Chronique

Mes clins d’oeil de la semaine

Ma plaque personnalisée

Ainsi donc, les Québécois pourront obtenir des plaques d’immatriculation personnalisées à compter du 27 juillet. Pour la modique somme de... 250 $ et des frais annuels de 34,50 $. Et puisque nous sommes dans le monde de plaques en métal et non pas numériques, les inscriptions autorisées devront compter entre deux et sept caractères.

Pas de problème pour moi, mon nom compte sept caractères… Et même si on vous a baptisé Onésime, ça va également. Mais dommage pour les Jean-François, Marie-Dominique, Anne-Louise, Charles-Édouard et compagnie, il faudra vous trouver un diminutif. Même problème pour Pierre Karl Péladeau, mais dans son cas, PKP fait l’affaire depuis longtemps.

Question : désirez-vous véritablement avoir votre prénom sur la plaque d’immatriculation de votre automobile, de votre motoneige ou de votre moto? Pas moi. Je n’écrirais surtout pas «retraité» sur la mienne parce que ça fait huit caractères, et surtout que ça fait déjà trop mal au cœur d’avoir atteint cet âge.

Encore la peinture…

Là je m’excuse, parce que c’est la quatrième fois en autant de semaines que j’en parle. Mais les courriels continuent d’entrer. La Ville de Québec, notre capitale nationale, se traîne encore les pieds dans la peinture des passages protégés pour les piétons.

Voici quelques témoignages :

«Décidément cette année la Ville a fait plusieurs oublis. Nous attendons toujours la peinture à l’intersection de la rue Fraser et Salaberry ainsi qu’à l’intersection des rues Maisonneuve et Salaberry. Un coin particulièrement dangereux surtout aux heures de pointe».

«Je viens de vous lire sur les passages piétonniers, et à Cap-Rouge face au stationnement municipal, on ne voit plus rien aussi!»

«Bonjour Monsieur Lavoie, un peu de potinage, pour pousser un peu plus l’absurde de l’administration Labeaume, pas capable de peindre les lignes mais qui envisage sérieusement de déneiger des pistes cyclables en hiver. Racontez ça à un cheval de bois et il va se mettre à ruer.»

Même si la Ville tarde avec sa peinture, un lecteur optimiste propose une nouvelle signalisation pour les passages à piétons. Je ne sais pas où il a pris ça, mais c’est plutôt convaincant. Mais si la capitale nationale du roi Régis a de la difficulté avec la signalisation actuelle, c’est rêver en couleur que d’espérer un tel effort d’originalité. Je vous transmets quand même la suggestion.

Chronique

Pas de changements climatiques en Ontario…

CHRONIQUE / Prévisible, mais tellement décevant : l’Ontario se retire du marché du carbone. Il fallait un Ford, de la famille automobile du même nom, pour nous infliger une telle décision. Je comprends que le nouveau premier ministre ontarien en ait fait une promesse électorale, mais on aurait pu espérer qu’il y réfléchisse un peu, qu’il analyse soigneusement la question avant d’aller de l’avant. Mais non.

Nous avons vécu la même déception lorsque Donald Trump a retiré son pays de l’accord de Paris sur les changements climatiques. Mais au moins, les États américains ne le suivent pas tous dans sa décision. C’est différent dans le cas de l’Ontario : toute la province devra suivre la politique du gouvernement de la province.

«Nous sommes la première génération à constater les changements climatiques, et nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce sujet», avait déclaré Barack Obama à la Conférence de Paris. Tous les espoirs semblaient alors permis. Les leaders de la planète semblaient convaincus qu’il fallait agir, et qu’il en coûterait beaucoup moins cher d’intervenir immédiatement au lieu de ne rien faire et d’attendre les dégâts. L’autre grande conclusion de cette conférence était que le virage vers les énergies vertes entraînerait la création de nouveaux secteurs industriels très payants pour les pays qui accepteraient de le prendre.

Doug Ford n’était pas à Paris. Je parie qu’il n’a même pas suivi les travaux de cette conférence. Mais peu importe, sa décision nous renvoie au discours classique des gens qui n’ont que l’économie en priorité : pour eux, une taxe sur le carbone augmente les coûts de production de nos industries, donc leur capacité concurrentielle à l’international. Elle cause aussi une hausse du prix de l’essence à la pompe, ce qui est vrai. Mais qui a dit que la lutte aux gaz à effet de serre se ferait sans difficultés et sans investissements de la part des gouvernements, des entreprises et des individus? Personne! Il était clair, à Paris, que la réduction des GES demanderait des efforts considérables à tous les niveaux. Alors vous comprenez que si un pays riche comme le Canada se dit incapable d’assumer sa part de cet effort international, personne ne le fera.

