Nous sommes à des années-lumière de ce qui se fait ailleurs dans le transport ferroviaire. L’accès à nos grandes villes est paralysé par des automobiles qui émettent des tonnes de gaz à effet de serre.

Climat: pourrait-on se parler au lieu de débattre?

CHRONIQUE / Amis lecteurs, ce texte se veut une lettre à Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé.

Madame, messieurs,

Vous l’avez constaté cette semaine, la demande se fait pressante pour que l’on discute des changements climatiques pendant cette campagne électorale. Pas juste d’environnement en général, mais des changements climatiques qui menacent la planète. Parce que c’est ça qui presse.

La CAQ appuierait la décision de Justin Trudeau d’imposer une taxe sur le carbone aux provinces qui n’en ont pas et veut augmenter la production et l’exportation d’électricité. Les libéraux misent sur le marché du carbone et la mobilité durable. Le Parti québécois promet «une nouvelle Baie-James de la transition énergétique» et un «grand déblocage» dans les transports à Montréal. Québec solidaire interdirait les automobiles à essence en 2030 et promet 38 stations de métro dans la métropole. C’est bien beau tout ça, mais ça ne me rassure guère. Parce qu’une promesse électorale, après les élections, ça perd beaucoup de son efficacité au contact de la réalité. 

Les politiciens sont plus efficaces lorsqu’ils mettent la partisanerie de côté et qu’ils collaborent. Véronique Hivon nous en a donné un bel exemple avec son travail visant à nous permettre de mourir dans la dignité. Le défi des changements climatiques mériterait un effort similaire.

Vous allez me dire que je rêve en couleur… Et pourquoi pas? Voici donc ma proposition : ce serait de vous entendre discuter sur le sujet (et non débattre) dans un même forum pendant cette campagne électorale. Une véritable réflexion avec des experts sur la meilleure route à suivre dans les prochaines années. Une discussion où chacun éviterait d’accabler l’autre ou de ridiculiser ses positions. Une réflexion sur ce qu’on peut faire de plus, comme société. Est-ce possible? Il n’en tient qu’à vous.

Je suis persuadé qu’une forte majorité de Québécois apprécieraient un tel exercice. Je pense aussi que des sages comme l’économiste Pierre Fortin et l’environnementaliste Steven Guilbeault accepteraient de participer à ce genre de forum si tout le monde s’entendait pour faire une pause sur le débat partisan, le temps de réfléchir un peu.

Madame et messieurs les leaders, je vous connais tous assez bien après 15 ans à la Tribune de la presse de l’Assemblée nationale. Il n’y a pas de climato-­sceptique parmi vous, et je sais que l’avenir de nos enfants et nos petits-enfants vous préoccupe. Je sais aussi que le comportement de l’administration américaine sur le sujet vous scandalise. Il me semble qu’une discussion de groupe bien préparée, avec des experts qui n’ont qu’un agenda, celui de préserver la planète, serait gagnant-gagnant pour tous.

Je vous donne deux exemples : l’environnement et l’économie ne font pas toujours bonne compagnie dans le débat public. C’est le prétexte de Doug Ford et des conservateurs fédéraux pour dénoncer la taxe sur le carbone. Pourrait-on réfléchir ensemble sur les façons de réconcilier ces deux préoccupations?

Autre exemple : nous sommes à des années-lumière de ce qui se fait ailleurs dans le transport ferroviaire. L’accès à nos grandes villes est paralysé par des automobiles qui émettent des tonnes de gaz à effet de serre. Via Rail a un projet de train à grande fréquence depuis des années, mais ça avance à pas de tortue. Il me semble que si le gouvernement Trudeau a trouvé 4,5 milliards $ pour un projet de pipeline dans l’ouest, il devrait avoir les moyens de doter le «Canada du centre», la région la plus populeuse du pays, de chemins de fer efficaces. Pourquoi ne pas profiter de cette campagne électorale pour faire pression sur Ottawa, tout comme on vient de le faire pour la gestion de l’offre?

Ce ne sont là que deux exemples. Il me semble qu’avec de la bonne volonté et un peu d’aide, vous pourriez avoir une réflexion collective sérieuse sur ces questions qui touchent directement ou indirectement les changements climatiques. Ça ne vous empêcherait pas de défendre ensuite vos engagements électoraux. Mais ça éclairerait le débat et ça démontrerait votre intérêt pour la chose. 

De quoi j’me mêle et qui suis-je pour faire une telle proposition? Juste un chroniqueur qui se garde un petit brin de naïveté et d’espoir.