André Perron, thérapeute conjugal et familial, à Québec

Familles et couples: le jour d’après

CHRONIQUE / «Le jour d’après quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant.» Cette affirmation du président français Emmanuel Macron vaut aussi pour les couples et les familles. «La vie ne sera plus pareille», estime André Perron, thérapeute conjugal et familial, à Québec.

Vraiment? À chaque crise, nous disons toujours qu’il y aura un avant et un après, que les comportements changeront, que des leçons seront tirées.

Et pourtant, les bonnes intentions s’étiolent avec le temps. Le naturel revient au galop.

Pourquoi en serait-il autrement lorsque nous aurons gagné la bataille contre la COVID-19, lorsque les enfants retourneront à l’école ou à la garderie, lorsque les parents regagneront leur tour à bureaux, lorsque les couples et les familles ne seront plus astreints à rester à la maison et pourront de nouveau — en solo, en couple, en famille ou en bande — se rendre au restaurant, au cinéma, au bar, au gym, au centre de ski? 

Pourquoi, «après» l’urgence sanitaire qui bouscule nos vies depuis une semaine, la dynamique familiale serait-elle transformée, moins agitée et davantage centrée sur l’essentiel?

«Parce que la crise est unique, répond M. Perron. En peu de temps, tout vient de changer.» Et pour tout le monde. Qui plus est, on ignore pour combien de temps.

Le thérapeute cite La Fontaine et sa fable Les animaux malades de la peste : «Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés».

Les habitudes, les routines, les certitudes, les structures, le sentiment de contrôle, la confiance dans le progrès, la prévisibilité à la maison ou au travail, la sécurité financière, tout fout le camp. «Le cerveau est perdu. Tout le monde vire fou à l’intérieur. Notre environnement n’est plus le même.»

Et évidemment, cela peut devenir très difficile pour les couples, les parents, les enfants. Ce qui était organisé et maîtrisé ne l’est plus. «Si tu n’es pas créatif, si tu ne communiques pas avec ton conjoint ou tes enfants, tu vas trouver ça dur.» Frustration et colère risquent de s’accumuler. 

Le fait de devoir vivre plus souvent ensemble, de ne pas avoir de période ou d’espace uniquement pour soi, de ne plus avoir de soupape peut amplifier un malaise, une insatisfaction qui était déjà là, en soi, chez l’autre ou dans la relation, explique M. Perron.

Des hommes et des femmes qui vivent une situation d’isolement et de confinement, de promiscuité, d’insécurité économique, de perte de repères et de désorganisation, le psychothérapeute en a croisé un lot dans sa carrière. «Un village», dit-il. 

M. Perron a évalué des détenus de pénitenciers, a travaillé en protection de la jeunesse avant d’avoir son propre bureau afin d’aider les couples et les familles. 

Si la crise du verglas a fait croître le nombre de naissances, celle du coronavirus pourrait pour sa part augmenter la détresse, la violence conjugale et le nombre de séparations. 

Le psychothérapeute ne voit cependant pas que des effets délétères à la présente crise. Bien au contraire.

Bons côtés à la crise

André Perron croit qu’elle offre de belles occasions d’apprentissages et d’échanges. «Les gens se retrouvent ensemble, dans l’intimité.»

L’urgence sanitaire permet aussi, selon lui, une sensibilisation au bien commun et incite à réfléchir aux valeurs qui nous animent individuellement et collectivement.

«Qu’est-ce qui est le plus important? La vie, l’argent, le travail, les voyages, les sorties? On n’a pas le choix de choisir la vie. Il y a un recadrage qui se fait. On remet la société en place». 

Tout devient relatif. Est-ce si grave d’avoir les cheveux hirsutes ou une repousse d’un centimètre parce que les salons de coiffure sont fermés? On protège plutôt sa santé et sa vie, ainsi que celles de son coiffeur.

Cela n’a rien à voir avec les relations familiales ou de couple, mais le psychothérapeute note un autre effet positif à l’actuel état de crise. «Les politiciens apprennent à nous parler. Avec intelligence, avec honnêteté, avec constance.»

Bien sûr, à travers le monde et à travers le Canada, ils ne le font pas tous avec la même aisance et la même efficacité. Au Québec, le premier ministre François Legault et son équipe réussissent à bien communiquer, à nous rassembler contre un ennemi commun, constate M. Perron. 

Est-ce qu’il y aura «un avant et un après» dans les relations entre les citoyens et les politiciens? Comme le dit souvent François Legault : on verra.