Il faudrait un miracle pour que le Parti québécois (PQ) domine dans les sondages au lendemain du débat des chefs, mais la participation de Jean-François Lisée pourrait déranger «sérieusement» le jeu de ses adversaires.

Lisée: l’étonnant joker d’une partie corsée

Notre chroniqueur politique Gilbert Lavoie aura une rencontre avec les chefs des quatre partis à l’Assemblée nationale d’ici la fin de la campagne électorale. Aujourd’hui, Jean-François Lisée

Il faudrait un miracle pour que le Parti québécois (PQ) domine dans les sondages au lendemain du débat des chefs, mais la participation de Jean-François Lisée pourrait déranger «sérieusement» le jeu de ses adversaires. Malgré un départ difficile, Lisée s’est taillé une place dans cette campagne. Et à l’écouter, on se rend compte qu’il a du respect pour Philippe Couillard, mais pas pour François Legault. Sa cible est toute désignée.

«Je crois que Philippe Couillard applique ce qu’il pense être le bien commun du Québec», m’a expliqué Lisée, même s’il qualifie «d’inacceptables» les coupes du gouvernement chez les aînés et les handicapés. «Je ne lui pardonnerai jamais, mais je lui dis bonjour, je l’appelle Philippe et je lui demande des nouvelles de sa famille.»

Et François Legault? «Son ambition, c’est d’être premier ministre. Je pense qu’une grande partie de ce qu’il dit aujourd’hui, ce n’est pas grave s’il y croit ou non, mais ses sondeurs et ses stratèges lui ont dit que c’est ça que ça prend pour être premier ministre».

Lisée rappelle que Legault était «très indépendantiste économique» lorsqu’il a été recruté par Lucien Bouchard en 1998. «Les questions d’immigration, de langue, d’identité, ça ne l’intéressait pas. Il n’avait pas le moindre intérêt pour ça.»

«Je me souviens de l’un de ses grands combats», lance Lisée pour s’arrêter brusquement. «Je ne terminerai pas cette phrase-là… Je te le dirai quand on sera à la retraite tous les deux.»

Voilà des propos qui annoncent la dynamique du premier débat des chefs, jeudi soir. François Legault aura fort à faire pour ne pas se retrouver sur la défensive. Lisée estime par exemple que le débat tant attendu sur les changements climatiques sera impossible avec Legault : «Sur l’environnement, on peut bien avoir une discussion, mais François n’est pas intéressé du tout.»

Le chef du PQ prédit aussi une autre période d’austérité sous un éventuel gouvernement Legault. «Son cadre financier a des sottises : 1,5 milliard $ en économie de gaspillage comme si Martin Coiteux n’était pas déjà passé par là, l’effet de la CAQ qui lui donne 700 millions $ mais qui n’existe pas.»

Selon Lisée, ce constat des ministres économiques d’un éventuel gouvernement caquiste poussera François Legault à des positions de droite s’il prend le pouvoir.

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Le chef du Parti québécois a surpris tout le monde par son humour et l’audace de sa campagne électorale. Il raconte qu’on lui a tellement parlé du «nouveau Lisée» qu’il a demandé à une ancienne collègue journaliste de La Presse canadienne s’il avait changé à ce point. Elle l’a rassuré en lui disant qu’il était le «boute-en-train» du groupe dans le temps.

Il reconnaît toutefois que la campagne électorale lui offre un environnement plus favorable à ce trait de caractère. «Ça, c’est moi libre. Je suis nourri par le fait que les salles sont pleines, les gens m’applaudissent, on me serre la main, on m’embrasse, on rit à mes blagues. Y’a rien qui me donne plus d’énergie que de voir les gens rire à mes blagues.»

Lisée dit que la décision d’utiliser l’humour dans cette campagne électorale a été prise en juin dernier pour frapper l’imagination et rétablir le contact avec les Québécois. «J’aime croire que cette campagne-là me ressemble. Parce que l’audace, c’est une caractéristique de ma personnalité et de la société québécoise.»

Il raconte qu’au printemps dernier, des gens sont arrivés avec «des propositions de virage» pour contrer les difficultés du PQ. «Pourquoi aurait-on fait ça? On croit en ce qu’on est et on fait le pari qu’à force d’en parler, les gens vont adhérer.»

Jean-François Lisée affirme que la victoire est une possibilité et non une certitude. Il rappelle que la campagne référendaire de 1995 a débuté avec 40 % d’appuis dans les sondages pour se terminer à un cheveu d’une majorité. Même chose dans la campagne électorale de 1998, quand Jean Charest est parti avec 20 % d’avance sur Lucien Bouchard. «Remonter des pentes, c’est quasiment au cœur de mon expérience politique antérieure. C’est dans ma mémoire musculaire.» Il admet toutefois qu’il a été soulagé de franchir la barre des 20 % dans les sondages. «J’en disconviens pas…»

Selon lui, la course va continuer à se corser, jusqu’au point où les gens vont constater que le PQ a une chance de gagner et vont réviser leur vote en conséquence. «Legault, c’était un pis-aller. Des gens disaient qu’ils vont voter pour lui en se pinçant le nez parce qu’ils ne veulent plus des libéraux. Et d’autres qui trouvent Québec solidaire très sympathique mais qui savent que le parti ne gagnera pas.»

Et comment voit-il sa place dans l’histoire? «J’ai espoir que les gens diront un jour de moi que c’est le PM qui a fait l’indépendance du Québec.»

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CE QU'IL A DIT...

La campagne électorale

«Je ne dénonce pas mes adversaires, j’utilise la caricature. C’est extrêmement efficace pour faire passer le message. Plus que la dénonciation.»

La stratégie au débat des chefs

«Être moi-même. Être moi-même surprend, alors j’ai pas besoin de surprendre en plus.»

Les promesses électorales

«On a 30 jours, est-ce qu’il y a 30 sujets importants sur lesquels l’État intervient, la réponse est oui. Au printemps, les gens n’écoutaient pas. Maintenant, c’est le temps. Les gens écoutent, mais il y a trop d’informations. Moi je suis ouvert aux solutions.»

Les médias et la politique

«Quand on compare à ce qui se passe aux États-Unis, où le mensonge est devenu la norme, où il y a deux peuples informés par deux empires médias différents. On est béni au Québec. On ne se bat pas tellement sur les faits, mais sur nos opinions, nos interprétations, et nos propositions. De l’autre bord de la frontière, ils ne sont pas d’accord sur la lecture de la réalité. Ça me rend encore plus indulgent envers la presse québécoise […].»