La déclaration commune #EtMaintenant se veut l’expression de la place que les femmes ont décidé de prendre et à laquelle elles ont droit, de même que la manifestation d’un refus global du traitement sexiste dont elles font encore les frais, estiment les auteures.

Et maintenant, moi aussi!

CHRONIQUE / «Les paroles s’envolent, les écrits restent», nous rappelle un vieux proverbe ancien qui fait état de la prudence accompagnant la rédaction d’un texte, par opposition à une entente verbale. C’est tout aussi vrai dans le domaine public où les controverses sont souvent le résultat d’ambiguïtés ou d’interprétations erronées données aux propos tenus.

Voilà pourquoi il faut aller voir les textes dans le débat sur la déclaration commune #EtMaintenant, lancée dimanche soir dans la suite du mouvement #MoiAussi, #MeToo.

Les réserves exprimées autour de ce mouvement portent sur le fait que les dénonciations dans les médias sociaux constituent une forme de justice populaire où les règles de droit et la présomption d’innocence n’existent plus. Le texte de la déclaration fait les nuances nécessaires. Voilà pourquoi il est important de le lire avant de le commenter. 

«Oui, il y a une différence entre un commentaire sexiste et une agression sexuelle, font valoir les auteures. Mais un acte a-t-il besoin d’être criminel pour être inapproprié? S’il est posé sans le consentement de la personne, s’il se répète, si le refus entraîne des représailles, cet acte est un abus de pouvoir. Il n’a pas pour but de séduire, mais d’asseoir une domination.»

Ce sont ces trois mots, «s’il se répète», que tous devraient au moins comprendre. Il me semble que c’est assez clair. Il peut arriver à tout le monde de dire des «conneries» dans le cours d’une discussion ou d’échapper une mauvaise blague. Mais ce n’est pas acceptable de répéter les mêmes «conneries» jour après jour, notamment lorsqu’il s’agit de compliments non désirés sur la tenue vestimentaire ou l’allure physique d’un ou d’une collègue de travail.

Je ne parlerai pas ici d’agressions sexuelles, parce que c’est clair: il faut aller à la police même si c’est pénible et difficile. Une vaste enquête du Globe and Mail, l’an dernier, a d’ailleurs amené les corps policiers à fouiller dans leurs vieux dossiers et à revoir l’accueil souvent inadéquat réservé aux victimes. La preuve demeure difficile à établir, mais les méthodes policières s’améliorent.

Toutefois, ce à quoi on assiste ici est plus vaste: «Ce n’est pas de victimisation dont il est question, mais d’une force qui enfin s’affiche», écrivent encore les auteures de #EtMaintenant. 

Cette force, c’est l’expression de la place que les femmes ont décidé de prendre et à laquelle elles ont droit. C’est également la manifestation d’un refus global du traitement sexiste dont elles font encore les frais. C’est un appel à la solidarité féminine, mais également un appel à l’aide: «Nous voulons continuer sur cette lancée, les hommes à nos côtés. Tellement reste à faire. Afin que les politiques publiques, la culture des entreprises et des institutions, les contenus médiatiques — eh oui, les relations amoureuses et sexuelles — évoluent dans le sens d’une véritable égalité entre les sexes.»

Si on s’en tient au texte, voilà le défi que nous propose la déclaration #EtMaintenant. Personne ne peut décemment s’opposer à cet appel qui trouvera sa place d’une manière ou de l’autre dans les débats politiques à venir. D’ailleurs, Philippe Couillard s’est empressé lundi de lui manifester son appui. Si nos élus veulent envoyer un premier signal rapide en guise de réaction, ils pourraient répondre sans tarder à l’avis du Protecteur du citoyen, Marie Rinfret. Elle a demandé qu’on élimine tout délai de prescription pour les recours civils en cas d’agression sexuelle, de violence subie durant l’enfance ou de violence d’un conjoint ou d’un ex-conjoint. C’est marginal dans le débat, mais ça demeure important.