Le plus surprenant, c’est que le gouvernement ontarien devra dépenser une fortune pour sortir du marché du carbone. Les entreprises ontariennes ont déjà investi 2,9 milliards $ pour acquérir les droits d’émission sur ce marché auquel l’Ontario s’était joint, aux côtés du Québec et de la Californie. Or il leur est maintenant interdit de revendre ces droits ou crédits puisque leur province s’en retire. Elles pourraient donc réclamer une forme de compensation auprès de leur gouvernement. Une belle bataille juridique en perspective.

D’autre part, Doug Ford devra s’engager dans une longue querelle avec le gouvernement Trudeau qui imposera sa taxe sur le carbone à compter du 1er janvier, aux provinces qui n’en auront pas. Doug Ford entend contester cette taxe jusqu’à la Cour suprême. À moins que les tribunaux n’ordonnent au fédéral de surseoir à l’application de cette nouvelle taxe, ce qui n’est pas acquis, le gouvernement Ford verra celui d’Ottawa empocher et redistribuer à sa guise des revenus qui auraient normalement dû être encaissés par la province.

Si les politiciens sont incapables de mener la lutte contre les changements climatiques, il faudra s’en remettre aux nouvelles technologies pour réduire les émissions. Il se fait de belles choses de ce côté, mais ce sera trop tard. Si ce ne l’est pas déjà… 

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Mes clins d’oeil de la semaine

Trudeau-Trump à l’OTAN

Justin Trudeau aura sous peu une autre occasion de se «frotter» à Donald Trump. Le premier ministre a fait savoir qu’il participera au Sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet à Bruxelles en Belgique. J’imagine que Donald Trump y sera aussi et qu’il profitera de l’occasion pour déplorer la faiblesse de notre budget militaire. Et tant qu’à faire, à demander au Canada de renouveler sa flotte aérienne en remplaçant les vieux chasseurs CF-18 par des beaux avions de guerre fabriqués aux États-Unis… Bref, si on se fie au comportement outrancier de Trump au G7, on peut s’attendre au pire à l’OTAN.

Toujours sceptique

Je sais qu’ils l’ont déjà promis et qu’ils continuent de le répéter, mais je suis toujours sceptique devant la promesse des conservateurs d’entamer des discussions avec le Québec pour la mise en place d’une déclaration de revenus unique, qui serait gérée par la province. Discuter, c’est une chose, mais agir c’en est une autre. Tant et aussi longtemps que je n’aurai pas vu une proposition concrète et détaillée de la part d’un gouvernement conservateur à Ottawa, je continuerai d’être sceptique. J’imagine que pendant la campagne électorale fédérale menant aux élections d’octobre 2019, Andrew Scheer tentera d’étoffer son engagement. Avant d’applaudir, j’attendrai donc à l’an prochain… et je continuerai de remplir mes deux déclarations de revenus.

Pas de selfie pour Couillard

Une photo vaut mille mots, et l’absence de photo en vaut souvent davantage. Lors de sa rencontre avec le représentant de l’État de New York, le démocrate Brian Higgins, Philippe Couillard et son hôte se sont prêtés à une séance de photographie. Le premier ministre du Québec n’a pas rapporté le même souvenir de sa rencontre avec Sonny Perdue, le secrétaire à l’Agriculture de Donald Trump, ou avec le secrétaire au Commerce Wilbur Ross. C’est même surprenant que les deux hommes aient accepté de le rencontrer. Je ne sais pas combien de temps ont duré ces rencontres, mais je dirais que ça se calcule en minutes et même pas en demi-heure.

Oui je le veux!

Ça vient de Martine Ouellet, mais n’a rien à voir avec un mariage. C’est le titre du document publié mercredi par l’ex-cheffe du Bloc québécois, sur les raisons militant selon elle en faveur de l’indépendance du Québec. Un document préparé par une petite équipe qui tente de répondre à des questions comme les frontières, le référendum, la péréquation, l’armée, la voie maritime du Saint-Laurent et même les pensions de vieillesse.

