Que la Ville veuille déneiger plus de trottoirs est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas se faire d’illusions. Ce sera inutile si ça ne vient pas avec un changement d’attitude.

Des trottoirs mieux déneigés?

CHRONIQUE / Vous serez nombreux à vous en réjouir. Québec est à revoir sa politique de déneigement afin d’accroître le service pour les trottoirs et les voies cyclables.

Les premières consultations ont eu lieu en décembre et la politique est attendue à temps pour le prochain hiver. 

«Les habitudes de vie changent; les jeunes se déplacent autrement; on va revoir la politique dans cette optique», explique le conseiller exécutif Jérémie Arnould, responsable du dossier.

J’ajouterais qu’il n’y a pas que les jeunes. Les «transports actifs» sont dans l’air du temps. 

On va davantage à pied (ou à vélo) pour le plaisir ou pour des courses qu’on faisait jadis toujours en auto.

Il n’y avait pas cette même sensibilité quand Québec a voté sa première politique de déneigement il y a 10 ans.

Ce qui a changé aussi, c’est la densification des quartiers. Il n’est plus rare que deux, trois ou quatre unités d’habitation, chacune avec son entrée d’auto, occupent le terrain d’un ancien bungalow. 

Cela signifie moins d’espace pour souffler la neige, plus de dénivelés sur les trottoirs, plus de transport par camion, ce qui pose des enjeux d’environnement et de sécurité.

Les technologies, les techniques et les moyens de déneigement évoluent constamment, plaide le parti d’opposition Québec 21 qui veut lui aussi une révision de la politique. 

Que la Ville veuille déneiger plus de trottoirs est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas se faire d’illusions. 

Ce sera inutile si ça ne vient pas avec un changement d’attitude.

Déneigeurs et contremaîtres doivent se mettre davantage dans la peau des piétons et pas seulement dans celle des automobilistes. 

Se demander par exemple s’ils laisseraient leur mère marcher sur des trottoirs obstrués ou glissants faute de gravier ou d’abrasifs. 

Il n’est pas besoin pour cela de changer les politiques. Il suffit d’être plus attentif. 

C’est peu demander, mais à la fois beaucoup. Il n’est jamais facile de changer les perspectives et la culture. Les commentaires valent aussi pour le ministère des Transports.

Les technologies de communication devront aussi être affinées. Québec permet de s’abonner par courriel ou par texto à ses alertes pour le déneigement de nuit.

Ces alertes sont cependant imprécises. Le déneigement n’a souvent lieu que la nuit suivante ou celle d’après. 

Cela multiplie les dérangements et parfois les frais pour les citoyens qui doivent payer pour garer leur voiture hors rue.

La carte interactive spécialisée sur le site de la Ville permet depuis 2017 de voir les zones des prochaines opérations de déneigement, mais il reste du flou. L’intention de la Ville est d’utiliser la géolocalisation pour émettre un jour des alertes plus précises. La technologie ne le permet cependant pas encore. 

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Un lecteur m’a envoyé copie du registre qu’il tient depuis le début de l’hiver sur l’état de quelques rues et trottoirs de Cap-Rouge qu’il emprunte chaque jour. 

Il y note ses appréciations entre A (excellent) et E (impraticable). 

Une constante : des notes (presque) toujours moindres pour les trottoirs, qui parfois ne sont même pas déblayés les fins de semaine.

L’exercice est intéressant, mais inutile si l’information n’est pas transmise à la Ville.

C’est le bout de chemin que vous pouvez faire comme citoyen : signaler le 3-1-1. C’est fait pour ça. Les plaintes y sont «monitorées» et des flags sont levés si un secteur pose problème.

Les gens ont souvent peur de déranger ou de passer pour des chialeux, mais c’est la meilleure façon d’améliorer le service, insiste M. Arnould. Retenez le chiffre, 3-1-1, plutôt que de ruminer votre colère tout l’hiver. 

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Le service de déneigement s’est-il dégradé depuis les fusions ou sous l’administration Labeaume ? 

Des citoyens le pensent, mais le nombre de plaintes est souvent en proportion de la quantité de neige ou de verglas reçue. Comme il n’y a pas deux hivers pareils, les comparaisons sont difficiles.

Je soupçonne que le décompte des plaintes en dit autant sur l’insatisfaction face à l’hiver que sur la qualité du déneigement.