Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
Isabelle Gaboriault

Faut juste y penser...

CHRONIQUE / Une vidéo a retenu mon attention cette semaine. Celle de deux ados : Gaëlle et Enola. La première demande à la deuxième d’élucider une énigme mathématique à la base toute simple. Mais le calcul, Enola prend environ 16 minutes pour le résoudre. Je ne la blâme pas. Plus habituée à manier les lettres que les chiffres, j’aurais fait pire à sa place. Car pour arriver à une réponse logique, ça demandait du recul. De l’analyse.

En fait, la jeune fille se trouvait devant un raisonnement fallacieux. Un problème conçu pour la tromper. Un raisonnement incorrect qui, à première vue, a une apparence de validité logique, mais c’est une illusion.

Gaëlle lui expose l’énigme suivante impliquant deux frères, Pedro et Juan.

— Pedro a dix ans. Juan a la moitié de son âge, expose-t-elle.

Aussitôt, Enola répond que Juan a donc cinq ans.

— Quand Pedro aura dix fois son âge, ça lui fera quel âge à Pedro ?

— 100 ans ! répond Enola du tac au tac.

— Et du coup, Juan aura quel âge ?

— 50 ans ! poursuit-elle, convaincue.

— Vas-y maintenant, tu réfléchis vraiment..., lui lance alors Gaëlle pour lui signifier qu’elle est dans les patates. Elle ajoute même que ses calculs ne sont pas bons.

Pour les vérifier, Enola va jusqu’à sortir sa calculatrice pour revenir, chaque fois avec la même (mauvaise) réponse.

Gaëlle, pour l’aider à se démêler, lui demande alors son âge et l’âge d’une amie qui assiste à la scène. Enola a 17 ans et Kathleen 13. Donc, la différence d’âge entre les deux est de quatre ans. Ce sur quoi les deux jeunes femmes s’entendent.

— Quand tu auras dix fois ton âge, soit 170 ans, quel âge aura Kathleen ? lui demande alors Gaëlle.

— 130 !

— Du coup, plus on vieillit, plus on a un gros écart d’âge ?

— Oh put*** !

Enola venait de réaliser la boulette qu’elle faisait depuis le début. Au lieu de tenir compte de l’écart d’âge entre les deux frères, elle restait accrochée au fait que le plus jeune avait, une année donnée, la moitié de l’âge de son aîné.

Des fois, notre cerveau nous joue des tours et nous pousse, malgré nous, à ne pas raisonner correctement. Un phénomène que je trouve fascinant.

Comment alors ne pas être soufflée quand, par exemple, avec son fin doigté, le conteur Fred Pellerin arrive à glisser le plus connu des raisonnements fallacieux dans une de ses fabuleuses histoires ?

La prise de tête d’Enola m’a rappelé le chapitre de La tévé communautaire « dans le temps des piasses en papier », dans le conte De peigne et de misère

Ce jour-là, le forgeron Riopel, Méo le coiffeur et Toussaint Brodeur, le marchand général, décident de s’acheter une tévé à trois. La machine vaut 30 $. Chacun donne donc 10 $ à Ti-Will, le commis-voyageur.

À son retour avec l’objet tant attendu, il annonce au trio que puisqu’il avait acheté « une démonstrative », la tévé ne lui a coûté que 25 $. Une aubaine. Il revenait donc 5 $. Mais 5 $, un chiffre entier, se sépare mal entre trois investisseurs, leur fait remarquer Ti-Will. C’est là qu’il propose de remettre 1 $ à chacun et de se garder 2 $ pour son déplacement, à vélo.

Tout le monde était content jusqu’au jour où Toussaint Brodeur a lancé, comme ça, tout bonnement, qu’il manquait une piasse !

« Au départ on avait fourni dix piasses chacun, qu’il a dit. Il nous en est revenu chacun 1 $. On a donc dépensé tous les trois neuf piasses. Si on multiplie neuf piasses par trois, ça nous porte à vingt-sept piasses. Si on ajoute à ce chiffre les deux piasses que Ti-Will a conservées pour la livraison, ça porte le total à vingt-neuf... Puis ça s’arrête là, puis il manque une piasse pour taper le trente du départ », peut-on lire.

Une piasse que tous vont chercher sur des pages et des pages, car le raisonnement de Toussaint, comme celui d’Enola, n’est pas correct.

Les trois hommes pensent toujours qu’ils ont payé 30 $, mais dans les faits, ils ont payé leur tévé 25 $. Ce 25 $, plus les 3 $ qu’ils ont reçus et le 2 $ de Ti-Will, ça donne 30 $.

Toussaint additionne des montants qui n’ont aucune raison d’exister et il entraîne tout le monde dans son délire.

Vous en connaissez des histoires qui nous font nous arracher les cheveux ? Je veux les connaître ! Pas obligés de vous limiter aux chiffres. Partagez avec moi celles qui contiennent des lettres. Comme celle-ci :

Tout ce qui est rare est cher.

Un cheval bon marché est rare.

Donc, un cheval bon marché est cher.

Pensez-y !