Bref, c’est assez bien fait comme document. Dommage que Mme Ouellet ait échappé deux coquilles dans son texte de présentation…

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Legault sur les traces de Mulroney

CHRONIQUE / Il y a des nouvelles qui, vues isolément, ne semblent pas avoir grande importance. Mais vues globalement, elles prennent une toute autre dimension. C’est le cas de l’annonce, sous la plume de mon collègue Jean-Marc Salvet, de l’arrivée de Manuel Dionne, un vétéran du PQ, au bureau de François Legault.

Manuel Dionne a longtemps été un incontournable pour les journalistes de la colline Parlementaire. Affable, disponible et compétent, il a dirigé les communications au PQ sous la présidence de Raymond Archambault, avant de passer chez Bernard Drainville pendant l’épisode des débats sur la laïcité. Il était plus récemment au syndicat des infirmières dirigé par Régine Laurent.

Dionne n’est pas le premier péquiste à passer chez François Legault. Mais son arrivée à la CAQ m’a rappelé la coalition des souverainistes et des fédéralistes nationalistes qui ont porté Brian Mulroney au pouvoir en 1984. Une coalition fragile, mais appuyée sur la réconciliation nationale promise et qui a mené à l’Accord du lac Meech. Une coalition qui s’est brisée sur les rives de ce même accord en 1990, provoquant la démission spectaculaire de Lucien Bouchard et la formation du Bloc québécois.

C’est le même genre de formation que François Legault est parvenu à créer depuis qu’il a récupéré les restes de l’ADQ pour fonder la Coalition avenir Québec. Une formation politique où vont se côtoyer des gens aussi différents que Manuel Dionne et l’économiste de droite Youri Chassin, qui s’est déjà prononcé pour la privatisation des services publics ou même l’abolition de la Formule Rand dans le secteur privé. Une formation où l’on retrouve d’anciens bloquistes désabusés, mais toujours souverainistes, et des fédéralistes comme Jacques Hudon, qui a travaillé jadis pour Pierre Elliott Trudeau et Claude Ryan.

François Legault ne serait jamais parvenu à réunir tous ces gens dans un contexte politique incertain. Mais le désir de changement qui plombe les libéraux, associé aux déboires du PQ sous Jean-François Lisée, aura finalement regroupé sous la même enseigne une foule de gens qui n’ont rien en commun, sauf l’attrait du pouvoir.

S’il faut tirer une leçon de la période Mulroney, c’est qu’un éventuel gouvernement Legault devra jongler avec plusieurs quilles de couleurs différentes sur un fil de fer très mince. Ce jeu d’équilibriste sera plus facile si l’économie tient la route, mais tous les experts voient un danger de récession à l’horizon à cause des politiques protectionnistes de Donald Trump. Même le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a refusé cette semaine de se prononcer sur une autre hausse des taux d’intérêt, à cause de l’incertitude créée par la guerre commerciale déclenchée par Washington. 

Cette incertitude ne se limite pas à l’économie. Prenez par exemple cette décision de la Cour suprême des États-Unis qui a statué que les cotisations syndicales obligatoires violent la Constitution. Ça ne s’applique pas chez nous, mais ça pourrait faire des petits... Cela fait des années que le même Youri Chassin recruté par François Legault plaide pour l’abolition de la formule Rand au Québec. L’affaiblissement des syndicats aux États-Unis aura-t-il pour effet d’y diminuer les salaires et de nuire à la compétitivité de nos entreprises syndiquées? La question se pose même si elle est encore hypothétique, a-t-on admis, jeudi, à la FTQ. Et que ferait une coalition comme celle de M. Legault si la question se posait pour vrai? On me dit que le chef de la CAQ a promis à la CSN de ne pas toucher aux lois du travail. À la FTQ, il aurait ajouté «pas dans un premier mandat». Imaginez les tiraillements au sein de sa coalition s’il s’y aventurait…

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Mourir noyés en mer ou de soif dans le désert

CHRONIQUE / Pendant que des milliers de migrants meurent noyés en Méditerranée, d’autres sont abandonnés ou poussés de force par l’Algérie dans le Sahara pour y mourir de soif. Cette nouvelle a fait le tour du monde. L’Algérie aurait ainsi abandonné plus de 13 000 personnes dans le désert au cours des 14 derniers mois, y compris des femmes enceintes et des enfants.

