En Inde, des journalistes ont souligné la Journée internationale de la liberté de la presse, jeudi, en allumant des bougies à la mémoire de leurs confrères tués le 30 avril à Kaboul.

Ailleurs, on assassine les journalistes…

CHRONIQUE / Le 3 mai, c’était la Journée internationale de la liberté de la presse. Il me semble que ça aurait mérité quelques mots de nos élus… Parce que la liberté de la presse, ce n’est pas un droit qu’il faut tenir pour acquis.

Ailleurs dans le monde, on assassine et on emprisonne les journalistes qui dérangent. Jeudi, le Globe and Mail de Toronto a fait sa première page avec les noms des 27 journalistes tués pendant leur travail en 2018. Vous avez bien lu : 27 morts, et l’année est encore jeune. En 2017, au moins 42 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions. Les données proviennent du Comité pour la protection des journalistes, une association basée aux États-Unis dont le but est d’observer les abus contre la presse dans le monde. Évidemment, les abus les plus criants se retrouvent souvent dans des pays en situation de guerre. C’est le cas de l’Afghanistan où un kamikaze a fait neuf victimes, lundi. Mais c’est également le cas dans des pays comme le Mexique, où les narcotrafiquants s’en prennent aux membres des médias qui s’intéressent à leurs activités.

On pourrait se sentir moins concernés parce que c’est ailleurs. Mais les images et les informations de vos bulletins de nouvelles et de vos journaux viennent de gens qui risquent souvent leur vie pour les recueillir. Peut-on imaginer un monde privé de ces informations? 

Le meurtre des journalistes n’est pas le seul obstacle à la liberté de la presse. En 2017, 73 membres des médias ont été jetés en prison en Turquie, 41 en Chine, 20 en Égypte.

Ce qui m’amène en Occident, pour vous dire que nous ne sommes pas à l’abri du muselage de l’information. Mercredi, tous les patrons des entreprises de presse du Québec ont signé un texte conjoint demandant plus de transparence de la part du gouvernement Couillard. La loi sur l’accès à l’information est devenue un corridor de plus en plus étroit que le pouvoir ne veut pas élargir. Il me semble que ça aurait mérité une question ou deux de l’opposition officielle ou encore de la CAQ qui se voit déjà au pouvoir. Mais non… Il a fallu attendre une intervention de Gabriel Nadeau-Dubois sur le sujet.

Ce n’est pas du nombrilisme d’espérer un intérêt réel de nos politiciens pour la liberté de la presse et la transparence de nos institutions. Après tout, on a bien trouvé le temps à l’Assemblée nationale, cette semaine, de parler pour la centième fois d’un troisième lien entre Québec et Lévis…

Chez nous, à défaut d’emprisonner les journalistes, on laisse dépérir les entreprises de presse en laissant les Google et Facebook de ce monde accaparer leur publicité, sans même payer d’impôts ou de taxes au pays. Le phénomène est générationnel. La consommation d’informations s’est tournée vers les «médias sociaux», un monde propice aux fake news et à la manipulation de l’opinion publique comme on l’a constaté avec Facebook. Mais là encore, nos élus observent… Dans ce cas-ci, c’est le gouvernement fédéral qui se démarque par sa passivité. Il se comporte comme si tout cela était temporaire, un mal de tête qu’on peut soigner en prenant une petite pilule… Pendant ce temps, les salles de nouvelles rétrécissent d’année en année, depuis trois décennies. 

Ce n’est pas dire que les journalistes sont essentiels parce que leur travail est parfait. Mais ce que j’en ai vu en 40 ans de métier, c’est qu’ils sont intègres et font de leur mieux avec les moyens dont ils disposent. Même chose pour les politiciens d’ailleurs. Mais on ne peut pas abandonner aux seuls politiciens et aux groupes de pression, qui ont des intérêts partisans ou économiques, le soin de nous donner l’heure juste sur les enjeux de la société. Et encore moins aux seuls médias sociaux.