Chronique

Pas de place pour les «bandits» dans le pot!

CHRONIQUE / Le député péquiste Nicolas Marceau pousse un peu fort en parlant des «bandits» derrière le financement des producteurs de cannabis, mais il a raison d’insister. Le gouvernement canadien et ceux des provinces n’ont pas le droit de permettre l’usage et la production du cannabis au pays sans savoir qui se cache derrière ce nouveau secteur industriel. Les défis et les enjeux de santé et de sécurité publiques liés à cette décision sont trop grands pour qu’on y ajoute un autre risque, celui de voir le crime organisé y faire du blanchiment d’argent ou des bien nantis s’en servir pour éviter de payer de l’impôt. C’est pourtant ce qui nous guette si on accepte de voir des fonds en provenance de paradis fiscaux financer la production du cannabis au pays.

La question est revenue mercredi sur le plancher de l’Assemblée nationale. Loin de contredire Marceau, le ministre des Finances Carlos Leitão a répondu que si le gouvernement Trudeau ne fait pas son travail dans ce dossier, celui du Québec trouverait les moyens de le faire. M. Leitão a expliqué que ce n’est pas seulement la question des paradis fiscaux qui l’inquiétait, mais également celle du blanchiment d’argent. La nouvelle Autorité des marchés publics aura les moyens de fouiller cette affaire, a-t-il assuré.

Chronique

Rattrapage

CHRONIQUE / Je m’étais dit qu’une petite pause avant le dernier droit menant au sprint électoral de l’automne serait salutaire et j’avais raison. Normalement, le prix à payer est le rattrapage qui accompagne le retour au boulot, mais ce n’est pas le cas cette fois-ci : la politique québécoise a ronronné comme en été depuis le début de l’année.

La seule nouvelle qui m’a vraiment fait tomber en bas de ma chaise longue, c’est d’Ontario qu’elle est venue : le chef conservateur Patrick Brown, que les sondages destinaient à la victoire, a démissionné de son poste à cinq mois des élections provinciales en raison d’allégations d’inconduite sexuelle. Ça, mesdames et messieurs, c’est de la nouvelle, et j’en suis jaloux! 

Dommage que ça ne se soit pas produit aux États-Unis dans la foulée des vantardises sexuelles de Donald Trump en pleine campagne présidentielle. Mais non, ses partisans l’ont suivi! Alors qu’en Ontario, on a pris ça au sérieux et le monsieur Brown a démissionné même s’il a réfuté les allégations à son endroit. On aurait pu croire que ça s’arrêterait là, mais non, le voilà de retour! Il est maintenant candidat à sa propre succession dans la course à la direction du parti. 

Ce n’est pas au Québec qu’on nous offre des spectacles politiques aussi imprévisibles. À tout le moins depuis que Pierre Karl Péladeau est retourné sur ses terres.

Le plus fascinant, dans la saga ontarienne, c’est que Brown devra affronter Caroline Mulroney. Quand on connaît le père Mulroney comme je le connais, on comprend tout de suite qu’il fera quelques appels… pour aider sa Caroline. Voilà qui promet.

Pour revenir au Québec, ma seule véritable surprise a été d’apprendre que Jean-François Lisée avait partagé son leadership avec Véronique Hivon. Je comprends qu’il a jadis convaincu Jacques Parizeau de partager la direction de la campagne du Oui avec Lucien Bouchard, en 1995, mais le contexte était différent. Les souverainistes avaient une chance réelle de remporter ce référendum. Alors qu’en 2018, le PQ n’a aucune chance de gagner les élections et donne plutôt l’impression de vouloir sauver les meubles.

L’autre nouvelle, c’est la pétition de Québec solidaire demandant le départ de Gaétan Barrette. Mais est-ce vraiment une «nouvelle»? Pas pour moi. Tout le monde ou presque demande la tête de Barrette, et ce n’est pas prêt d’arrêter. En fait, s’il y a un enjeu connu à l’approche de la campagne électorale, c’est bien le débat sur le ministre de la Santé. Bienvenue dans le club.

