Stéphanie Gagné Clermont a amorcé il y a deux ans un processus vers le Zéro déchet qui lui a permis de réduire la quantité de rebuts acheminés vers le site d’enfouissement. Au cours de la dernière année, elle a ainsi cumulé 1,46 litre seulement de déchet.

Et si on visait (presque) zéro déchet

CHRONIQUE / La cueillette des rebuts, c’est clairement pas ma tâche préférée. Fait que la plupart du temps, je laisse ça à ma douce, ça lui permet de prendre une petite marche jusqu’au chemin, ça la garde en forme. Une semaine, c’est le bac bleu du recyclage, l’autre les poubelles, qui n’ont pas de bac de couleur chez nous. C’est ma réalité de fond de campagne, y a un type qui passe ramasser les ordures à la main avec son pick-up.

Je vous entends là : hey la grande, tu vas pas sérieusement nous parler de tes déchets!?

Tellement.

En fait, pas tant des miens que de ceux de Stéphanie Gagné Clermont, maître es environnement, membre du mouvement Zéro déchet et enthousiaste partageuse d’expérience. De ses déchets, donc, ceux qu’elle produit annuellement et plus encore de ceux qu’elle ne produit pas tout aussi annuellement.

Partons de la partance. Je vous rappelle qu’un bon Canadien produit en moyenne chaque année 720 kg de déchets; un bon Québécois, 749 kg. Ça fait, comment dire, un méchant gros tas de cochonneries, des bacs et des sacs pas mal pleins chaque fois que ma douce prend sa marche jusqu’au bout de la cour.

Pendant ce temps, au cours de la dernière année, Stéphanie a généré 1,46 litre de déchets. Ce n’est pas une erreur de frappe : 1,46 litre.

En mesure populaire, pas tout à fait l’équivalent de deux bouteilles de vin. Bien loin d’un vinier. Chaque mois au cours de la dernière année, elle a réussi à faire entrer ses déchets du mois dans un petit bocal à confiture maison. Le plus petit des bocaux. C’est complètement minuscule.

Elle sourit.

« Tendre vers le zéro déchet, c’est un processus vraiment progressif et ça doit absolument se faire dans le plaisir. Il faut commencer par des petites choses, intégrer de nouvelles façons de faire et de penser pour que ça reste simple. Ma devise c’est ‘‘faut pas virer fou avec ça’’ », dit-elle.

Deux choses.

D’abord bien enregistrer son « Tendre vers le zéro déchet ». Même les grandes figures de ce mouvement de plus en plus populaire, la Franco-Américaine Béa Johnson en tête, n’arriveront jamais à produire zéro déchet, c’est techniquement impossible. L’idée, c’est donc avant tout d’en produire le moins possible.

De là aussi l’idée d’y aller progressivement, dans le plaisir, une étape à la fois, une bouteille et une tasse réutilisables à la fois, un sac, un pot ou un contenant réutilisables à la fois, un achat ou un non-achat à la fois, une réorganisation et une habitude à la fois.

Tiens, jasons habitudes. En une vingtaine d’années, on en a changé quelques-unes. Le recyclage et le compostage ont pris leur place dans notre quotidien. Je nous vois apporter nos sacs à l’épicerie, nos tasses au bureau, notre bouteille d’eau accrochée au sac à dos, notre électronique à l’écocentre. C’est pas encore la totale, mais il s’est quand même passé quelque chose.

Mais qu’est-ce qui pourrait se passer de plus encore pour « tendre tous ensemble vers le Zéro déchet » et régler en amont certaines problématiques de recyclage et de revalorisation qui flottent dans l’air, dans l’eau et sur notre bonne vieille planète?

Petit retour dans le temps et la base de la gestion environnementale : vous vous rappellerez des 3 R martelés à une certaine époque, et puis pouf! Magie! à un certain moment il n’en reste plus qu’un, on ne jure plus que par le recyclage, on capote quand le bac bleu est plein et que le vert diminue d’autant, mais voilà, avant le recyclage, à ne jamais négliger quand même, il y a la réduction et le réemploi, deux affaires encore plus importantes parce que, t’sais à la base, ce que t’as pas acheté ou que t’as trouvé à réutiliser, eh bien c’est aussi simple que ça, t’as même pas besoin de le recycler.

Première question, donc, quand même assez tendance pour plein de raisons : en as-tu vraiment besoin? T’es sûr? Sûr sûr? Ok. Alors dans ce cas, en as-tu besoin dans le flambant neuf? Peux-tu te le trouver dans l’usagé? En friperie? Chez le voisin, la belle-mère, à l’encan, auprès d’un organisme quelconque?

Non? Ok. Dans ce cas, en l’achetant en magasin, pourquoi ne pas y aller pour la version durable? Réparable? Recyclable? Avec un minimum d’emballage. T’sais, tant qu’à faire.

Après? Après mille possibilités encore, vous diront les adeptes d’une certaine simplicité et du système D.

« J’ai commencé avec la pellicule plastique, raconte Stéphanie. Quand j’ai réalisé les ressources et le long processus de fabrication pour une chose qu’on utilise sur une très courte période avant de le jeter avec tout ce que ça implique, j’ai remarqué que ça s’appliquait à un paquet de choses. Ma réflexion s’est enclenchée, ma recherche de solutions aussi. »

Stéphanie a ainsi remplacé la pellicule plastique par l’emballage réutilisable à la cire d’abeille, les produits de soins corporels ou de nettoyage par des recettes maison, les courses régulières en épicerie par de l’achat en vrac, le magasinage réconfort en boutique par des visites fréquentes en friperies et chez Estrie-Aide.

« Je ne me prive pas, je fais simplement les choses autrement, fait-elle valoir. En plus, il y a un réel intérêt économique à repenser ses achats, car je dépense moins, j’achète des choses plus durables que j’ai à remplacer moins souvent ou jamais, je sauve même sur le coût d’achat quand j’achète en vrac puisque le commerçant n’a pas à calculer les coûts d’emballage dans son prix de vente. J’ai donc davantage d’argent dans mes poches pour des activités ou des sorties que j’aime. »

Ah. C’est sûr que si j’offre à ma douce le choix de rouler les déchets jusqu’au chemin ou d’aller regarder les nuages rouler du haut de la montagne…

Un brin curieux d’en savoir davantage sur le mouvement Zéro déchet? Il y a aura conférence de Mélissa de La Fontaine à La Capsule de la rue Wellington Sud le 24 novembre. Pour plus d’info, on peut visiter la page Facebook de Sherbrooke en transition.

Et si vous êtes en quête de trucs et de partages, sachez qu’il existe aussi quelques pages Facebook Zéro déchet, dont une pour la région Magog-Sherbrooke.