Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Les premiers sont venus du milieu de la santé. «C’était des personnes qui travaillaient en première ligne qui me racontaient ce qu’ils vivaient, pendant que nous étions confinés à la maison. C’est ce que je cherchais, le contact humain de gens qui l’ont eue pour mieux comprendre.»
Les premiers sont venus du milieu de la santé. «C’était des personnes qui travaillaient en première ligne qui me racontaient ce qu’ils vivaient, pendant que nous étions confinés à la maison. C’est ce que je cherchais, le contact humain de gens qui l’ont eue pour mieux comprendre.»

Ils ont tous eu la COVID-19

CHRONIQUE / Dans la nuit du 26 au 27 avril, Julie Breton n’arrivait pas à trouver le sommeil, le gouvernement allait annoncer le lendemain son plan pour le retour en classe des élèves. Julie est enseignante au secondaire, elle était inquiète.

Elle a cherché des témoignages de gens atteints de la COVID pour en savoir plus sur la maladie, n’a rien trouvé.

Elle suivait comme tout le monde le bilan quotidien des nouveaux cas et des décès, elle voulait voir au-delà des chiffres. En dessous. «Je voulais savoir ce que c’était cette maladie-là, ce que ça faisait. J’ai donc créé cette nuit-là un groupe Facebook pour avoir des témoignages.»

Le nom dit ce que c’est : J’ai eu la COVID-19.

Les premiers sont venus du milieu de la santé. «C’était des personnes qui travaillaient en première ligne qui me racontaient ce qu’ils vivaient, pendant que nous étions confinés à la maison. C’est ce que je cherchais, le contact humain de gens qui l’ont eue pour mieux comprendre.»

Mais ça ne se bousculait pas au portillon. «Au début, c’était l’inconnu, c’était un peu tabou. Il y a des personnes qui voulaient faire des témoignages, mais ils voulaient que ce soit anonyme, c’est moi qui les publiais. Il y a des gens qui avaient peur d’avoir des représailles, d’être mal vus, mal perçus. On le voit encore même dans les derniers jours, des gens qui disent «les gens s’éloignent de moi parce que je l’ai ou parce que je l’ai eue», il y a donc aussi une peur du rejet qui est là.»

Petit à petit, le mot s’est passé. «Les gens étaient contents quand ils arrivaient dans le groupe, ils disaient qu’ils se sentaient moins seuls, qu’ils pouvaient enfin parler de ce qu’ils vivaient. C’est ça aussi l’objectif du groupe, d’apporter du réconfort, du soutien. Ça répond vraiment à un besoin.»

Ils sont maintenant plus de 2000.

Julie a même mis des alertes sur certains mots pour être à l’affût d’éventuels messages de détresse. C’est arrivé une fois. «Il y a un homme qui tenait des propos inquiétants, j’ai contacté les policiers de la ville où il était pour aller voir. L’agent m’a appelée avant et après, l’homme aussi m’a contactée, il a dit «vous êtes des anges pour moi»…»

Julie n’est pas seule à gérer le groupe, elle le fait avec une des premières personnes à avoir été membre, Sophie Perron.

Toutes les demandes sont traitées une à une.

Depuis la création du groupe, l’enseignante de Victoriaville a donc recueilli des centaines de témoignages qui montrent une grande similitude entre les symptômes et aussi une chose très importante, «que c’est beaucoup moins une question d’âge qu’on pourrait le penser. Il y a une préposée qui a écrit : «j’ai été beaucoup plus malade que mes bénéficiaires…» On en voit beaucoup des personnes de 20 ans, de 30 ans qui sont touchées.»

Et qui passent de très mauvais quarts d’heure.

Pendant longtemps.

Après trois mois, plusieurs personnes ont encore des symptômes graves comme de la difficulté à respirer, des problèmes avec leur rythme cardiaque, de la fatigue, de la diarrhée, des douleurs musculaires, comme si la COVID-19 s’était installée à demeure. «On voit beaucoup des témoignages de ce qui s’appelle le COVID long, des gens qui ont toujours des symptômes après quatre mois.»

Et puis, il y a trois jours, cette question de Diane : «Est-ce que vous avez subi une perte de cheveux plus abondante?»

Près d’une quarantaine de personnes ont répondu, la majorité d’entre elles ont aussi perdu des cheveux, jusqu’aux deux tiers dans un cas, la moitié dans d’autres. Ça tombait par poignées, dans la brosse ou juste avec les doigts. «Ça, c’est nouveau, on n’avait pas vu ça avant.»

Un des membres à qui c’est arrivé est allé consulter, le médecin a lié cet effet secondaire à un gros stress.

Celui d’avoir la COVID-19.

Et quand on ne l’a pas eue, lire tous ces témoignages ne donne vraiment pas le goût de l’attraper. Comme cet internaute qui a partagé ceci: «Je lis vos témoignages avec grand intérêt, et surtout avec compassion. […] Je vois beaucoup de courage, d’abnégation, et c’est pour ce que vous avez enduré que je vais continuer de porter le masque, et suivre toutes les consignes sanitaires, afin de freiner cette peste. Moi je suis barbier, et ma clientèle se compose surtout de personnes âgées... Vos témoignages me donnent la motivation de ne pas tourner les coins ronds.»

Parce que des gens, ça parle plus que des chiffres.