L’humanité a pourtant vu d’autres grands drames humanitaires dans le passé. À elles seules, les deux guerres mondiales ont fait près de 80 millions de morts. La guerre en Syrie a coûté la vie à 350 000 personnes, peut-être davantage. Mais la crise migratoire actuelle nous confronte à un dilemme angoissant sur le plan humain. Comment réagir à ce flot énorme de migrants sans mettre en péril nos propres institutions, mais sans fermer les yeux sur le sort de milliers d’êtres humains qui se déplacent pour fuir les conflits armés, la famine, la désertification, ou tout simplement pour améliorer leur sort?

Il est facile, vu d’ici, de dénoncer les pays comme les États-Unis, la Hongrie ou l’Italie, qui tentent de fermer leurs frontières à cette misère humaine. La critique est immédiate lorsqu’on met un visage sur ce drame, ou lorsqu’on l’illustre avec un montage photo d’une fillette en larmes devant Donald Trump. Mais il est tout aussi facile et tentant de regarder ailleurs et d’ignorer nos obligations lorsqu’on résume ce phénomène migratoire en quelques chiffres, et surtout lorsque ça se passe ailleurs dans le monde. 

Les chiffres, ça n’a pas d’émotion. Ça ne fait qu’alimenter la peur ou les préjugés. Notre réaction aux migrants qui franchissent le chemin Roxham a montré à quel point la crainte prend rapidement le dessus sur la compassion. Crainte d’être envahis par une horde de réfugiés, et préjugés à l’endroit de ces migrants, de leur religion, de leurs habitudes de vie et des coûts générés par leur présence chez nous.

La réaction est la même partout. Au printemps, le gouvernement Trudeau a promis d’effectuer un triage parmi les candidats au statut de réfugiés qui arrivent illégalement au Québec, afin de diriger ailleurs ceux dont la destination est l’Ontario ou une autre province. Mais voilà qu’après Montréal, c’est au tour de Toronto de se plaindre. Le maire de la Ville-Reine, John Tory, vient d’écrire aux gouvernements ontarien et canadien, pour leur dire que ses centres d’hébergement, qui logent déjà 3000 réfugiés, n’ont pas l’espace nécessaire pour en accueillir davantage. D’autres migrants ont été logés dans des institutions d’enseignement qu’il faudra libérer à compter du 9 août en prévision du retour des étudiants.

Si la situation inquiète déjà les Canadiens, imaginez le climat ailleurs : uniquement en 2015, 1,2 million de réfugiés ont demandé l’asile à l’Union européenne. C’est énorme par rapport aux 25 000 Syriens que Justin Trudeau avait promis d’accueillir en 2015.

Nous sommes nombreux à vouloir faire notre part devant cette crise mondiale. Nous savons qu’il est illusoire de vouloir accueillir tous les migrants qui veulent venir ici, mais nous ne voyons pas de solution à l’horizon. Tant et aussi longtemps que la pauvreté, la famine, les conflits armés et les changements climatiques continueront de sévir, le phénomène migratoire continuera à prendre de l’ampleur. 

Il est impossible de fermer les yeux sur ces milliers de morts en Méditerranée, dans le Sahara ou dans des camps de réfugiés insalubres. Peut-être comprendrons-nous un jour que la seule avenue à long terme doit passer un effort international considérable pour améliorer l’économie des pays du Sud, et pacifier certains territoires. 

J’ai bien dit… peut-être. 

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Mes clins d’œil de la semaine

Gaspillage de talent

Peu importe les résultats des élections au Québec, la santé sera encore l’un des chantiers les plus difficiles pour le prochain gouvernement. Il est dommage, dans ce contexte, de voir des partis présenter leurs candidats respectifs les plus versés en ce domaine dans la même circonscription. C’est le cas du directeur du service de neurologie du CHU Sainte-Justine, à Montréal, Lionel Carmant. Il sera candidat dans Taillon, sur la Rive Sud de Montréal, un comté détenu actuellement par la péquiste Diane Lamarre. Ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Mme Lamarre a été la critique du PQ en matière de santé depuis 2014, et elle connaît bien ses dossiers. Même si sa circonscription appartient au PQ depuis 40 ans, sa majorité n’a été que de 1372 voix aux dernières élections. Dans un monde idéal, le docteur Carmant et Mme Lamarre devraient tous deux se retrouver au Salon bleu au lendemain des élections, offrant ainsi un haut niveau d’expertise. Mais comme ils sont candidats dans le même comté, l’un des deux sera battu. J’appelle ça du gaspillage.

