t-on une garantie que les gros joueurs, qui vont profiter des infrastructures payées par le gouvernement, vont investir pour le maintenir? Qu’elles ne vont pas abandonner, à nouveau, ces communautés lorsque la technologie nécessitera de nouveaux investissements? 

Pourquoi des lieux très reculés et isolés comme Fermont réussissent, avec leur coopérative, à offrir un service similaire, en vitesse et en prix, aux grandes villes mais que les grands fournisseurs boudent des endroits pas si éloignés comme Saint-Malo?

Je l’ai déjà écrit dans une chronique précédente, internet devrait être considéré comme un service public, comme les aqueducs, comme l’électricité. Le député d’Orford, Gilles Bélanger, a fait un parallèle avec Hydro-Québec avec les nouveaux 660 M$. « Il y a eu un legs de l’électricité dans le dernier centenaire et maintenant il y aura un legs d’internet. »

Sauf que ce legs, Hydro-Québec, c’était une nationalisation de l’électricité, un geste majeur qui a permis de s’assurer que non seulement tous les ménages soient branchés au réseau électrique, partout au Québec, mais aussi de s’assurer d’une qualité et d’un maintient de service, à bas coût. C’était plus qu’un branchement, c’était une vision, une volonté de faire de l’électricité un service essentiel, un bien public et un moteur économique. 

On très loin de ce legs majeur. Je ne veux pas péter la balloune du député d’Orford, mais je doute qu’on parle de son annonce comme on parle encore de l’annonce de René Lévesque et de Jean Lesage sur Hydro-Québec.

Même en donnant le bénéfice du doute que tous les foyers seront vraiment branchés d’ici septembre 2022, j’ai bien peur que l’exercice soit à refaire dans vingt ans, en finançant encore des entreprises privées qui plaideront encore le manque de rentabilité pour investir, même si elles auront pu avoir de nouveaux clients grâce aux investissements publics actuels. 

Un gouvernement audacieux ne ferait pas juste répéter la même promesse que Jean Charest en 2003, il annoncerait une nationalisation d’internet, il proposerait une vision sur ce service qui est maintenant essentiel.