Si vous n’avez pas de siège, agrippez-vous à un poteau. Autrement, vous risquez de vous retrouver cul par-dessus tête au fond de l’autobus lors du coup de volant que le maire Bernard Sévigny veut donner à la Société de transport de Sherbrooke.

Il était une fois la révolution

Si vous n’avez pas de siège, agrippez-vous à un poteau. Autrement, vous risquez de vous retrouver cul par-dessus tête au fond de l’autobus lors du coup de volant que le maire Bernard Sévigny veut donner à la Société de transport de Sherbrooke (STS).

« Réinjecter de l’argent avec les résultats que ça donne, il faut sortir de la boîte. Si nous voulons améliorer la desserte sur le territoire de Sherbrooke, il faut prendre un virage à 360 degrés » a campé le chef du Renouveau sherbrookois dès le début de son point de presse sur la « mobilité intelligente. »
L’actuel président de la STS, Bruno Vachon, qui est membre du même parti, en a rajouté.
« Le modèle dans lequel nous réinvestissons depuis dix ans est épuisé, il a atteint ses limites. Les gens sont tannés de voir les gros bus se promener dans les quartiers en périphérie. Notre proposition est d’introduire le transport à la demande avec le bon mode, au bon endroit, en déployant des véhicules de plus petite taille là où ce sera utile ».
Le maire Sévigny s’était déjà montré agacé que la part de la Ville pour le transport en commun ait grimpé aussi rapidement sans nécessairement voir le nombre d’usagers augmenter proportionnellement. Jamais par contre je ne l’avais entendu livrer un diagnostic de performance aussi sévère à propos de ce service.
Nombre de Sherbrookois ont relevé dans le passé que la plupart des gros autobus roulent sans ou avec peu de passagers les soirs et les fins de semaine. À cela, les gestionnaires et les élus membres du conseil d’administration de la STS ont toujours répondu qu’une flotte plus petite ne serait pas nécessairement plus économique, notamment parce que les coûts de main-d’œuvre resteraient les mêmes.
Soudainement et sans la moindre réserve, le président Vachon souscrit à la logique citoyenne.
« Nous ne garantirons pas un service sur demande de porte-à-porte, mais au lieu d’avoir un 40 pieds vide circulant sur un réseau de 20 km, on pourrait augmenter le territoire desservi en allant chercher des gens dans des secteurs plus isolés afin de les ramener vers des lignes à haut niveau de service. Y’a des rapports et des études qui sont restés sur les tablettes parce que ça prend du courage pour les réaliser. Nous prenons l’engagement de modifier les façons de faire ».
Un Uber collectif qui se raccorderait à la flotte des autobus conventionnels en mettant à profit les nouvelles technologies.
« Dans certains pays, ce sont même des véhicules sans chauffeur qui effectuent ces navettes dans les secteurs périphériques. Il n’est pas dans nos plans de proposer cela à court terme aux Sherbrookois, mais ça existe déjà » décrit avec enthousiasme le président Vachon.
Ce que les campagnes électorales rendent nos gouvernants créatifs.

Bernard Sévigny

Steve Lussier, lui, est revenu assommé d’une sortie en gondole sur la rivière Magog avec un caméraman et quelques riverains, qui lui ont montré des rejets d’eaux usées.
« Il se produit encore 1200 débordements chaque année. Il y a des images sur le web, mais de le voir en vrai, c’est quelque chose. J’ai encore de la difficulté à le croire... »
Une prise de conscience pour le moins tardive puisque l’enquête de La Tribune ayant révélé une délinquance chronique que la Ville à Sherbrooke a dû corriger à coups de dizaines de millions dollars remonte à 2004. Des rejets sans traitement se produisent encore régulièrement par temps de crue, mais ils sont tolérés par le gouvernement provincial qui ne les comptabilise même plus.
« J’étais persuadé que la Ville s’était attaquée plus sérieusement que cela au problème. Mais non. Or, il y aurait des solutions moins coûteuses que les 500 M$ pour remplacer toute la canalisation déficiente ou les 40 M$ pour construire des bassins de rétention souterrains. Pourquoi tarde-t-on autant? »
Parce qu’il y a des élections seulement au quatre ans et comme l’indignation des citoyens passe aussi vite qu’une grosse gorgée d’eau contaminée, la priorité se dilue rapidement. Il faut qu’une recrue frappant à la porte de la mairie dise « ouache, c’est franchement dégueulasse » pour qu’on y revienne.
Pour faire quoi au juste, M. Lussier?
« Il y a une question monétaire, c’est sûr. Surtout que je veux faire un peu de ménage dans les finances municipales. Mais ce serait prioritaire, c’est sûr. Il ne faut plus tolérer ça. »
Un mois de septembre beau, chaud et sec comme celui que nous venons de connaître est un cadeau du ciel pour le maire Sévigny. Non seulement maintient-il la bonne humeur chez les électeurs, mais il espace les débordements d’égouts. Ça rend notre conscience environnementale plus élastique.

Steve Lussier