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Marceau et Leitão 

Parlant de talent, je salue la décision du député péquiste Nicolas Marceau, d’être à nouveau candidat aux prochaines élections. Il aurait été tellement plus confortable pour lui de retourner dans son monde universitaire… Mais son départ aurait créé un vide au sein de l’équipe péquiste qui aura grandement besoin de son expertise en matière de finances publiques. Après une longue période de réflexion, Marceau reste donc à bord du navire péquiste, même si le bateau prend l’eau depuis que la CAQ lui a volé beaucoup de passagers. Député de Rousseau depuis 2009, Nicolas Marceau est un politicien courtois et aimé de tous les parlementaires à l’Assemblée nationale. Tout comme Carlos Leitão d’ailleurs, le ministre des Finances, qui sera lui aussi candidat aux élections. Les deux hommes font partie de cette catégorie de politiciens qui incarnent bien ce qu’on appelle communément le service public.

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Question d’argent

Les néo-démocrates ont la réputation d’être dépensiers par rapport à des partis politiques comme les conservateurs. Mais pour dépenser, encore faut-il de l’argent. Or les reportages en provenance d’Ottawa font valoir que le parti de Jagmeet Singh est pauvre comme Job et qu’il ne parvient pas à remplir sa cagnotte électorale. À 15 mois des élections de 2019, c’est une très mauvaise nouvelle pour le NPD qui n’a obtenu que 9 % des voix à l’élection partielle de lundi dans Chicoutimi-Le Fjord. Selon le Globe and Mail, une campagne électorale décente coûte environ 40 millions $. Le NPD devra donc emprunter pour garnir sa caisse électorale, mais le risque fera que les taux d’intérêt demandés seront beaucoup plus élevés.

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Le cannabis et les élections fédérales

CHRONIQUE / Après des mois de discussions avec les provinces et d’objections de la part des sénateurs, le gouvernement Trudeau a finalement obtenu le feu vert pour aller de l’avant avec la légalisation du cannabis. Fumer un joint n’est pas encore permis, mais il le sera à partir du 17 octobre. À 15 mois des prochaines élections fédérales, la légalisation du cannabis au pays a de bonnes chances d’être perçue comme le principal legs du gouvernement Trudeau.

Les débats des derniers mois ont démontré les avantages et les dangers liés à la légalisation de la consommation et de la production du cannabis. Mais une fois la décision politique prise et entérinée par les institutions concernées, le véritable défi du gouvernement canadien et des provinces sera de faire un suivi minutieux et attentif de son application.

Il serait naïf de croire que l’entrée en vigueur de cette législation ne causera pas de problèmes. L’idée maîtresse qui doit dicter le suivi à ce changement doit porter sur une réaction rapide aux mauvaises surprises. 

Les politiciens ont souvent l’habitude de passer à autre chose une fois leurs politiques adoptées. Ils attendent les rapports d’experts ou des vérificateurs pour corriger le tir, ce qui prend généralement beaucoup de temps. À Québec, c’est le prochain gouvernement qui verra à l’application et à la surveillance de la réglementation sur le cannabis. Comme la nouvelle équipe gouvernementale sera élue le 1er octobre, ses priorités seront ailleurs. Elles porteront notamment sur la composition du Conseil des ministres, et la préparation du prochain exercice budgétaire. Il faut du temps à un nouveau gouvernement pour se mettre en place et il en faudra davantage si c’est l’équipe de François Legault qui prend le pouvoir.

La situation n’est pas la même à Ottawa. Il s’écoulera une bonne année avant le rendez-vous électoral d’octobre 2019. Une année pendant laquelle la moindre anicroche liée à la légalisation du pot fera les manchettes et alimentera les critiques de l’opposition. Même si les municipalités et les provinces seront les premières instances à écoper, tout le monde saura que c’est d’Ottawa qu’est venue la décision de légaliser l’usage du cannabis au pays. Le gouvernement fédéral n’aura pas le loisir de s’en laver les mains sous prétexte que les problèmes soulevés ne sont pas de sa juridiction.

On l’a vu dès mercredi, la décision du gouvernement canadien a fait l’objet des manchettes dans toutes les grandes capitales. Le Canada est le premier pays du G7 à légaliser le cannabis. L’expérience canadienne sera donc suivie avec intérêt par la communauté internationale. Ce serait un bien mauvais signal s’il fallait que les problématiques en lien avec cette décision en viennent à prendre la vedette sur les objectifs de ce changement. S’il fallait par exemple que la légalisation ne parvienne pas à sortir le crime organisé de ce commerce. Ou encore que ce changement législatif ait comme résultat d’accroître considérablement la consommation chez nos jeunes, ou d’augmenter les tragédies routières.

