L’offre d’emploi abondante et le charme de la ville ne semblent pas suffire pour conserver les immigrants à Québec.

Pourquoi les immigrants boudent-ils Québec?

CHRONIQUE / Il ne se trouve plus de rencontres de gens d’affaires à Québec sans qu’on y ramène le sujet de la rareté de la main-d’œuvre et du besoin d’accroître l’immigration.

Malgré les efforts et les avancées des dernières années, Québec continue de traîner de la patte. Les besoins de main-d’œuvre augmentent plus vite que ce que la «machine» de l’immigration est capable de livrer. 

Le rythme des arrivées s’est accéléré, mais la capitale n’arrive toujours pas à recruter une part d’immigrants équivalente à son poids démographique provincial (10 %).

L’offre d’emploi abondante à Québec et le charme de la ville ne semblent pas suffire. Une immense majorité des immigrants continuent de choisir Montréal.

La bonne nouvelle est que ceux qui viennent restent davantage qu’avant. Quatre-vingt-quatorze pour cent des immigrants recensés à Québec en 2011 y étaient toujours en 2016. Il n’y a plus de problème de rétention. 

Mais comment expliquer cette difficulté (chronique) de Québec à convaincre des immigrants de prendre la 20?

L’explication est multiple. Il y a des irritants propres à Québec et d’autres plus généraux; certains insurmontables, d’autres pour lesquels il est possible d’agir. 

Marie-Josée Chouinard est directrice de l’Attraction de talents chez Québec International. Elle participe à des missions de recrutement et est aux premières lignes pour comprendre les résistances et les attentes des candidats.

Je me suis beaucoup servi de ses observations pour le tableau qui suit. J’ai aussi entendu des remarques et témoignages de gens d’affaires qui peinent à recruter à l’étranger.

LES HANDICAPS DE QUÉBEC

1- Le manque de notoriété

Les immigrants potentiels connaissent le Canada. Les Français savent ce qu’est le Québec et plusieurs ont déjà visité Québec avant de choisir d’y immigrer.

Mais la plupart des candidats à l’immigration ne savent rien de notre ville. Difficile de choisir une ville dont on ignore l’existence. Cela explique que les grandes villes attirent davantage les immigrants que les plus petites. 

2- La lourdeur administrative

Le problème n’est pas unique à Québec, mais reste un frein important au recrutement international. Les délais trop longs et le dédale des démarches découragent des employeurs.

Des travailleurs sont prêts à venir au Canada, voire à Québec malgré son climat, mais la lourdeur administrative est le principal obstacle.

3- La langue

Plus de 70 % des immigrants qui s’installent à Québec ont une bonne connaissance du français, car ce sont souvent les employeurs qui l’exigent. 

Cela limite cependant le bassin potentiel pour le recrutement. L’enjeu de la langue se pose aussi pour les conjoints. 

4- L’homogénéité de la ville

La faible proportion des citoyens issus de l’immigration (5,7 %) fait que les communautés culturelles sont moins importantes à Québec que dans les grandes villes. 

Le soutien de la communauté d’origine y est moindre, de même que les services spécialisés (épicerie, restauration, etc.). Un immigrant chinois ne pourra pas vivre dans un quartier chinois à Québec.

Mais attention. L’absence de cette communauté d’origine n’a pas le même effet pour tout le monde. Pour les immigrants qui cherchent à rompre avec les problèmes et tensions de la société qu’ils quittent, ça peut devenir un avantage.

5- La reconnaissance des diplômes

L’argument n’est pas nouveau ni particulier à Québec, mais la difficulté (ou l’impossibilité) à reconnaître les diplômes étrangers reste un obstacle. La France et le Québec ont signé des accords pour la plupart des ordres professionnels, mais pour les autres, tout reste à faire. 

Il est légitime de vouloir protéger le public et de ne pas être complaisant dans la reconnaissance des diplômes. La solution est parfois d’embaucher dans des postes exigeant moins de qualifications et d’aider ensuite l’employé à compléter sa formation.

6- Le transport en commun

«Y a-t-il un métro à Québec?» demandent des candidats qui s’étonnent ensuite de la réponse. Ils trouvent étrange que Québec n’ait pas de transport public comparable à celui des autres villes de sa taille. 

Patience, ça s’en vient. 

7- Le climat

Le climat de Québec est «dramatique» pour l’immigration. C’est un cliché, mais c’est incontournable. C’est souvent la première question que posent des candidats qui ne savent rien de Québec. 

La réponse fait peur. Normal. Le climat fait peur même aux «pure laine». On a beau dire qu’après deux ou trois hivers, les gens finissent par s’habituer, on ne s’habitue jamais vraiment. Pas cet hiver en tout cas.

8- L’accueil

Immigrer est une sorte de parcours du combattant, même pour ceux qui parlent la langue et ont un emploi qui les attend. 

Ils ne découvrent souvent que sur le tard qu’il y avait des ressources pour les aider à naviguer dans la paperasse et l’organisation de la vie quotidienne. Ce n’est pas un empêchement à l’immigration, mais on peut faire mieux. 

LES ATOUTS DE QUÉBEC

1- Le climat social

La paix sociale a fait du Canada une terre d’accueil recherchée. Québec peut y ajouter un niveau (et un sentiment) de sécurité exceptionnel. 

Cela compte, car la principale motivation de beaucoup d’immigrants est d’offrir à leurs enfants une vie meilleure, à l’abri des tourments de leur pays d’origine.

Le véritable effet WOW se fait cependant sentir après l’arrivée, lorsqu’ils découvrent que les enfants peuvent se rendre seuls à l’école ou au parc. Que les femmes et les enfants peuvent marcher dans la rue sans craindre, etc.

2- Le marché de l’emploi

Les besoins en main-d’œuvre sont élevés et le taux de chômage faible même chez les immigrants. Le conjoint de l’employé qu’on recrute peut espérer un emploi. Pour beaucoup de candidats rencontrés dans les missions de recrutement, c’est une agréable surprise.

3- La qualité de vie

La ville a taille humaine et un coût de la vie (relativement) peu élevé. Ça ne compense pas pour tous les irritants, mais c’est à mettre dans la colonne des plus.

4- L’offre culturelle

Impact zéro. Ce n’est pas la priorité des immigrants qui songent d’abord aux besoins primaires de la famille : école, emploi, garderie, etc.

L’offre culturelle, les festivals, la proximité de la nature et des équipements de sport seront une belle surprise une fois installé à Québec, mais ce n’est pas un argument de vente significatif.