François Bourque
Dans le faubourg Saint-Michel, la facture des condos détonne avec la cinquantaine de petites maisons de cet ancien quartier ouvrier.
Dans le faubourg Saint-Michel, la facture des condos détonne avec la cinquantaine de petites maisons de cet ancien quartier ouvrier.

La lenteur perdue du faubourg Saint-Michel

CHRONIQUE / Après avoir soutenu contre vents et marées un développement de forte densité sur le terrain des Religieuses de Jésus-Marie de Sillery, la Ville de Québec revoit aujourd’hui à la baisse ses ambitions pour le terrain voisin, celui de l’ancien aréna Jacques-Côté.

La «capacité» de ce terrain avait déjà été réduite une première fois le printemps dernier (2019), le nombre maximal d’unités de logement passant alors de 60 à 28.   

L’administration Labeaume croit aujourd’hui «souhaitable de diminuer encore davantage la densité afin de tenir compte des préoccupations soulevées par les résidants du secteur».

On pense ici aux hauteurs et à la circulation de transit dans les rues étroites du faubourg Saint-Michel, un quartier déjà éprouvé par la construction récente du domaine Sous-les-Bois (trois immeubles de 6 étages abritant 175 condominiums). 

Maintenir des objectifs de forte densité sur le site de l’aréna ajouterait une pression excessive, semble maintenant croire la Ville. 

Le ministère de la Culture, qui a le dernier mot sur le développement dans ce secteur patrimonial, «tend aussi vers une densification moindre» sur le terrain de l’ancien aréna, ont constaté les urbanistes de la Ville.

On peut s’interroger ici sur la cohérence de cette trajectoire publique. L’impact de la forte densité sur le quartier n’est quand même pas arrivé de nulle part, comme si personne n’avait pu le voir venir. 

Des citoyens avaient exprimé leurs craintes à l’époque de l’adoption du Programme particulier d’urbanisme (PPU) de Sillery en 2017. La Ville avait alors renoncé à lotir le parc Saint-Michel comme elle songeait à le faire, mais avait maintenu pour le reste des objectifs de densité élevés.

Le promoteur Marc Simard, qui est pressenti pour développer le terrain de l’ancien aréna, est d’accord pour réduire le nombre d’unités de logement.

Il envisage désormais 14 maisons unifamiliales sur le terrain plutôt que des unités en rangée avec stationnements sous-terrain.

M. Simard croit que des maisons de deux étages et demi vont «mieux cadrer dans le décor» du faubourg Saint-Michel et seront «plus faciles à vendre». 

Ça aurait été une bonne idée d’y penser, avant diront des citoyens du voisinage, qui souffrent aujourd’hui de la circulation de transit et de l’effet de «mur» créé par des condos dont la facture détonne avec la cinquantaine de petites maisons de cet ancien quartier ouvrier. 

Dans les faits, les maisons unifamiliales à venir sur le site de l’ancien aréna vont masquer les condos modernes du domaine Sous-les-Bois et devraient atténuer l’effet de mur.

Avec le parc Saint-Michel en face qui sera réaménagé et agrandi, les citoyens du faubourg vont retrouver un coeur de quartier qui n’aura rien à envier à ce qu’ils ont connu à l’époque de l’aréna et de son grand stationnement de surface.    

La Ville souhaite d’ailleurs «remettre sur les rails» ce projet au cours des prochaines semaines, annonce la conseillère Émilie Villeneuve.

Un sondage-consultation sera mené auprès des résidents pour tester l’intérêt pour du jardinage en bac, pour un terrain de pétanque, etc. Il est acquis que les terrains de tennis vont rester.  

Dans le faubourg Saint-Michel, la facture des condos détonne avec la cinquantaine de petites maisons de cet ancien quartier ouvrier.

CE QUE DISAIT LE PPU

Le Programme particulier d’urbanisme (PPU) de Sillery visait (en théorie) à «assurer une insertion harmonieuse des nouvelles construc­tions» et à revaloriser le «bâti résidentiel des anciens faubourgs» dont celui de Saint-Michel. 