C’est aux provinces et aux municipalités qu’il incombera d’accompagner ce changement, mais c’est vers Ottawa que les regards se tourneront pour voir si la légalisation du pot a été assortie des mesures préventives nécessaires pour en faire un succès.

La victoire des conservateurs dans l’élection complémentaire de lundi dans Chicoutimi–Le Fjord n’avait probablement rien à voir avec cette affaire. Mais elle a tout de même démontré que le Québec n’est pas acquis aux libéraux. À la lumière de ces résultats, il ne faudrait surtout pas que la mise en place de la légalisation du cannabis s’avère un désastre pendant sa première année.

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«Le député, c’est de la schnoutte!»

CHRONIQUE / Après 42 ans à l’Assemblée nationale, le doyen des élus, François Gendron, reproche aux médias d’avoir largement contribué à discréditer le rôle des députés. «Le député, c’est de la schnoutte» aux yeux des médias, a déclaré M. Gendron, dans une entrevue à La Presse canadienne. Selon lui, les médias sont coupables de ne pas inviter les élus à commenter l’actualité politique, et d’inviter à la place une horde de «commentateux» de tout acabit «qui polluent les ondes».

Je ne sais pas à qui en particulier M. Gendron faisait référence, mais ce n’est pas très gentil pour ses anciens collègues comme Rémy Trudel, Louise Beaudoin, ou Yves-François Blanchet, qui comptent parmi les nombreux «ex» de la politique qui sont régulièrement invités à commenter l’actualité.

Cela dit, M. Gendron a raison sur un point : il n’y a pas beaucoup de place pour les députés dans le paysage médiatique accaparé par les chefs de parti et les ministres du gouvernement. Et c’est vrai que l’espace-temps accordé au commentaire politique, depuis une décennie ou deux, a souvent été donné à des anciens politiciens qui prennent toute la place. Au lieu de rechercher l’expertise chez les députés, les recherchistes des médias se tournent souvent vers ces politiciens d’une autre époque, parce qu’ils sont disponibles et qu’ils sont censés savoir. 

Mais s’il faut partager les reproches de François Gendron, il faut aussi regarder du côté des élus. Leur problème, c’est que les partis politiques ne leur laissent pas beaucoup de liberté dans leurs relations avec les médias. Si vous appelez au bureau du député X ou Y, peu importe la couleur du parti, il y a de fortes chances qu’un apparatchik du bureau du chef vous rappelle pour savoir de quoi vous désirez causer. Et si le sujet est le moindrement controversé, le député se fera dicter une «ligne de presse» ou se fera dire de ne pas retourner l’appel. 

Quand vous avez gagné leur confiance, certains députés vont accepter de vous parler, à la condition que ce soit off the record. Mais ce n’est pas ainsi qu’ils vont se faire valoir ou se faire connaître du public.

Le fait est qu’il est très difficile pour la plupart des élus de traiter avec les journalistes. Certains en ont une peur bleue, d’autres sont maladroits, et les audacieux qui osent nous parler risquent de se retrouver en porte à faux avec les politiques officielles du parti ou de leur chef.

Il y a pourtant des exceptions à la règle. C’est là que les élus qui désirent être plus que de «la schnoutte» devraient prendre modèle. J’ai encore en mémoire le cas de l’ancien député libéral fédéral Jean-Claude Malépart au début des années 80. Ce n’était pas le plus éloquent ni le plus instruit, mais il avait une grande qualité, soit d’exprimer tout haut, même devant Pierre Elliott Trudeau, ce qu’il ressentait de la part de ses concitoyens. Il n’y avait pas de game politique avec lui, simplement l’expression franche et honnête de son opinion.

Plus près de nous, le caquiste Simon Jolin-Barrette a rapidement fait sa place auprès des médias en provoquant des rencontres et en affichant son ouverture. Ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité et qui jouit d’une telle confiance, mais son cas démontre que c’est possible, à la condition d’y mettre le temps et les efforts. 

Ce n’est pas facile de communiquer efficacement dans le monde médiatique actuel, dominé par «les clips» de 10 ou 15 secondes. Des clips qui ne trouvent leur place dans les bulletins de nouvelles que si leur auteur place son parti ou le gouvernement dans l’embarras. Le reproche que François Gendron fait aux médias est donc partiellement mérité, mais il ne couvre qu’un côté de la réalité.

