Les feux de forêt en Alaska, en Californie, dans l’Ouest canadien, en Sibérie, en Amazonie et maintenant en Australie (photo) viennent de remettre en circulation des centaines de millions de tonnes de carbone.

Il n’y en aura pas de facile!

CHRONIQUE / L’année 2019 a été une année difficile pour la transition vers une société sobre en carbone. D’immenses feux de forêt en Alaska, en Californie, dans l’Ouest canadien, en Sibérie, en Amazonie et maintenant en Australie viennent de remettre en circulation des centaines de millions de tonnes de carbone qui était stocké dans la biomasse. Il faudra des décennies pour que ce carbone soit récupéré par la régénération des forêts, si c’est possible. Cette multiplication des grandes conflagrations fait partie des conséquences prévisibles d’un climat planétaire qui se réchauffe. Les températures extrêmes observées en Arctique l’été dernier et en Australie cet hiver vont aussi dans le même sens.

Comme si on avait besoin de cela, le rapport annuel du budget carbone a encore montré une augmentation des émissions provenant des carburants fossiles et du ciment. La quantité de CO2 qui reste dans notre budget avant d’avoir dépassé la possibilité de stabiliser le climat à moins de deux degrés s’amenuise de plus en plus vite. À ce rythme, on va vers le scénario du pire. Malgré ces évidences, la Conférence de Madrid n’a pas réussi à conclure d’entente sur les moyens de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Pendant ce temps, le président Trump poursuit en justice la Californie pour ses efforts de réduction des émissions et sape systématiquement les modestes réglementations environnementales mises en place par son prédécesseur. Le nouveau gouvernement du Canada affirme sans honte que le pétrole des sables bitumineux est une « énergie pour la transition ». Annus horribilis !

À quoi peut-on s’attendre en 2020 ? C’est difficile d’être optimistes. Pourtant, on assiste à une mobilisation planétaire des jeunes, qui crient à l’injustice climatique. Au-delà du show médiatique, il y a une demande réelle pour des actions concrètes. Beaucoup moins visible, mais ô combien plus puissant, le mouvement des gestionnaires de fonds pour la carboneutralité de leurs investissements va faire mal au secteur des carburants fossiles. Certains fonds désinvestissent déjà de ce secteur ; d’autres visent l’horizon 2030 ou 2050. Pas d’investissement, pas de développement ! Money talks.

Les sources d’énergie renouvelable progressent rapidement, mais sans réellement réussir à déplacer les carburants fossiles comme source d’énergie primaire. Elles peinent à satisfaire la croissance de la demande. Pour sa part, l’efficacité énergétique est grevée par la préférence des consommateurs pour le luxe et la puissance. Pour que cela change, il va falloir un prix universel sur les émissions de CO2. Malheureusement, on semble s’orienter plus vers un marché mondial des réductions d’émissions où les tricheurs auront la partie belle. Si tout le monde y travaille, peut-être verra-t-on évoluer cette perspective à la Conférence des parties de Glasgow, en décembre 2020.

Plus localement, le gouvernement du Canada veut tracer une feuille de route pour être carboneutre en 2050. On saura s’il est sérieux quand il réussira à imposer une taxe carbone à incrément annuel aux provinces récalcitrantes. Sans des mesures vérifiables et des réglementations dotées de moyens financiers et d’amendes salées, on n’ira nulle part.

Le gouvernement du Québec, pour sa part, nous promet, par la voix du ministre de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, un plan ambitieux à la suite de sa consultation de l’automne dernier. Pour la première fois, dit-il, on mettra les moyens pour atteindre l’objectif de -37,5 % en 2030. Cela ne sera pas fastoche ! On a à peine réussi à atteindre -9 % depuis 1990. Il faudra faire quatre fois mieux en dix ans alors que les gains faciles sont déjà encaissés. On peut laisser la chance au coureur ; surprenez-moi, monsieur Charrette !

Comme on dit dans le merveilleux monde du sport : « Il n’y en aura pas de facile ! » Mais chacun peut donner son 110 % et avec du cœur à l’ouvrage et une vision claire de la patinoire, on peut y arriver !