Moins de deux ans après avoir reçu ces touchantes marques d’affectation de la part deux de ses enfants, Luc Fortin se retrouve titulaire du ministère de la Famille dans un contexte où les attentes sont très grandes à l’égard des services à la petite enfance.

Être père et parrain

Il se glisse dans les scénarios campés et bien léchés de la politique des imprévus auxquels le temps donne un caractère prémonitoire. Comme le 28 janvier 2016, lorsque faisant totalement abstraction des règles protocolaires de l’Assemblée nationale, le petit Raphaël s’est accroché au cou de son père et que sa grande sœur Alexia s’est agrippée au bras de celui qui venait de prêter serment pour la première fois comme ministre.

Moins de deux ans plus tard, voilà Luc Fortin à la tête du ministère de la Famille, responsable d’un portefeuille de 2,5 milliards trois fois supérieur à celui des Transports et qui vient tout juste derrière la Santé et l’Éducation. Lourde commande et vertigineuse ascension.

Sauf que le jeune père de trois jeunes enfants, qui devra faire de la place à la maison à un quatrième rejeton et que ses voisins de quartier voient régulièrement attendre l’autobus scolaire au coin de la rue avec sa grande, jure que la politique ne le poussera pas une seconde fois dans les câbles. Du moins, pas à cause de qu’il peut mieux contrôler, c’est-à-dire les risques de surmenage.

« Je vais maintenir l’engagement que j’ai pris depuis ma convalescence, de consacrer au moins une journée par semaine à ma famille. Encore plus dans ma position actuelle. Je serais bien mal venu d’avoir à vivre un autre épisode malheureux de conciliation travail-famille alors que je dois être à la recherche de solutions pour tous les parents du Québec. Je me ferai plus que jamais un devoir de viser l’équilibre. En me confiant la tâche, le premier ministre Couillard m’a d’ailleurs dit que je serai fort de mon expérience personnelle pour relever ce défi. »

Va pour la discipline personnelle et le mandat du chef du gouvernement libéral ayant placé la qualité de vie des familles au sommet des priorités. Sauf qu’il est loin d’être certain que le financement pour les services de garde grimpera à la hauteur des attentes.

Dès son premier jour, le député de Sherbrooke se retrouvera à devoir calmer l’impatience du personnel des centres de la petite enfance, froissé par la faible reconnaissance de l’État. Un sentiment d’injustice qui perdure et qui ne disparaîtrait qu’avec un rattrapage semblable à celui qui a donné satisfaction aux médecins. Or, il est clair que Québec ne se rendra pas jusque-là.

Le ministre Fortin hérite également de la pression de multiples recommandations découlant du Rapport de la Commission sur l’éducation à la petite enfance, qui suggère le même soutien à l’apprentissage et la même gratuité de service aux enfants de 0 à 4 ans qu’à ceux qui entrent dans le réseau scolaire par la porte de la maternelle.

« Le gouvernement avait déjà rejeté la gratuité et voilà qu’il vient de passer outre notre recommandation de viser la cohérence en regroupant tous les services éducatifs sous l’égide du même ministère », relève Martine Desjardins cosignataire de ce document de réflexion.
Sébastien Proulx a occupé cette double charge pour dépanner, par défaut. Son patron, Philippe Couillard vient de les ramener sous des responsabilités ministérielles séparées.

« J’ai vu de nombreuses réactions positives à cet égard sur les médias sociaux. Pour plusieurs, c’est donc une bonne nouvelle. Sébastien et moi avons travaillé efficacement ensemble pour le maillage de la culture et de l’éducation. Nous avons fait des avancées comme jamais auparavant dans ce domaine-là. En dehors du cadre politique, lui et moi sommes des amis. Nous allons poursuivre cette collaboration et nous serons deux à pousser dans la même direction pour le bien-être de nos enfants. »

Martine Desjardins est prête à donner la chance au coureur.

« Je connais M. Fortin, j’ai eu des échanges avec lui comme intervenante du milieu culturel et je lui reconnais son écoute et son ouverture lorsqu’il a été responsable de la Culture. Je ne doute pas un instant non plus qu’il soit un père attentionné et dédié. Mais il ne suffit pas d’être un bon père pour se faire le parrain du grand changement que suggère le consensus scientifique identifiant la petite enfance comme la période cruciale du développement humain, une période également déterminante de la réussite à l’école et pour le reste de la vie », fixe comme but ultime à atteindre la jeune femme que les Québécois reconnaissent dès qu’on rappelle son militantisme durant la bataille étudiante du printemps érable.

Pas trop de regrets d’avoir écarté la mairie de Sherbrooke de votre plan de carrière?, ai-je blagué pour conclure mon entretien téléphonique avec le ministre Fortin.

« Pas du tout! C’est un scénario que j’avais très vite écarté. Aujourd’hui, je considère avoir reçu une importante promotion de la part du premier ministre et je le remercie évidemment de ce vote de confiance. »