Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
La semaine dernière, le CIUSSS de la Capitale-Nationale avait installé un centre d’intervention psychosociale à bord d’un autobus du RTC, sur la Rue des Remparts, près de la maison où habitait Suzanne Clermont.
La semaine dernière, le CIUSSS de la Capitale-Nationale avait installé un centre d’intervention psychosociale à bord d’un autobus du RTC, sur la Rue des Remparts, près de la maison où habitait Suzanne Clermont.

Et s’il y avait une ciboulot-mobile?

CHRONIQUE / Quand je suis allée me promener sur la Rue des Remparts la semaine dernière, j’ai évidemment remarqué l’autobus du RTC stationné près de la maison où habitait Suzanne Clermont, où elle a été tuée. C’était en fait une «clinique» d’urgence qu’on déploie pour donner de l’aide psychologique, en cas de catastrophe.

Pas de doute, il fallait qu’elle y soit.

J’ai jeté de furtifs coups d’œil à l’intérieur, n’y ai vu personne d’autre que les intervenants qui n’attendaient que quelqu’un à aider.

Je me suis demandé si des gens y montaient.

On a appris cette semaine que oui, il y a des gens qui sont montés dans l’autobus, une cinquantaine environ, surtout des hommes. C’est une bonne nouvelle sachant que les gars ne sont habituellement pas très enclins à consulter. «On pourrait expliquer cela par le fait que selon notre expérience, les hommes qui ont des besoins veulent rencontrer immédiatement. C’est parfois difficile pour eux d’aller consulter, de prendre un rendez-vous, de se rendre sur place.», a résumé vendredi en rencontre de presse Marie-Bhavani Olivier, adjointe à la direction des services multidisciplinaires du CIUSSS.

En d’autres mots, c’est simple et rapide.

«Les gens qu’on rencontre ici ont entendu parler de quelque chose, ont peut-être vu quelque chose et ils ont besoin de parler. Les intervenants sont là pour évaluer les besoins des usagers du service et faire des références vers d’autres spécialistes lorsque c’est nécessaire», a-t-elle ajouté.

La porte de l’autobus, donc, se trouve à être la porte d’entrée du système, qu’il faut parfois chercher longtemps autrement.

Lorsqu’on arrive à la trouver.

Le gouvernement a commencé à réinvestir en santé mentale, la liste d’attente pour consulter un psychologue est passée de 24 000 à 16 000, mais c’est quand même énorme, sans compter qu’il faut parfois y poireauter deux ans. Et il faudra s’armer de patience, le ministre Lionel Carmant compte en venir à bout en mars 2022.

La semaine dernière, le CIUSSS de la Capitale-Nationale avait installé un centre d’intervention psychosociale à bord d’un autobus du RTC, sur la Rue des Remparts, près de la maison où habitait Suzanne Clermont.

Quand on sait tout le bien qu’a fait cette unité mobile dans le Vieux-Québec pour les personnes qui avaient besoin d’aide dans les jours suivant la tuerie de l’Halloween, je me dis qu’on pourrait peut-être étendre le concept en dehors des situations de graves tragédies. J’imagine un véhicule qui servirait juste à ça, un peu comme les caravanes pour les sans-abris, qu’on enverrait partout en ville, à longueur d’année. 

On annoncerait sa présence à l’avance, à tel endroit, à telle date, de telle heure à telle heure, la ciboulot-mobile vous attend.

On va vous aider.

C’est évidemment simpliste comme idée, elle se heurterait sûrement à plein de considérations logistiques, mais je trouve que les gens qui ont besoin d’aide devraient en recevoir, que ce soit ou non à cause d’un carnage. 

J’ai cherché sur le web et je n’ai pas trouvé d’exemples, à part un article publié par Radio-Canada publié en 2011 qui parlait d’un laboratoire mobile qui s’est rendu dans les communautés éloignées de l’Ontario pour étudier les besoins en soins psychiatriques, entre autres en faisant des évaluations et des tests biologiques. Il y a bien sûr aussi des intervenants qui se rendent chez le patient, comme le programme de Suivi intensif dans le milieu (SIM), qu’on a à Québec d’ailleurs.

Mais il faut déjà être suivi.

Peu importe ce qu’on fait, il faudra une solution pour mieux rejoindre les hommes qui souffrent tout seuls dans leur coin. Selon la Commission de la santé mentale du Canada, les hommes hésitent beaucoup plus que les femmes à demander de l’aide et ils comptent pour les trois quarts des suicides.

Il faut trouver une façon d’agir plus tôt que trop tard.