Après avoir passé autant de temps en région durant la campagne, à répéter à quel point le vote des Estriens ferait une différence, il serait pour le moins irrévérencieux que le nouveau premier ministre François Legault ne désigne pas « un ministre de l’Estrie pour l’Estrie ». Une demande que formule à son tour le maire de Sherbrooke, Steve Lussier.

Et si l'Estrie devenait les Cantons-de-l'Est?

Qu’il s’agisse du député de Richmond, André Bachand, qui a l’expérience de la vie parlementaire à Ottawa et de la mairie d’Asbestos, ou du nouveau représentant d’Orford, Gilles Bélanger, que François Legault a étiqueté durant sa campagne comme membre de son équipe économique, « ça prend un ministre de l’Estrie pour l’Estrie ».

C’est le message que le préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers, a envoyé via nos pages au nouveau premier ministre François Legault. Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, ajoute son poids dans la balance.

« M. Legault a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi. D’une part, parce que son parti a remporté quatre comtés en Estrie. Deuxièmement, parce que l’élection d’une députée solidaire dans Sherbrooke lui envoie un autre genre de message. »

Les décideurs régionaux ne veulent pas revivre les visites espacées et les communications à distance que Philippe Couillard leur a imposées au début de son mandat en désignant Pierre Paradis comme ministre de la région de l’Estrie, bien que la circonscription de Brome-Missisquoi ne comprenne aucune municipalité appartenant à la région administrative 05.

La référence aux Cantons-de-l’Est, ajoutant le secteur Granby-Bromont à l’Estrie, est celle d’une alliance stratégique de mise en marché touristique reposant sur des considérations historiques ainsi que sur l’intérêt commun d’une offre diversifiée pour le ski ainsi que pour nos autres attractions régionales.

Après avoir passé autant de temps ici, à nous répéter à quel point le vote des Estriens ferait une différence, il serait pour le moins irrévérencieux que le chef de la Coalition avenir Québec nous délègue un parrain ou une marraine comme représentant ministériel.

À moins que M. Legault nous surprenne en nous annonçant qu’une partie de la réduction de postes figurant dans son programme se fera en fusionnant des régions administratives afin d’en réduire le nombre...

Je n’ai jamais entendu cette intention de la bouche de M. Legault, mais il ne faudrait pas s’étonner qu’elle surgisse durant le chantier des réformes caquistes puisque le CIUSSS de l’Estrie-CHUS dispense les soins de santé sur une partie du territoire de la Montérégie. Le ministère accaparant plus de la moitié du budget de fonctionnement de l’État québécois répartit donc déjà ses budgets en se référant à la zone extraterritoriale des Cantons-de-l’Est plutôt qu’aux limites administratives de l’Estrie.

En éducation, le territoire de la Commission scolaire Eastern Township s’étant lui aussi aux MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska.

Poussons la réflexion plus loin.

« André, vérifie donc si Jean-Philippe serait totalement réfractaire à l’idée ou pourrait plutôt y voir une forme de compromis afin de réduire l’appareil gouvernemental sans abolir la totalité des commissions scolaires », pourrait, par exemple, souffler François Legault à l’oreille d’André Bachand en sachant que le frère de ce dernier préside la Commission scolaire des Sommets, dont le centre administratif est à Magog.

J’ai évoqué cette possible collision avec Jean-Philippe Bachand durant une activité partisane de la CAQ au cours de laquelle sa présence n’était que l’expression d’une solidarité familiale tout à fait normale. Voici ce qu’avait été sa réponse :

« C’est très spéculatif. On va laisser passer l’élection pour voir qui formera le prochain gouvernement et j’analyserai ensuite ».

Ça demeure hypothétique, mais ça l’est moins qu’il y a trois mois puisque le gouvernement Legault doit maintenant trouver des façons de financer les baisses d’impôts promises aux Québécois. Or, demandez aux ministres et députés libéraux congédiés lundi soir dernier s’il est possible de réformer sans déranger!

Je m’étonne d’ailleurs que les libéraux soient consternés par la violente ruade qu’ils viennent d’encaisser puisque la quarantaine imposée à Gaétan Barrette trahissait ce châtiment appréhendé. Autrement le Dr Barrette aurait été envoyé au front comme chevalier au lieu de rester terré.

Les compressions et les transformations sont récurrentes dans la Santé et ne sont pas sur le point de cesser. Sauf que cette fois, l’approche directive du réformateur a agacé. Sa médecine de cheval a répandu dans le réseau estrien de la santé un mécontentement qui, à mes oreilles du moins, n’avait jamais été aussi perceptible. Le Dr Barrette n’aurait pas été déguisé en courant d’air si les stratèges libéraux n’avaient pas entendu la même chose.

Sans prétendre que les 17 000 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont systématiquement voté contre le gouvernement Couillard, il est reconnu en marketing qu’un client insatisfait en contamine une dizaine d’autres. Agrandissez ce cercle au personnel des écoles primaires et secondaires de même qu’aux cégeps et universités ayant baigné jour après jour dans les effets d’un financement réduit.

N’oubliez pas les employés municipaux ayant tempêté, après s’être retrouvés sous le coup de deux lois, l’une sur les caisses de retraite et l’autre ayant augmenté le pouvoir de négociation des villes. La somme de mécontents se retrouvant chez les importants employeurs de Sherbrooke et de l’Estrie, représentait donc une charge particulièrement puissante.

Le ministre Luc Fortin a été soufflé dans l’explosion, tout comme l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert l’a été lors l’élection précédente. À l’ère de la consommation rapide et du jetable, même l’espérance de vie de politiciens de qualité n’est guère plus longue qu’un seul mandat!