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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le parlement à Québec
Le parlement à Québec

Il faut sauver la démocratie représentative

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CHRONIQUE / Prenant prétexte des élections municipales à venir en novembre au Québec, l’Union des municipalités lance une campagne nationale ayant pour thème «La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie».

C’est une très belle initiative, même si l’organisme n’avait pas besoin de prétexte pour agir tant la démocratie représentative subit des assauts depuis si longtemps.

Mieux vaut tard que jamais, bien sûr.

Et mieux vaut cette campagne que rien du tout.

Mais elle ne sera qu’une goutte d’eau sur l’incendie.

«Nous observons une multiplication de déclarations agressives et de gestes d’intimidation à l’égard des élues et élus municipaux, particulièrement sur les médias sociaux», a rappelé la présidente de l’Union des municipalités du Québec et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy.

Que personne ne s’effarouche! Ce n’est pas le retour à la langue de bois qui est souhaité. Ce n’est pas ce que promeut l’Union des municipalités du Québec. Il n’est pas question ici non plus d’attenter à la liberté d’expression. Au contraire.

J’écris sur ce thème depuis des années. Ça ne rate jamais. Chaque fois, certains m’écrivent pour me dire que je voudrais que nous acceptions tout de nos élus sans rien dire. Jamais de la vie.

Critiquons, dénonçons, fustigeons. Soyons durs, dérangeants, insolents. Déterrons les vérités, exposons les postures et tout le reste.

Se répéter encore et encore

Je veux me répéter encore et encore là-dessus, car c’est l’un des sujets de société les plus importants de notre époque.

Répétons encore une fois des évidences : nous avons tous le droit de nous exprimer dans des sociétés comme la nôtre. Nous avons tous le droit de dire ce que nous pensons, même si c’est stupide. Nous avons tous le droit de manifester contre toute mesure qui nous déplaît ou que nous jugeons inique à tort ou à raison. Nous avons tous le droit de fustiger toute idée avec laquelle nous sommes en désaccord. Nous avons tous le droit de tenter de convaincre autrui de la justesse de notre point de vue. Nous avons tous le droit de voter contre une formation politique et pour une autre. C’est la beauté de notre si précieuse démocratie représentative.

Personne ne demande à qui que ce soit de se taire. Nous ne vivons pas sous une dictature.

Il y a simplement des lignes rouges naturelles à ne pas franchir.

Le problème est que l’outrance a conduit à plus d’outrance. Avec le temps, les menaces se sont de plus en plus mêlées aux insultes.

Longtemps entretenue par des leaders de toutes sortes, l’idée que des propos outranciers exprimaient finalement une «opinion forte» a percolé dans cette forme de radicalisme chez certains individus — heureusement minoritaires. Ceux-ci se sont enhardis en se croisant, en se lisant les uns les autres sur Internet.

Il y a plus d’un an, à l’Assemblée nationale du Québec, la caquiste Chantal Soucy, la libérale Paule Robitaille, la solidaire Christine Labrie et la péquiste Méganne Perry Mélançon avaient soulevé le couvercle sur les saloperies et les menaces qu’elles recevaient via Internet.

Il est rassurant de voir depuis un certain temps les menaces de mort proférées sur Internet par des agressifs et des frustrés être davantage condamnées par la société en général. Et de constater que ceux qui en sont victimes, dont de très nombreux représentants politiques, les dénoncent maintenant à la police.

Nous sommes malheureusement restés très longtemps collectivement indolents devant la montée de ce grave phénomène. Il restera probablement ancré longtemps. Il n’a sans doute pas fini de se répandre. C’est long déraciner quelque chose. Il faut de l’énergie, du travail. Beaucoup de temps.

Avant de conclure, un message en passant aux responsables politiques qui participent à cette régression démocratique à coup d’attaques personnelles sans fondement, voire de mensonges. Il faut redire que la fin ne doit pas justifier les moyens en démocratie.

Bien sûr, cela suppose, au départ, d’avoir des principes et d’être capable de s’y tenir.

Tous ceux occupant des postes de responsabilité devraient veiller à ne pas encourager les dérapages.

La démocratie et la paix sociale sont partout toujours plus fragiles qu’on ne le croit.

Qui aurait dit il y a 20 ans qu’un nouveau président américain devrait être protégé par des milliers de soldats pour entrer à la Maison-Blanche, parce que des millions d’Américains ne croient plus en la démocratie représentative et que plusieurs en ont même fait, au fond, une ennemie à abattre?