Retour au présent : le chef du NPD, Jagmeet Singh, est ouvert à une réouverture du débat constitutionnel et serait d’accord avec une déclaration d’impôt unique gérée par le gouvernement québécois. Rien de moins pour tenter de nous séduire… 

S’cusez-moi, mais je ne le crois pas. Aucun gouvernement canadien, qu’il soit libéral, conservateur, néo-démocrate ou vert, n’acceptera de rouvrir le débat constitutionnel, à moins d’y être forcé par la Cour suprême ou une urgence quelconque. Quant au rapport d’impôt unique géré par le Québec, ce serait agréable, mais c’est tout. Société distincte ou pas, ça n’arrivera pas. Sauf dans un Québec souverain évidemment, mais ça, c’est une autre affaire.

Et puisqu’on traite de politique fédérale, je termine avec le Bloc québécois qui a finalement accepté de verser un salaire de 95 000 $ par année à Martine Ouellet à la fin de son mandat en cours à l’Assemblée nationale. Bizarre qu’il y ait eu controverse sur le sujet. Au nombre d’heures qu’elle y met, ça doit bien donner l’équivalent du salaire minimum. Et la sécurité d’emploi à la tête du Bloc, il vaut mieux ne pas en parler.

Chronique

«Slaquez-moi» les spécialistes!

CHRONIQUE / Ainsi donc, François Legault aurait trouvé son ministre de la Santé en la personne d’un neurologue de l’hôpital Sainte-Justine, le docteur Lionel Carmant. Je ne connais pas le Dr Carmant. C’est sûrement quelqu’un de très bien, et on a besoin de gens bien en politique.

Je mets toutefois un bémol à mon «enthousiasme»: après un neurochirurgien, Philippe Couillard, et un radiologiste, Gaétan Barrette, ne serait-il pas temps d’aller voir ailleurs que chez les spécialistes pour dessiner l’avenir du réseau de la santé au Québec? Ne serait-il pas temps de se tourner vers les gens sur le terrain, ceux et celles qui accueillent les patients en première ligne et qui connaissent mieux le vécu et les contraintes du système? 

Parce que les spécialistes, c’est beau, c’est intelligent, mais ce n’est pas tout et c’est également un lobby bien à part. Et puis, on a investi des fortunes pour les former. Alors, en faire des politiciens par la suite? Pas sûr que ce soit une bonne utilisation de leur talent. Et politiquement, je ne vois pas l’avantage politique qu’en retirerait la Coalition avenir Québec dans ce contexte où les gens commencent à en avoir assez d’un «gouvernement de docteurs»…

Bon, voilà! Une fois qu’on a dit ça, je ne voudrais surtout pas décourager le Dr Carmant. Après tout, c’est un citoyen canadien et il a parfaitement le droit de vouloir faire de la politique. Et objectivement, il faut avoir le goût du sacrifice pour sacrifier sa vie personnelle, professionnelle et un salaire de médecin spécialiste, pour se lancer dans ce monde de fou qu’est la politique. Alors, bienvenue dans le club docteur, mais vous aurez été prévenu.

Indépendamment de ce cas particulier, on ne saurait blâmer François Legault d’être à la recherche de candidats ministrables en vue de la campagne électorale. L’équipe actuelle de députés caquistes offre déjà un bon bagage d’expérience, mais il en faudra davantage pour convaincre l’électorat que ce parti constitue un remplacement sérieux au gouvernement Couillard. Et plus encore: le plus grand défi de M. Legault, s’il prend le pouvoir, est d’obtenir une majorité. Parce qu’on l’a vu sous Pauline Marois, diriger un gouvernement minoritaire à la tête d’une équipe qui vient tout juste d’accéder au pouvoir après des années dans l’opposition, c’est une entreprise très difficile.

Un hommage particulier

J’aurais bien aimé vous parler de Maurice Couture, l’ancien archevêque de Québec, qui est décédé vendredi dernier. L’Église catholique n’est plus ce qu’elle a été jadis au Québec, mais il y a des gens qui ont su préserver ses valeurs et ses messages. C’est le cas de Mgr Couture qui a été un pasteur aimé et respecté. Puisque cette chronique est politique, je laisse les lignes suivantes à l’un de ses camarades de classe, M. Robert Auclair.

«À l’exception de Mgr Paul-Eugêne Roy, dont le mandat a été très court à cause de la maladie, Maurice Couture est le premier archevêque de Québec parmi tous les successeurs du cardinal Taschereau à ne pas avoir été nommé cardinal après avoir été à la tête de ce diocèse pendant 12 ans. Même ses successeurs l’ont été. Il est la seule exception. Il y a de quoi s’interroger, pour ne pas dire plus. Cet ami des pauvres était-il trop près du peuple dont il se faisait l’écho? Son indépendance d’esprit agaçait-elle les autorités romaines? A-t-il pris des initiatives qui ont dérangé? Ainsi, il a autorisé la confession collective en outre de la confession auriculaire dans son diocèse. Son successeur, devenu cardinal, s’est empressé de mettre fin à cette expérience.