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Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.

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Kim ne pourra croire Trump après ça

CHRONIQUE / Justin Trudeau croyait avoir sauvé la journée, mais ça n’a pas duré 12 heures: Donald Trump l’a laissé tomber. Comment Kim Jong Un pourra-t-il prendra la parole de cet homme après une telle trahison du président envers son plus proche voisin et allié? Une fois encore, Trump a agi comme un bébé à qui on vient d’enlever sa suce.

Pourtant, les dirigeants du G7 étaient parvenus à s’entendre sur un communiqué final au lieu de s’en remettre à une déclaration de la présidence. Mais Donald Trump a renié sa signature en accusant Justin Trudeau d’avoir menti sur le commerce avec les États-Unis.

Pourtant, ce n’était pas un communiqué très engageant qu’avaient accepté les leaders du G7. Un communiqué à sept, à six et même à cinq. Le Japon et les États-Unis avaient refusé de s’engager dans un effort collectif sur le plastique pour protéger les océans. Les Américains n’avaient pas bougé sur l’accord de Paris concernant le climat. Ils n’avaient pas accepté d’être partie prenante à l’entente visant à améliorer le sort des femmes.

Sur le commerce, le texte négocié par les sherpas permettait à tous de rester sur leurs positions. D’ailleurs, avant de quitter samedi matin, le président avait demandé des échanges commerciaux «sans tarifs, sans barrières et sans subventions», tout en menaçant de couper les liens avec les pays qui refuseraient de se plier à ses exigences. 

Pour les Japonais, qui ont fait un point de presse avant le communiqué final, les deux mots les plus importants à surveiller porteraient sur un commerce mondial «libre et équitable, et le maintien des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bref, tout le monde pouvait s’entendre sur ce genre d’objectif, même s’ils savaient tous qu’il serait impossible de s’entendre avec les Américains sur ce qui est équitable. D’ailleurs avant même de quitter Charlevoix, Donald Trump avait claironné à nouveau que son pays avait été floué par ses partenaires commerciaux depuis longtemps. Le seul changement dans son discours avait été de dire que les déficits commerciaux des États-Unis n’étaient pas la faute des leaders des autres pays, mais celle des présidents américains des 50 dernières années. 

Même Emmanuel Macron croyait qu’on avait sauvé la journée. Il avait convenu qu’il faudrait améliorer l’OMC et que le travail ne faisait que commencer. Mais l’important, selon lui, c’est qu’on avait «évité les déclarations qui nous auraient fait revenir en arrière. Il avait déclaré que les discussions à venir devraient se faire «avec les faits sur la table». Des faits, a-t-il dit, dans une allusion directe aux déclarations de Donald Trump, «qui ont été complètement déformés».

Conclusion: rien n’était réglé, les tarifs allaient rester en place, et Donald Trump recommencerait rapidement à blâmer le Canada et ses partenaires, mais on avait un communiqué final. Comme s’il avait pressenti ce qui s’en venait en soirée, le premier ministre Trudeau a déclaré à plusieurs reprises pendant sa conférence de presse que le président américain «va continuer à dire ce qu’il dit» et que le Canada ne se laisserait pas «bousculer». «J’ai dit au président que les Canadiens ne prennent pas cela à la légère» et qu’ils trouvent un peu «insultant» de se faire traiter de cette manière pas leur voisin du sud. M. Trudeau avait réitéré que le Canada appliquerait dès le 1er juillet des droits de douane en représailles à ceux imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium. Emmanuel Macron avait annoncé la même intention au nom de l’Union européenne.

L’important, selon M. Trudeau, était que le G7 de Charlevoix se soit terminé par un communiqué sur les défis qui confrontent les pays membres. 

Il s’était montré particulièrement fier d’avoir obtenu un engagement de 3,8 milliards $ pour l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit. Donald Trump ne lui a même pas laissé le temps de savourer le moment. Il lui a volé la manchette en deux tweets de trois lignes, sans même l’en prévenir à l’avance.

Quel jugement porteront les Américains sur une telle trahison? Et surtout, quelle opinion Kim Jong Un aura-t-il de cet homme? Si j’étais lui, j’annulerais la rencontre de Singapore et je garderais mon arsenal nucléaire. Parce qu’avec Trump, il n’y a pas d’honneur. 

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