Steve Bergeron

Impact avec le diable

CHRONIQUE/Je suis irrité depuis longtemps d’entendre des gens conjuguer le mot «impact». Quelqu’un peut-il leur dire que ce n’est pas un verbe? En plus, c’est laid comme tout. Par ailleurs, l’utilisation d’«impact»  pour nommer les effets d’une chose sur une autre me semble inappropriée. Ai-je raison de penser qu’un impact concerne des objets qui entrent en contact physique? Ainsi on devrait dire: «L’influence, l’effet, la conséquence d’une politique sur la société est...» et non «l’impact» (Martin Dufour, Québec).

Votre appréhension envers «impacter» n’est pas près de se calmer: ce verbe figure dans le Petit Robert, le Petit Larousse et Usito. Il m’est très difficile, dès lors, de le déconseiller: au moins trois dictionnaires d’importance me contrediraient. Je ne peux que suggérer d’autres options pour les personnes qui répugnent à y recourir.

Vous n’êtes d’ailleurs pas le premier à m’en parler: j’ai déjà abordé ce sujet en 2009 et en 2016. La première fois, l’usage d’«impacter» au Québec était encore marginal par rapport à la France, mais force est de constater qu’il se répand de plus en plus ici aussi.

Le Petit Robert relève une première apparition du verbe «impacter» dans la langue courante en 1992. Il note toutefois qu’il était déjà utilisé dans la langue spécialisée depuis au moins 1962: en chirurgie, on s’en servait pour parler de l’acte de «solidariser avec force deux organes anatomiques ou un organe et un matériel, de façon que leur pénétration soit solide et résistante». Cet emprunt vient vraisemblablement de l’anglais «to impact».

Mais indépendamment de l’anglicisme, il n’est pas incongru, en français, de créer un verbe à partir d’un nom. C’est même un procédé assez courant, bien que ce soit généralement le nom qui se définit par rapport au verbe. Il ne faut donc pas prendre le mors aux dents en hurlant à l’invasion anglo-saxonne.


«L’annonce du président a fortement impacté les marchés boursiers.»


Je mentionne toutefois que le Petit Larousse émet une certaine réserve quant au verbe «impacter», puisqu’il le considère comme familier. Selon cet ouvrage, on ne devrait pas le retrouver dans la langue soignée. Usito note également qu’«impacter» est parfois critiqué.

Quant à la Banque de dépannage linguistique (BDL), elle le réprouve ouvertement et préfère les verbes «percuter», «concerner», «influencer», «intéresser», «toucher», «viser», etc., ou des locutions telles que «avoir un effet sur», «produire un impact sur», «avoir une incidence sur», «avoir des répercussions sur», «avoir une importance pour», «influer sur», «agir sur», «peser sur», «jouer un rôle dans», «se faire sentir sur» ou «se répercuter sur».

Quant au mot «impact», même s’il faisait référence originellement à une collision concrète (d’où l’expression «point d’impact»), il est employé au sens figuré depuis une cinquantaine d’années. Au départ, on s’en servait seulement lorsqu’il était question d’une action forte et brutale. Il devenait synonyme d’«effet de choc».


«L’impact de la COVID-19 sur l’économie est considérable.»

«Le gouvernement tente d’atténuer les impacts de la crise sur les familles.»


«Impact» a depuis pris le sens plus neutre d’«effet, influence». Mais cette fois, c’est au tour du Petit Robert de mentionner que l’emploi est critiqué, en plus d’Usito et de la BDL. Cette dernière estime que cet usage est carrément fautif et prône plutôt des mots comme «influence», «effet», «répercussions», «incidence»... Ainsi, une phrase comme celle qui suit n’est pas considérée comme correcte par la BDL, car il n’y a pas d’effet de choc.


«Les impacts des mesures de déconfinement sont limités pour l’instant.» 


Bref, nous sommes loin de l’unanimité sur cette question, mais ceux qui aiment recourir à «impact» et à «impacter» sont assurés de trouver au moins une source pour les appuyer. Toutefois, à voir tous les synonymes possibles en français, on est en droit de se demander si nous avons vraiment besoin du verbe «impacter» et si on n’y recourt pas, le plus souvent, juste parce qu’on ne veut pas faire l’effort de trouver le bon mot.


Perles de la semaine

Est-ce que Jean Perron a enseigné les proverbes à ces étudiants?


«On n’est jamais si bien servi que par sa mère.»

«La plus belle fille du monde ne peut donner qu’un chocolat.»

«La nuit, tous les chats sont gris, sauf les chats noirs qu’on ne voit pas du tout.»

«Ventre affamé n’a point d’orteil.»

«Il ne faut pas prendre des vessies pour des antennes.»

Source: «Le sottisier du collège»,  Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.