«Finalement, Maurice sera resté Excellence. Il ne sera jamais devenu Éminence. Il est maintenant Sa Sainteté au ciel».

Chronique

Partir pour mieux revenir

CHRONIQUE / Ce n’est pas vrai qu’on quitte la politique à 40 ans parce que la route du parc jusqu’à Québec est longue ou épuisante. Quand on a voulu devenir chef de son parti à deux reprises et qu’on n’a plus la motivation nécessaire pour continuer, c’est parce qu’il n’y a plus de grands projets à l’horizon.

À cet égard, la décision d’Alexandre Cloutier de quitter la politique à la fin de son mandat est un constat d’échec pour le Parti québécois (PQ). C’est une admission cruelle que Jean-François Lisée n’a aucune chance de former le gouvernement aux prochaines élections.

Ce n’est pas le cas d’Agnès Maltais ou de Nicole Léger. Toutes deux dans la soixantaine, et après un cancer dans le cas de Mme Léger, il est normal que les deux députées veuillent passer à autre chose et de laisser la place à la relève. Mais le cas de M. Cloutier est différent: il ne voit plus de défi pour lui au sein de l’équipe de Jean-François Lisée.

Il demeure pourtant un passionné de la politique, au point de révéler qu’il pourrait y revenir. «Mes premiers chapitres en politique sont donc écrits, bien qu’en toute sincérité, à 40 ans, je suis incapable d’exclure qu’il y en ait d’autres».

Je vous prédis qu’il y en aura d’autres. En fait, la quasi-totalité de l’allocution d’Alexandre Cloutier, mardi matin, pourra être reprise intégralement dans un an ou deux, s’il décide de postuler à nouveau la direction du Parti québécois. «La politique, tel qu’elle se pratique aujourd’hui, correspond moins à mes idéaux. La partisanerie banalise nos institutions, elle tue l’esprit d’initiative, vise inutilement à tisser des barrières, souvent des barricades de façade, qui ne résistent pas à l’épreuve du temps.»

Question: pourquoi faut-il attendre les démissions pour entendre ce genre de propos de la part de nos élus? C’est tellement dommage…

Je vous passe une autre citation de Cloutier qu’il pourra utiliser à son retour: «Le défi de la politique de demain est de viser davantage sur ce qui unit, marquer l’union plutôt que la division, rassembler les gens qui veulent construire le Québec ensemble, sans aléas d’étiquettes qui divisent d’emblée…»

Vous ne trouvez pas que ça ressemble à un discours de candidature au leadership? Moi si. Alexandre Cloutier a compris que s’il désire revenir un jour en politique, il vaut mieux de projeter l’image d’un candidat du renouveau, et non pas celle du membre malheureux d’une équipe battue aux élections. À son âge, il a le temps d’attendre une défaite des libéraux ou même la fin d’un éventuel gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Au fond, il est parti pour mieux revenir.

Somme toute, l’annonce de ces démissions la même journée ont été un moment difficile à passer pour Jean-François Lisée. Mais il valait mieux le passer plus tôt que tard. Le chef aura l’occasion de se reprendre ce mercredi, lors de l’annonce de la candidature de Nathalie Leclerc, la fille de Félix.

Il y aura d’autres annonces similaires, notamment au Parti libéral qui cherche lui aussi à faire de la place pour la relève. Mais ce qu’on a vu dans les annonces au PQ, c’est le début des rouages menant au déclenchement officiel de la campagne électorale. À cette étape, tous les chefs ont besoin de connaître les intentions de leurs députés, afin de savoir où présenter leurs recrues.

Le défi des partis, dans ce contexte, est de préserver les acquis. C’est notamment le cas pour le PQ dans Taschereau, ce «village gaulois» qui a résisté à tous les assauts sous Agnès Maltais. Mais la majorité de la députée a été réduite à 451 voix aux dernières élections. S’il fallait que le «village» tombe aux mains des «Romains» de la CAQ ou du PLQ, ce serait dramatique pour Jean-François Lisée.

Chronique

Et maintenant, moi aussi!

