François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le maire Labeaume dit craindre que le fédéral privilégie le projet de conteneurs de Contrecoeur, près de Montréal, au détriment de celui de Québec.
Le maire Labeaume dit craindre que le fédéral privilégie le projet de conteneurs de Contrecoeur, près de Montréal, au détriment de celui de Québec.

La stratégie des chicanes Québec-Montréal

CHRONIQUE / La sortie du maire Labeaume contre les acteurs économiques de Montréal qui combattent, dit-il, le projet de terminal de conteneurs de Québec était planifiée depuis deux semaines.

Une mise en scène orchestrée pour intensifier la pression sur le gouvernement fédéral en cette rentrée politique d’automne qui jusqu’ici, n’en avait que pour les aléas du tramway.

Le maire dit craindre que le fédéral privilégie le projet de conteneurs de Contrecoeur, près de Montréal, au détriment de celui de Québec.

Le fédéral a d’ailleurs déjà consenti 300 M $ au projet de Montréal, mais rien encore à celui de Québec.

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La présence de deux Montréalaises à un comité économique fédéral (Monique Leroux et Sylvie Vachon du Port de Montréal) fait craindre au maire que Québec soit écartée des projets de relance économique post-COVID.

Cette crainte est partagée par le PDG du Port de Québec Mario Girard, la rectrice de l’Université Laval Sophie D’Amours et le PDG de la Chambre de Commerce Steeve Lavoie, qui se sont prêtés au jeu de la conférence de presse de lundi.

Le prétexte était d’attirer l’attention sur trois projets que Québec privilégie pour une relance économique (tramway, terminal de conteneurs et conversion de terrains industriels du secteur de l’embouchure de la rivière St-Charles).

Les discours mécaniques des participants ne nous ont cependant rien appris de bien consistant sur ces projets et auront surtout servi à mettre la table pour ce qui allait suivre.

Une sortie contre Montréal comme on n’en avait pas vue depuis... depuis pas si longtemps en fait, mais j’y reviendrai dans un instant.

La préoccupation du maire pour le projet du Port de Québec n’est pas nouvelle.

Ce qui vient de changer, c’est le ton et d’avoir pris pour cible quelques personnes en leur prêtant des intentions mauvaises pour Québec.

La tactique a déjà fonctionné dans le passé. Il faudra voir aujourd’hui maintenant que le poids politique du maire Labeaume n’est plus ce qu’il a déjà été.

Sur le fond, M. Labeaume voyait déjà venir en janvier 2018 une «potentielle chicane» avec Montréal sur le sujet du port.

Il disait alors ne pas vouloir cette chicane et plaidait pour un partenariat et une complémentarité entre Québec et Montréal afin de mieux concurrencer les ports de la côte Est américaine.

Pas une mauvaise idée en soi. Mais quand on veut travailler en partenariat, la première politesse est d’informer le partenaire pressenti avant de faire des annonces publiques.

Lorsque le PDG M. Girard a présenté son virage vers les conteneurs devant la Chambre de commerce de Québec, en décembre 2017, le port de Montréal a soutenu ne jamais en avoir été informé.

M. Girard avait jusque-là parlé d’un projet d’agrandissement pour y faire transiter des marchandises diverses, tantôt du vrac, tantôt du pétrole, etc.

Le Port de Montréal n’avait pas tardé à faire sentir ses réticences à un projet de conteneurs à Québec.

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On est ici devant un important désaccord de perceptions.

Québec dit viser les conteneurs-géants que Montréal ne pourrait accueillir en raison d’un manque de profondeur de l’eau et de l’impossibilité pour de si gros bateaux de passer sous le pont de Québec.

Québec estime donc que son projet n’aurait qu’un impact mineur sur les opérations à Montréal, hypothèse appuyée par une récente étude économique externe.

Le Port de Montréal perçoit au contraire que le projet de Québec ferait concurrence au terminal de Contrecoeur, un scénario appuyé ici aussi par des spécialistes du transport maritime.

Les choses ne sont donc pas aussi claires que le voudrait la Ville de Québec.

On pourrait y voir une explication aux hésitations du gouvernement fédéral qui attend aussi les résultats d’une étude d’impact avant d’aller plus loin.

Le gouvernement Legault semble de son côté appuyer le projet de Québec, mais je n’ai pas vu encore qu’il ait signé de chèque.

Le port de Québec espère obtenir 180 M $ des deux gouvernements, sur un investissement total projeté de 775 M $.

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Le maire Labeaume a donc choisi de jouer une fois de plus la carte Québec-Montréal pour forcer la main à un gouvernement.

C’est de bonne guerre, comme il arrive à Montréal de jouer aussi cette carte. Pour dénoncer par exemple que le pouvoir politique penche trop souvent en faveur de notre extrémité de l’autoroute 20.

Les exemples de ces rivalités sont nombreux.

Le dernier en date est le présent débat sur le transport structurant. Le gouvernement Legault a imposé un plafond financier au projet de Québec, mais pas à celui de Montréal.

Sur ce même projet du transport, Québec avait reproché (avec raison) un mode de financement fédéral qui privilégiait Montréal.

L’impasse avait été dénouée par la mairesse Valérie Plante qui avait accepté (contre considérations futures) de céder une partie de son butin à Québec pour compléter le montage financier du tramway.

En 2017, Québec a dénoncé la composition d’un comité consultatif économique du gouvernement qui privilégiait Montréal.

Il y a une dizaine d’années, le maire Labeaume s’était déchaîné contre le déplacement des Francofolies en juin, ce qui risquait de nuire au festival d’été, craignait-il.

On pourrait en trouver bien d’autres.

Mais la réalité est aussi qu’on a beaucoup entendu le maire Labeaume essayer de désamorcer les chicanes politiques futiles avec Montréal.

Il avait fini par bien s’entendre à l’époque avec Gérald Tremblay. Il a ensuite formé un tandem solide et chaleureux avec Denis Coderre et a aujourd’hui des relations harmonieuses avec Valérie Plante.

Les rivalités avec Montréal font partie du coffre à outils des maires de Québec qui s’en servent de temps en autres sans qu’il faille s’en formaliser outre mesure.

Dans le cas du projet de terminal de conteneurs de Québec, la question n’est pas tant de savoir si Montréal est favorisée au détriment de Québec. Mais d’établir d’abord si ce terminal est un bon projet pour la région de Québec et pour l’ensemble du Québec.