Le «permis vacances-­travail» de Justine a une durée limitée, tout comme le visa de Maximilien. Pour qu’il puisse obtenir son «visa ouvert», elle doit travailler comme infirmière, une affaire de catégorie d’emplois. Des employeurs ont levé la main, mais l’ont baissé tout de suite quand ils ont su qu’il n’avait pas de permis de travail.

Infirmière cherche emploi désespérément

CHRONIQUE / Quand Justine Testaert a visité le Salon de l’emploi de Paris, son regard a été attiré par une publicité du Québec.

On recrutait.

Justine est infirmière en France depuis six ans, on lui a dit qu’il manquait cruellement d’infirmières, qu’elle serait embauchée tout de suite. «Dans un autre événement, il y avait un kiosque du Québec, on m’a dit : “Pas de problème, vous allez avoir du travail!”» Elle allait voir sur Internet, voyait bien qu’on s’arrachait les travailleurs de la santé.

Elle est partie avec cette idée-là, elle en a parlé à son mari qui se disait, lui aussi, qu’il arriverait à dénicher un boulot avec sa maîtrise en développement de réseau commercial, son expérience en gestion et comme directeur des ventes.

Ne lui manquait qu’un permis de travail.

Elle s’est inscrite au programme fédéral de «permis vacances-­travail» qui fonctionne par tirage au sort, son nom est sorti. Elle a aussi fait les démarches à distance auprès de l’Ordre des infirmières, a rempli la paperasse et payé les 800 $ requis. Elle est inscrite en bonne et due forme depuis le 12 octobre. 

Maximilien et elle ont laissé leur emploi, ils ont tout vendu, déterminés à venir faire leur vie de ce côté-ci de l’Atlantique. «De là-bas, la communication que nous recevons est qu’il y a du travail ici, qu’il manque de main-d’œuvre», insiste Maximilien Ménard.

Pourquoi Québec? «J’ai habité ici à l’âge de 12, 13 ans avec mes parents, explique Justine. J’en ai gardé un très bon souvenir.»

Ils sont débarqués en ville le 5 octobre, «il y a deux mois exactement», sûrs de trouver rapidement du travail. «Nous avons galéré, d’abord juste pour arriver à comprendre comment ça marche. Nous sommes encore au point zéro», déplore Maximilien, qui a envoyé 200 CV depuis.

Des employeurs ont levé la main, mais l’ont baissé tout de suite quand ils ont su qu’il n’avait pas de permis de travail. En plus des quelques milliers de dollars à débourser, une entreprise qui veut l’embaucher doit démontrer avoir tenté en vain de trouver un candidat québécois, démarche qui peut prendre jusqu’à six mois.

Il continue à envoyer des CV.

En arrivant, Justine a appris qu’elle devait d’abord effectuer un stage de 75 jours pour obtenir son droit de pratique. Elle a donc contacté le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, on lui a répondu ceci: «Nous vous remercions de l’intérêt manifesté pour faire un stage à notre institution. Actuellement, il nous est impossible de répondre à votre demande. Depuis le 21 février 2015, le ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada exige de nouvelles dispositions de la part des employeurs canadiens qui accueillent des étudiants étrangers. En raison de ces nouvelles dispositions, nous vous informons qu’un moratoire a été imposé à compter du 1er septembre 2015, et ce, pour une période indéterminée. 

Nous sommes sincèrement désolés qu’il en soit ainsi et vous prions d’agréer, Madame, l’expression de nos sentiments distinguées [sic].»

Le moral de Justine en a pris un coup. Elle s’est trouvé un boulot comme vendeuse pour avoir un revenu, en attendant.

La situation a d’ailleurs été dénoncée l’année dernière par l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) dans un mémoire déposé en commission parlementaire. L’Ordre calculait que le Québec se privait de 400 infirmières par année qui, comme Justine, étaient prêtes à travailler.

Et à qui on avait fait miroiter la promesse d’un emploi.

Justine ne baisse pas les bras. «J’ai commencé à faire des démarches pour le Saguenay et pour Charlevoix. On m’a dit que j’aurais peut-être des chances pour un stage dans Charlevoix. Ça fait trois semaines que je les ai contactés, je n’ai toujours pas de nouvelles. Si rien ne se passe, il va falloir se tourner vers Montréal.»

Ils aimeraient mieux ne pas aller à Montréal.

J’ai appelé le CIUSSS pour en savoir plus sur ce mystérieux moratoire et pour savoir pourquoi on levait le nez sur une infirmière formée, motivée, avec six années d’expérience dans différentes unités. 

La responsable des communications, Annie Ouellet, m’a expliqué que le stage de 75 jours doit être effectué en soins aigus et que, à Québec, ce sont les hôpitaux qui ont la responsabilité de ses soins. Le CIUSSS ne s’occupe que d’un hôpital, celui de Charlevoix, et il n’y aurait pas de moratoire. «Au contraire, on est présentement en processus de sélection pour les entrevues. On a des besoins!»

Le téléphone de Justine sonnera peut-être bientôt.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec, il a été impossible d’en savoir davantage.

Le temps presse. Le permis de Justine a une durée limitée, tout comme le visa de touriste de Maximilien. Pour qu’il puisse obtenir son «visa ouvert», elle doit travailler comme infirmière, une affaire de catégorie d’emplois. «Je ne sais même pas si le stage sera compté comme un emploi. On risque d’être hors délais pour Maximilien.»

Fascinante bureaucratie.

Vous en voulez une meilleure? Justine a contacté la semaine dernière l’organisme Recrutement Santé Québec, dont la mission est précisément de recruter des travailleurs de l’étranger pour pallier la pénurie au Québec. «Je les ai appelés pour pouvoir parler à quelqu’un, pour savoir ce que je pouvais faire. On m’a répondu que les recruteurs étaient en mission à Paris pour trouver des candidats...»