CHRONIQUE / «Les paroles s’envolent, les écrits restent», nous rappelle un vieux proverbe ancien qui fait état de la prudence accompagnant la rédaction d’un texte, par opposition à une entente verbale. C’est tout aussi vrai dans le domaine public où les controverses sont souvent le résultat d’ambiguïtés ou d’interprétations erronées données aux propos tenus.

Voilà pourquoi il faut aller voir les textes dans le débat sur la déclaration commune #EtMaintenant, lancée dimanche soir dans la suite du mouvement #MoiAussi, #MeToo.

Les réserves exprimées autour de ce mouvement portent sur le fait que les dénonciations dans les médias sociaux constituent une forme de justice populaire où les règles de droit et la présomption d’innocence n’existent plus. Le texte de la déclaration fait les nuances nécessaires. Voilà pourquoi il est important de le lire avant de le commenter. 

«Oui, il y a une différence entre un commentaire sexiste et une agression sexuelle, font valoir les auteures. Mais un acte a-t-il besoin d’être criminel pour être inapproprié? S’il est posé sans le consentement de la personne, s’il se répète, si le refus entraîne des représailles, cet acte est un abus de pouvoir. Il n’a pas pour but de séduire, mais d’asseoir une domination.»

Ce sont ces trois mots, «s’il se répète», que tous devraient au moins comprendre. Il me semble que c’est assez clair. Il peut arriver à tout le monde de dire des «conneries» dans le cours d’une discussion ou d’échapper une mauvaise blague. Mais ce n’est pas acceptable de répéter les mêmes «conneries» jour après jour, notamment lorsqu’il s’agit de compliments non désirés sur la tenue vestimentaire ou l’allure physique d’un ou d’une collègue de travail.

Je ne parlerai pas ici d’agressions sexuelles, parce que c’est clair: il faut aller à la police même si c’est pénible et difficile. Une vaste enquête du Globe and Mail, l’an dernier, a d’ailleurs amené les corps policiers à fouiller dans leurs vieux dossiers et à revoir l’accueil souvent inadéquat réservé aux victimes. La preuve demeure difficile à établir, mais les méthodes policières s’améliorent.

Toutefois, ce à quoi on assiste ici est plus vaste: «Ce n’est pas de victimisation dont il est question, mais d’une force qui enfin s’affiche», écrivent encore les auteures de #EtMaintenant. 

Cette force, c’est l’expression de la place que les femmes ont décidé de prendre et à laquelle elles ont droit. C’est également la manifestation d’un refus global du traitement sexiste dont elles font encore les frais. C’est un appel à la solidarité féminine, mais également un appel à l’aide: «Nous voulons continuer sur cette lancée, les hommes à nos côtés. Tellement reste à faire. Afin que les politiques publiques, la culture des entreprises et des institutions, les contenus médiatiques — eh oui, les relations amoureuses et sexuelles — évoluent dans le sens d’une véritable égalité entre les sexes.»

Si on s’en tient au texte, voilà le défi que nous propose la déclaration #EtMaintenant. Personne ne peut décemment s’opposer à cet appel qui trouvera sa place d’une manière ou de l’autre dans les débats politiques à venir. D’ailleurs, Philippe Couillard s’est empressé lundi de lui manifester son appui. Si nos élus veulent envoyer un premier signal rapide en guise de réaction, ils pourraient répondre sans tarder à l’avis du Protecteur du citoyen, Marie Rinfret. Elle a demandé qu’on élimine tout délai de prescription pour les recours civils en cas d’agression sexuelle, de violence subie durant l’enfance ou de violence d’un conjoint ou d’un ex-conjoint. C’est marginal dans le débat, mais ça demeure important.

Chronique

Tempête au Québec, calme en Ontario...

CHRONIQUE / C’est tout de même révélateur : pendant que les politiciens et les médias du Québec débattent de la demande d’une journée contre l’islamophobie comme si c’était une crise nationale, c’est le calme plat sur le sujet en Ontario. Pas un mot sur cette nouvelle dans le Globe and Mail depuis la fin de semaine.

Pourtant, c’est au gouvernement Trudeau et non à Philippe Couillard que la demande du Conseil national des musulmans canadiens a été expédiée. Mais c’est chez nous que le débat fait rage, comme si c’était au gouvernement du Québec qu’il incombe de répondre.

