Le départ de Jean-Marc Fournier ouvre une porte assurée à une candidature de taille dans Saint-Laurent.

À qui le beau comté?

CHRONIQUE / Depuis le temps que Philippe Couillard veut faire de la place à la relève en politique, il aura une très belle circonscription à offrir à cette relève en vue des prochaines élections. Le départ de Jean-Marc Fournier ouvre une porte assurée à une candidature de taille dans Saint-Laurent. Jean-Marc Fournier y a été réélu avec 82,28 % des voix aux dernières élections! Peu importe les sondages d’opinion, on peut prédire avec certitude que le Parti libéral du Québec (PLQ) conservera cette circonscription en octobre prochain.

L’annonce de la décision de Fournier nous a un peu surpris, mais davantage en raison du moment choisi que sur le fond. M. Fournier avait fait allusion à cette possibilité à quelques reprises au cours de la dernière année. On l’avait senti particulièrement ébranlé, en septembre dernier, quand le président du syndicat des policiers de Mont­réal, Yves Francoeur, avait soutenu qu’une intervention politique avait bloqué des accusations à l’endroit du ministre ainsi qu’à celui de Raymond Bachand. 

Les allégations de Francoeur n’étaient pas fondées, mais ses propos avaient jeté des doutes graves à l’endroit de Fournier. Le policier avait soutenu, sur les ondes de la radio de Paul Arcand, que MM. Fournier et Bachand s’étaient livrés à du trafic d’influence à l’occasion d’un cocktail-bénéfice à Montréal. Or, Bachand n’était pas à cette rencontre. Fournier y était, mais il avait catégoriquement démenti les allégations, que Francoeur n’a jamais été en mesure de démontrer.

Jean-Marc Fournier est en politique depuis tellement longtemps (1994) qu’on a l’impression qu’il fait partie des meubles. Leader parlementaire sous Jean Charest et Philippe Couillard, il a démontré un grand talent pour venir à la rescousse de ses collègues dans les moments difficiles. Mais sa visibilité et sa présence aux côtés de Philippe Couillard ont toujours donné des armes aux adversaires des libéraux lorsqu’il était temps de faire valoir que le PLQ de Couillard était le même que celui de Jean Charest, terni par les allégations de corruption à cause de son financement politique.

Le départ de Fournier suit de près celui de Stéphanie Vallée, annoncé la semaine dernière. Dans les rangs libéraux, on pense que le président de l’Assemblée nationale et député de Westmount–Saint-Louis, Jacques Chagnon, quittera également la politique à la fin de son mandat. Ce qui pourrait avoir pour effet de libérer une circonscription pour les ministres Pierre Arcand ou Hélène David, qui se retrouvent sur le même territoire à cause du redécoupage de la carte électorale.

On pense toutefois que l’électorat de Westmount pourrait réclamer une représentation anglophone si M. Chagnon part, ce qui pourrait compliquer la tâche.

Ces départs dans les rangs libéraux, comme au Parti québécois d’ailleurs, ne sont pas totalement étrangers aux sondages d’opinion qui montrent une forte avance de la Coalition avenir Québec. Il est toujours plus tentant de rester en politique lorsque le pouvoir est à portée de main. Pour les politiciens comme Jean-Marc Fournier, qui a presque toujours occupé les banquettes du pouvoir, la perspective de réchauffer les banquettes de l’opposition pendant quatre ans n’est pas très réjouissante. Alors qu’à 59 ans, il a encore de bonnes années devant lui pour aller travailler dans le secteur privé.

Avant de partir, on le verra néanmoins pendant plusieurs mois encore dans l’entourage de Philippe Couillard. Vétéran de plusieurs campagnes électorales, M. Fournier a promis à son chef d’être à bord de l’autobus libéral une dernière fois au cours de la prochaine campagne électorale.