On allait ainsi assurer la qualité de vie des secteurs résidentiels par le «maintien de la qualité de l’environnement» et la «cohé­rence visuelle du bâti». 

Cela «impliquait de contrôler le gabarit des constructions… et de limiter la hauteur des nouveaux édifices sur les grandes propriétés voisines», disait aussi le PPU.

Je ne remets pas en question les qualités d’architecture du domaine Sous-les-Bois qui sont en soit, assez exceptionnelles. Mais pour la cohérence avec les gabarits du voisinage, on repassera. L’esprit du PPU n’a pas été respecté.  

LES RÈGLES NE SONT PAS APPLIQUÉES

Les discussions se poursuivent entre la Ville et le promoteur Simard pour finaliser la vente du terrain de l’ancien aréna et préciser les détails d’un nouvel accès aux condos du domaine Sous-les-Bois. 

Cet accès permettrait de réduire la circulation de transit dans les rues du faubourg, plaide Mme Fabienne Barnard du Comité des résidents du faubourg et représentante des citoyens au comité de suivi du PPU de la Ville. 

«La situation qui était censée être temporaire perdure et c’est inacceptable, dénonce-t-elle. «La sécurité des enfants et de tous les usagers doit primer». 

Bien dit. Mais pour donner un portrait complet, il faut aussi rappeler qu’il y a à certaines heures moins de circulation aujourd’hui qu’à l’époque des périodes d’affluence de l’ancien aréna.   

N’empêche que la conseillère Villeneuve se dit elle aussi «impatiente» que le nouvel accès soit aménagé et que la circulation des condos soit redirigée sur la rue du Cardinal-Persico. 

Tout le monde est donc d’accord : le service des transports de la ville, les élus, les citoyens et le promoteur pressenti. Alors pourquoi faut-il que ce soit si long à aboutir? 

Le promoteur ne prévoit pas pouvoir aménager cette rue avant l’an prochain. Il me semble qu’on devrait pouvoir faire plus vite. Ou trouver des mesures d’atténuation temporaires, ne serait-ce que de faire respecter la signalisation actuelle sur les virages et les sens uniques, ce que la ville ne fait pas.

Techniquement, il manque encore l’accord du syndicat des copropriétaires des condos Sous-les-Bois à qui appartient une portion du terrain requis. Encore faudrait-il le leur demander.

Claude Trépanier, qui siège au conseil de ce syndicat, rapporte ne pas avoir été informé encore du projet de la Ville. 

LES INSULAIRES DU FAUBOURG

Je vous laisse sur ces mots de poésie empruntés à un citoyen du faubourg, Nicolas Jobin, qui décrit, mieux que tout ce qui précède, l’essence de ce quartier.

«Il y a quelque chose d’insulaire dans le faubourg. Un petit Havre-aux-Maisons sur le continent. Certes, le bardeau coloré de certaines maisons facilite le parallèle… 

...Des maisons qui se sont construites sur le long terme, lentement la beauté, planche par planche, au rythme des économies et du «scrap wood» rendu disponible aux ouvriers de l’Anse (…) un agrégat de petites perles de patrimoine bâti, mais au quotidien, c’est aussi, et pour moi surtout, un patrimoine immatériel.

…Derrière l’église qui surplombe superbement les falaises de la pointe à Puiseaux, il y avait un petit village où les gens vivaient à son rythme décalé. Au rythme d’une marche et d’une jasette de bord de clôture. 

Maintenant, je me désole que cette petite île soit traversée par des centaines de véhicules pressés qui mettent à mal sa lenteur et son tempérament piétonnier».

Si toutes les revendications de citoyens étaient écrites sur ce ton et dans ces mots qui font rêver, j’aime imaginer qu’elles seraient peut-être davantage entendues. J’ai parfois comme cela des élans de candeur. Laissez-les moi, je vous en prie.