Je comprends que c’est à Québec et non à Toronto ou Halifax que le drame du 29 janvier 2017 à la Grande Mosquée est survenu, mais ce n’est pas suffisant pour expliquer ce qui se passe. Les Québécois ne sont pas tous islamophobes, mais ce serait hypocrite de prétendre que la peur ou les préjugés à l’endroit des musulmans n’existe pas ou n’est qu’un phénomène marginal chez nous. Il y a un problème sur cette question au Québec, et le débat en cours le démontre très bien, une fois de plus… et de trop!

Dans un tel contexte, il est dommage que le Conseil national des musulmans ait formulé sa proposition sans plus de préparatifs. Une règle de base en démocratie est de s’assurer d’appuis solides auprès des décideurs avant de lancer une idée ou un projet controversé. La réaction mitigée du gouvernement Trudeau à la proposition du Conseil démontre que cette précaution n’a pas été prise. Avec comme résultat qu’Ottawa n’a pas annoncé de décision, laissant ainsi le chemin libre aux politiciens québécois, qui s’en vont en élections, d’en faire un enjeu politique et partisan. La Coalition avenir Québec s’est empressée de rejeter la demande du Conseil des musulmans, et le Parti québécois a suivi, par crainte que la CAQ ne fasse des gains avec cette question.

Que faire dans une telle situation? La réponse s’impose : la tuerie à la Grande Mosquée de Québec a été un tel drame qu’il serait cruel d’entacher les activités commémoratives prévues, avec un débat partisan et teinté de préjugés. J’ignore si c’est réaliste, mais il me semble que le Conseil national des musulmans devrait retirer sa demande, quitte à revenir plus tard avec un projet faisant consensus. À défaut d’un tel compromis, les politiciens du Québec devraient laisser au gouvernement Trudeau le soin de se dépêtrer avec cette proposition. Parce que de toute manière, c’est à lui qu’elle a été présentée.

Bref, on se calme et on tient les cérémonies commémoratives dans la dignité et le respect dûs aux victimes, à leur famille, ainsi qu’aux membres de la communauté musulmane qui ont été traumatisés par ces événements.

Cette controverse de début d’année donne un aperçu de la situation qui nous attend d’ici les prochaines élections. Comme les finances du Québec sont bonnes, que le taux de chômage est au plus bas et que la souveraineté n’est pas au menu, ce sont des questions comme l’immigration et la laïcité qui seront débattues. Des questions où il est très facile d’attiser les tensions et de faire de la démagogie. La santé aussi sera au rendez-vous. Mais on a l’habitude et c’est bien davantage la personnalité de Gaétan Barrette que l’état du réseau dont il sera question. Quant à l’éducation, la deuxième dépense budgétaire en importance du gouvernement, il est douteux qu’elle fasse les manchettes même si elle le mériterait bien.

Tout ça pour dire que si vous aviez hâte de voir le débat électoral porter sur autre chose que la querelle entre fédéralistes et souverainistes, vous serez servi cette année, Mais ce ne sera pas nécessairement pour le mieux.

Chronique

Seul son coiffeur le sait...

CHRONIQUE / Pendant que les gouvernements promettent à chaque exercice budgétaire de s’attaquer au travail au noir, ils ferment les yeux sur les appels à l’aide d’une industrie qui dénonce ce phénomène dans ses rangs depuis plusieurs années. Vous êtes passé chez votre coiffeur avant le temps des Fêtes? Lui avez-vous demandé s’il payait ses taxes et impôts comme tout le monde? Vous auriez peut-être dû…

Les dirigeants de l’Association professionnelle des employeurs de la coiffure du Québec viennent de lancer un appel à l’aide au Conseil du patronat (CPQ) pour mener une campagne de sensibilisation sur le sujet auprès des politiciens et de l’Agence du revenu. L’Association est membre du CPQ depuis un an. Elle espère y profiter d’une expertise de lobby plus forte, afin de faire entendre sa voix.

Le problème soulevé par l’Association est simple : de nombreux coiffeurs délaissent les salons professionnels pour travailler seuls ou «louer des chaises» dans des locaux et déclarer des revenus inférieurs à 30 000 $ par année, ce qui leur évite d’avoir à s’enregistrer à la TPS et à la TVQ. Selon l’Association, «une imposante majorité de salons de coiffure» sont dans cette situation. Une pratique qui équivaut à une fraude fiscale annuelle de 280 millions $ dans le secteur des soins personnels, selon une évaluation de l’Agence du revenu.

