François Bourque
Un groupe d’étudiantes propose de couvrir l’entrée du tunnel du tramway de verdure, de lancer une passerelle vers la haute-ville et de réserver aux piétons l’extrémité sud de la rue de la Couronne.
Un groupe d’étudiantes propose de couvrir l’entrée du tunnel du tramway de verdure, de lancer une passerelle vers la haute-ville et de réserver aux piétons l’extrémité sud de la rue de la Couronne.

Le tramway va changer la ville

CHRONIQUE / La commande était à la fois simple et ambitieuse : redessiner le centre-ville autour des futures stations souterraines du tramway de Québec. Rendre agréables les chemins qui y mènent, «générer de l’urbanité» et imaginer de nouveaux espaces publics.

Le professeur GianPiero Moretti avait donné carte blanche à la vingtaine d’étudiants de sa classe de maîtrise en architecture et design urbain. Ne laissez pas les enjeux techniques prendre le dessus sur votre imagination, leur a-t-il demandé.

J’ai assisté peu avant Noël à la présentation des travaux de session de ces équipes d’étudiants de l’Université Laval, dans les locaux de l’École d’architecture au Petit Séminaire. Je ressens toujours une espèce de fébrilité quand je vais ainsi à la rencontre des rêveurs de ville.

J’y ai trouvé beaucoup d’illustrations dans l’air du temps et par conséquent un peu prévisibles, mais aussi plusieurs idées fortes et inattendues qui mériteraient que les autorités publiques en regardent la faisabilité. L’architecte de la Ville de Québec présent ce matin-là dans la salle a probablement pris des notes. 

J’ai retenu cinq de ces idées. 

1- L’église Saint-Jean-Baptiste 

Une entrée vers la station du Grand Théâtre pourrait être aménagée en face du parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste, rue Saint-Jean. La rue de Claire-Fontaine serait réservée aux piétons entre les rues Saint-Jean et Lockwell.

Le tram roulera sous le boulevard René-Lévesque, mais une entrée pour la station du Grand Théâtre pourrait être aménagée au niveau de la rue Saint-Jean, devant l’église Saint-Jean-Baptiste. 

Le parvis de l’église deviendrait alors un véritable carrefour piéton entre la basse-ville et la haute-ville. Dans ce scénario, l’équipe de Victoria Deslandes-Lyon, de Carolane Jolin, d’Alexandra Isabelle et de Juliette Paget propose que la côte de la rue de Claire-Fontaine devienne entièrement piétonne entre les rues Saint-Jean et Lockwell. 

Le parvis de l’église serait élargi du côté nord et on viendrait y poser la statue de Saint-Jean-Baptiste et son socle qui sont actuellement au niveau de la rue D’Aiguillon. 

De nouveaux locaux pour les besoins de l’école ou du voisinage seraient ainsi créés sous le parvis et le long de l’église en façade de la rue D’Aiguillon. 

2- Place D’Youville

Le passage du tram à place D’Youville est une belle occasion de réaménager l’espace. Des étudiants proposent de modifier l’accès au stationnement souterrain pour le rendre moins visible depuis la place. 

Ils suggèrent de prolonger vers l’ouest le parvis du Palais Montcalm et de le couvrir de verdure en esquissant un nouveau lien en gradins vers la colline Parlementaire et le parlement. Un arrêt d’autobus pour le parcours 807 serait conservé dans la partie nord de la place.

3- La sortie avenue des Érables

Le tunnel du tramway va sortir de terre à la hauteur de l’avenue des Érables. Des étudiants proposent de recouvrir la trémie (pente) qui fera une centaine de mètres par une structure de bois-sculpture.

Plutôt que de «nier» la trémie et essayer de la faire oublier, l’idée est de la mettre en valeur par un espace public surélevé au milieu du terre-plein avec végétation ou jardin communautaire, explique Louis Murray-Leclerc. 

L’espace entre les poutres de soutien assurerait une certaine «perméabilité» visuelle entre les trottoirs au nord et au sud du boulevard René-Lévesque. 

4- L’avenue Cartier

L’équipe de M. Murray-Leclerc propose de faire disparaître la station-service au coin de l’avenue Cartier et du boulevard René-Lévesque pour la remplacer par un nouvel immeuble public. 

Une petite succursale de la bibliothèque municipale par exemple, avec un grand puits de lumière, une place publique devant et un accès à la station souterraine du tramway. 

Ces étudiants proposent aussi de rendre la rue Cartier entièrement piétonne entre les rues Fraser et Crémazie. 

5- La rue de la Couronne

Le tramway va entrer sous terre à la hauteur du Jardin Jean-Paul L’Allier dans Saint-Roch. L’équipe de Victoria Deslandes-Lyon, de Carolane Jolin, d’Alexandra Isabelle et de Juliette Paget propose de couvrir l’entrée du tunnel de verdure ce qui aurait pour effet d’élargir le jardin. 

Une passerelle de verre serait lancée au-dessus de la côte d’Abraham à l’extrémité sud du jardin et assurerait un nouveau lien vers Saint-Jean-Baptiste et la haute-ville. 

La proposition vise aussi à rendre la rue de la Couronne entièrement piétonne entre la côte d’Abraham et le boulevard Charest. 

Cela impliquerait de concentrer la circulation automobile de transit sur la rue Dorchester. On y retrouverait les voies en direction sud et nord dans le prolongement de l’autoroute Laurentienne qui deviendra éventuellement un boulevard urbain à son entrée dans Saint-Roch.

Il faudrait des analyses et études plus rigoureuses pour juger de la faisabilité, du véritable intérêt urbain, des impacts sur la circulation et des coûts associés à ces propositions émanant de jeunes qui se préparent à dessiner les villes de demain.

On remarque à travers ces propositions en apparence un peu disparates le puissant fil conducteur d’une amélioration des espaces publics et des liaisons piétonnes autour des stations du futur tramway. 

Ces suggestions et celles qui s’ajouteront au cours des mois et années à venir sur d’autres portions du tramway et des trambus vont contribuer à embellir la ville et à en améliorer la qualité de vie. 

Elles vont aussi contribuer à changer le regard que l’on pose sur la ville. Qui sait, à modifier peut-être la perception de ceux qui n’y voient qu’un lieu de transit entre la maison et le travail, plutôt qu’un milieu de vie. 

Au-delà de l’offre de transport public dont on a beaucoup parlé et dont on parlera encore, le tramway est un moyen de revoir la ville. Cela ne pourra pas se mesurer par des chiffres ou des statistiques, mais c’est un des effets les plus stimulants de ce projet.