Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ne craint pas que les défaites de Bruno Vachon et Geneviève Hébert aux élections municipales de novembre, comme membres du parti de l’ex-maire Bernard Sévigny, réduisent leurs chances de l’emporter dans Sherbrooke et Saint-François.

Grandes ambitions pour attaquer les petits salaires

CHRONIQUE / François Legault a accordé plus d’importance au profil entrepreneurial de Bruno Vachon qu’à sa défaite comme membre du parti de l’ex-maire Bernard Sévigny aux élections municipales de novembre.

« Moi, j’adore les entrepreneurs puisque j’en suis un moi-même. De plus, M. Vachon connaît très bien les enjeux locaux, alors il est le candidat idéal pour nous dans Sherbrooke » s’est réjoui le chef caquiste en brisant le secret le moins bien gardé en ville.

Si les pourparlers entre les deux hommes avaient été engagés il y a plusieurs mois, ce n’est que récemment que l’alliance aurait été scellée.

« Il n’y a pas plus de deux ou trois semaines que j’ai rendu ma réponse définitive. J’étais honoré à l’idée de me joindre à l’équipe de M. Legault, mais il fallait que j’évalue toutes les implications familiales, dont la restructuration de notre entreprise. Ça semble un cliché, mais je ne voulais pas jouer l’avenir des miens sans avoir tout considéré » a expliqué le candidat désigné.

En plus du support des membres de sa famille, Bruno Vachon a reçu l’appui de l’ancienne directrice générale de la Société de transport de Sherbrooke, Huguette Dallaire, venue pour l’occasion de Québec où elle réside maintenant.

« Nous avons développé beaucoup de complicité et nous avons relevé des défis importants lorsque M. Vachon a présidé la STS. Même si nous n’avons plus de responsabilités municipales, ni lui ni moi, cette complicité est restée. À mes yeux, c’est un visionnaire stimulé par la gestion du changement » a vanté Mme Dallaire.

Une amitié scellée sur les terrains de baseball a également amené l’entraîneur des gardiens du Canadien de Montréal, Stéphane Waite, à s’afficher comme partisan.

« Bruno est un ami d’enfance, un coéquipier de sport et il est encore aujourd’hui parmi mes meilleurs amis. C’est normal que je lui témoigne mon appui. Je n’ai prévenu personne chez le Canadien parce que c’est une démarche personnelle n’ayant rien à voir avec l’un ou l’autre des partis provinciaux » a expliqué le Sherbrookois qui attire les regards en raison de ses fonctions de préparateur et de confident du gardien Carey Price.

L’empreinte encore toute fraîche de M. Vachon en politique municipale n’a toutefois pas tardé à devenir source de contradictions.

« Au cours des prochaines semaines, nous débattrons d’éducation, de santé, de l’importance aussi au point de vue économique, d’avoir un meilleur accompagnement du gouvernement et d’Investissement Québec pour attirer des emplois plus payants en Estrie, une région qui est toujours en rattrapage sur les salaires moyens » a campé en introduction François Legault.

Après avoir passé huit ans dans la garde rapprochée de Bernard Sévigny à l’hôtel de ville de Sherbrooke, l’ex-conseiller Vachon ne peut aujourd’hui se détacher furtivement de cette remarque que le chef caquiste a souventes fois adressée dans le passé comme reproche aux libéraux de Jean Charest et de Philippe Couillard.

« Oui, il persiste encore certains écarts au niveau des salaires à Sherbrooke comme dans la région. Ma compréhension des choses est cependant que nous pouvons faire mieux sur le plan économique avec la vision d’un François Legault » a cherché à tempérer M. Vachon.

Invité d’autre part à commenter la participation de l’entreprise sherbrookoise Supermétal à la campagne de promotion de la main-d’œuvre immigrante, le chef de la CAQ a une fois de plus frappé sur le clou des salaires.

« En augmentant le salaire moyen en Estrie, nous allons attirer toute la main-d’œuvre requise, qu’il s’agisse ou pas de nouveaux arrivants. La clef pour les entreprises manufacturières, c’est d’offrir des emplois à 25, 30 ou 40 $ l’heure et de faire connaître ces emplois-là. Moi, je connais beaucoup de jeunes qui viendraient travailler dans des usines, ici, à de telles conditions ».

Le directeur des ressources humaines de Supermétal, Martin Lafrance, croit que c’est une utopie.

« Si tous nos employés étaient payés 25 $/l’heure, il n’y a pas de poutres du futur pont Champlain qui partiraient de Sherbrooke ou d’ailleurs. Notre compagnie ne serait plus en affaires. De plus, un taux de chômage de 4 %, c’est pratiquement le plein emploi. Nous ne répondrons pas à nos besoins de main-d’œuvre en essayant d’attirer en Estrie à plus gros salaires deux ou trois chômeurs de la Gaspésie. Ça me déçoit qu’un homme du calibre de M. Legault véhicule des solutions aussi simplistes à des problèmes aussi complexes » a déploré M. Lafrance.

L’entrepreneur Vachon a du défrichage à compléter pour éviter que François Legault ne s’égare trop souvent durant les visites qu’il veut multiplier à Sherbrooke, en visant rien de moins que de s’emparer de tous les sièges libéraux et ainsi remporter en région les cruciaux « matchs de quatre points » qui pourraient lui assurer un gouvernement majoritaire.