Outre la concurrence que cela leur crée, les employeurs de la coiffure font valoir que leur respect de la loi, notamment au chapitre de l’impôt, de la CNESST, des assurances et des congés payés, les défavorise par rapport à ceux qui travaillent au noir.

«Quand je paie un congé de maternité à une employée qui amène ses clients dans son sous-sol pendant ce congé et qui m’annonce ensuite qu’elle ne reviendra pas travailler pour moi, c’est une perte énorme», explique un membre de l’Association. Les employeurs affirment également que cette concurrence du travail au noir nuit à leur recrutement de personnel. Selon eux, plus de la moitié des coiffeurs au Québec évitent ainsi de payer la TVQ et la TPS, privant les gouvernements de revenus importants.

«En 2012, nous avons obtenu une rencontre avec le ministre Raymond Bachand», raconte le président de l’Association, Gervais Bisson. «Mais il y a eu des élections tout de suite après et ç’a été oublié.»

Les coiffeurs ont également soulevé le problème sous le gouvernement de Pauline Marois, raconte M. Bisson, mais ils se sont fait dire que le gouvernement «ne toucherait pas à ça» tant et aussi longtemps qu’il serait minoritaire.

À moins d’un an des prochaines élections, en octobre 2018, les coiffeurs tentent à nouveau de sensibiliser les politiciens, mais également la bureaucratie, afin que leur message ne soit pas perdu au lendemain du scrutin s’il y a un changement de gouvernement.

La démarche des employeurs coïncide avec l’implantation, au début de 2018, de modules d’enregistrement des ventes dans leurs commerces, comme on l’a fait dans les restaurants. Dans ce dernier cas, l’implantation de ces modules chez les restaurateurs aurait permis à l’Agence du revenu de récupérer plus de 400 millions $ par année. Les employeurs de la coiffure ne sont pas opposés à l’implantation de ces modules, mais ils estiment qu’elle doit être accompagnée d’autres gestes à l’endroit des gens de leur industrie qui travaillent au noir et qui ne paient pas leurs taxes et impôts.

Légitime comme requête? Il me semble que oui. Bien sûr, ils veulent protéger leurs entreprises. Mais c’est tout aussi légitime que de protester contre le congé de taxes accordé à Netflix, vous ne croyez pas? Parlez-en à votre coiffeur…

Chronique

La «bombe» Steve Bannon

CHRONIQUE / L’année 2018 commence un an jour pour jour comme en 2017 avec une «bombe météo» en provenance des États-Unis, et une bombe politique à Washington. Il y a un an, c’est l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche qui a créé une tempête «intense». Cette année, c’est la querelle entre Trump et son ancien bras droit Steve Bannon qui souffle sur la capitale américaine.

Cette «bombe» politique était prévisible. Elle résulte des conflits et des rivalités internes qui ont éclaté à la Maison-Blanche dès la prise du pouvoir par l’équipe de Trump, qui n’avait d’équipe que le nom. Aucun lien de confiance n’existait au sein de ce groupe.

La loyauté et la confiance sont des ingrédients essentiels en politique. Sans elles, c’est la méfiance et les luttes de pouvoir qui dominent. Cette loyauté commande qu’on ne profite pas de son passage à l’interne pour colliger les erreurs et les faiblesses du chef, et publier ensuite un livre à sensation. Si tous ceux et celles qui côtoient les leaders politiques profitaient de cette intimité temporaire pour dénoncer ensuite leurs petits travers et vendre de la copie, ce serait intenable.

Pourtant, c’est ce qu’a fait Steve Bannon, l’ancien collaborateur de Donald Trump, en collaborant à la rédaction d’un livre, Fire and Fury : Inside the Trump White House. Ce sera un succès sur le marché américain et même à l’étranger. 

Les extraits du livre dévoilés par le New York Times font dire à Bannon que le fils de Trump, Donald Trump junior, a posé un geste de trahison en rencontrant une avocate russe qui prétendait avoir des informations dommageables sur Hillary Clinton. Il le cite aussi disant que Ivanka Trump, la fille du président, est «sotte comme une brique». Le livre cite le courriel d’un employé de la Maison-Blanche décrivant ainsi la situation: «C’est pire que vous ne pouvez l’imaginer: un idiot entouré de clowns. Trump ne veut rien lire. Pas les mémos d’une page ni les résumés de nos politiques, rien. Il se lève et quitte en plein milieu des réunions avec les leaders de la planète parce que ça l’ennuie.» Le même livre cite un ami proche et conseiller de Donald Trump, Thomas J. Barrack, disant que le président «n’est pas seulement fou, il est stupide».

Bref, c’est de la très bonne lecture pour ceux qui aiment détester Donald Trump, mais ce n’est pas nouveau ou surprenant pour ceux qui suivent de près la politique américaine. Steve Bannon a-t-il manqué à la loyauté en collaborant à cet ouvrage? Certainement. A-t-il servi l’intérêt public? Pas nécessairement, à moins qu’on y trouve des révélations nouvelles et compromettantes sur le régime de Donald Trump.

Mais peu importe, le président n’a que lui à blâmer pour ce fiasco. C’est en s’entourant de gens comme Bannon, qui n’ont aucune expérience politique et aucun respect pour les règles, qu’il s’est attiré tous ses malheurs. En congédiant Bannon, l’été dernier, Donald Trump s’est fait un ennemi de plus, comme s’il n’en avait pas déjà assez…

J’ai déjà écrit que les journalistes américains sont chanceux parce qu’en se levant le matin, ils n’ont qu’à lire les derniers tweets de Trump pour lancer leur journée. Mais imaginez un peu la chance des auteurs de romans et des producteurs de films. La saga entourant Trump est tellement pleine de rebondissements spectaculaires et inusités qu’elle permettra toutes les fantaisies à ceux et celles qui voudront en faire des œuvres de fiction. Les vies de Justin Trudeau et de Philippe Couillard sont bien monotones et sans intérêt aux côtés d’un tel spectacle. Heureusement pour nous. Mais le spectacle est beaucoup moins riche pour nos caricaturistes.

Chronique

Je change, tu changes, nous changeons...

CHRONIQUE / Ah le changement! Ciel qu’on nous en parle lorsqu’approchent les campagnes électorales. Nous n’y échapperons pas en cette année électorale au provincial et préélectorale au fédéral. On va donc vous en promettre du changement, que vous en vouliez ou non. François Legault se posera en champion du renouveau, tandis qu’à Ottawa, Justin Trudeau tentera de démontrer que le changement promis aux élections de 2015 est au rendez-vous, et pas seulement dans le cannabis.

À Québec, il faudra attendre le budget, en mars, pour savoir si le gouvernement Couillard a d’autres surprises monétaires dans sa besace. Mais depuis les cadeaux annoncés à l’occasion de la mise à jour économique de novembre, on voit mal comment le ministre des Finances Carlos Leitão pourrait en rajouter.

Le plus grand défi de Philippe Couillard sera donc de nous faire prendre conscience que même si son parti a été au pouvoir presque sans arrêt depuis 2003, son gouvernement termine un premier mandat et peut toujours incarner le changement. Qu’on l’aime ou non, ce gouvernement laissera sa marque dans plusieurs domaines, dont la Santé et les finances publiques. Mais c’est de futur qu’on voudra entendre parler. Et on attend toujours le plan concret du «nouveau Québec» promis par le premier ministre.

Le défi de François Legault est différent. Les gens ont besoin d’espérer et de croire, en politique. Promettre le changement est une chose, mais encore faut-il offrir une vision crédible et emballante de l’avenir. Sa position dans les sondages aidera M. Legault à recruter de bons candidats, mais la majorité lui échappera s’il est incapable de convaincre l’électorat. Or, comme on l’a vu sous Pauline Marois, diriger un gouvernement minoritaire est périlleux.

Quant à Jean-François Lisée, il doit d’abord redresser le navire péquiste dans les sondages s’il veut sa place dans le débat public.

L’IMAGE AVANT LE CHANGEMENT

Le questionnement est différent à Ottawa. Justin Trudeau a promis et incarné le changement. Mais a-t-il «livré»? Sur la forme oui, mais sur le fond, ce n’est pas évident. La légalisation du cannabis n’est pas la transformation promise par les libéraux fédéraux aux élections de 2015.

Justin Trudeau a incarné le changement à cause de son âge et de son image d’ouverture comparée au dogmatisme de Stephen Harper. Ses positions sur les changements climatiques, les migrants, les autochtones, la justice et le cannabis étaient celles de sa génération, celle des leaders de demain. Tout comme Emmanuel Macron en France d’ailleurs. Ce nouveau leadership a fait l’envie un peu partout sur la planète, pendant que celui de Donald Trump faisait la honte des Américains.

Mais ce jeune premier ministre, accueilli comme une rock star à l’étranger, a laissé bien des gens sur leur appétit, notamment sur les questions environnementales. Et plus encore, M. Trudeau a déçu sur les questions éthiques après avoir accepté un voyage sur l’île privée de l’Aga Khan en 2016. L’exemple doit venir d’en haut. Comment pourra-t-il, dorénavant, punir les manquements à l’éthique de ses ministres et députés?

Contrairement à son prédécesseur, Justin Trudeau a su montrer de la compassion. Mais il ne suffit pas de verser des larmes et de présenter des excuses pour démontrer du leadership.

Qu’on l’aime ou non, le gouvernement Couillard affiche une feuille de route considérablement plus élaborée que celle du gouvernement Trudeau. Mais le gouvernement Couillard est perçu comme un vieux régime, alors que celui de Justin Trudeau offre encore une image de renouveau. Tout est dans la perception, mais en politique, c’est la perception qui fait la différence.

Chronique

L'année de la police

CHRONIQUE / C’est le monde à l’envers. Alors que les partis d’opposition réclamaient des enquêtes policières et des accusations contre les libéraux sous Jean Charest, c’est la police qui aura fait l’objet d’allégations, d’accusations, et de demandes de démissions de la part des mêmes politiciens en 2017.

Pourtant, les enquêtes policières et la commission Charbonneau ont donné des résultats intéressants et mené à la condamnation de maires et des fonctionnaires corrompus. Mais ces mêmes enquêtes, qui ont mené à l’écoute électronique illégale des journalistes, semblent avoir créé un univers de querelles et de règlements de comptes chez les policiers.

Au début de décembre, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a demandé des comptes au commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière. Il réagissait à un rapport interne présumément «accablant» concernant le climat de travail au sein de l’organisme. Les éléments les plus «croustillants» de ce rapport, coulés aux médias, m’ont laissé sur mon appétit : relations «pas toujours faciles» entre les chefs d’équipe, absence de consultation du chef avec la base, «malaise» de certains policiers à la présentation de leurs rapports au commissaire… Franchement! S’il fallait condamner tous les dirigeants à qui on fait de tels reproches, il y aurait beaucoup de congédiements dans nos entreprises, et plus encore au sein de nos partis politiques. Ça me rappelle même certaines critiques à mon endroit dans une vie antérieure, quand j’étais boss

Je ne veux pas dire que ça va bien à l’UPAC, je ne sais pas. Mais ce n’est pas avec ce genre de critiques que les mécontents vont avoir la tête de Robert Lafrenière.

La situation qui a mené à la suspension du directeur de la police de Montréal, Philippe Pichet, était différente. Le rapport commandé par le gouvernement au commissaire Michel Bouchard avait relevé des problèmes graves  au sein de la division des affaires internes dont le mandat est de faire enquête sur le comportement des policiers. On y a découvert des irrégularités très graves. Le principal reproche à l’endroit de l’ex-directeur Pichet était de ne pas avoir eu la poigne nécessaire pour régler ce problème et mettre fin aux guerres de clans entre ses policiers.

Mais peu importe les circonstances, c’est vers les policiers chargés de faire respecter la loi que les caméras se sont tournées cette année. Ces mêmes policiers à qui on avait demandé de faire le ménage dans les poubelles des politiciens.

Et voilà que l’année se termine avec le dossier peu reluisant du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, qui a fait de fausses allégations à l’endroit des politiciens. Pas rose comme situation.

Faut-il voir un lien de cause à effet entre les enquêtes sur la politique et les malheurs de la police? La commande était-elle trop grande? A-t-elle suscité des conflits entre ceux qui estiment que les politiciens sont corrompus et ceux qui pensent le contraire? Faut-il voir dans le climat supposément malsain à l’UPAC, une méfiance à l’endroit de la direction jugée trop complaisante avec les politiciens? Ou une grande frustration devant la lenteur des enquêtes et les exigences des procureurs avant de porter des accusations? On ne le sait pas. Mais ce qui saute aux yeux, c’est que la faiblesse du leadership policier a créé une crise de confiance au sein de ces organismes. Une crise de confiance qui s’ajoute à celle qui mine déjà le travail de nos institutions.

Les politiciens sont des élus. Ils doivent rendre des comptes aux quatre ans. Ce n’est pas le cas des policiers. Ils ne doivent pas, en 2018, tolérer un tel bris de confiance avec la population dont ils assurent la protection.