Pour affirmer savoir nager, un jeune doit être capable d’effectuer une entrée dans l’eau par roulade, question de démontrer qu’il sait s’orienter après une chute inattendue, il doit pouvoir nager sur place pendant au moins une minute et se déplacer sur une distance de 50 mètres.

Entre gros bouillon et tragédie

Je suis plutôt du genre maman cool, pas parent-­poule pour deux cennes. Du genre de celles qui laissent leurs enfants sauter, grimper, s’éloigner un peu, prendre des risques — calculés — et gérer leurs chicanes eux-mêmes — jusqu’à un certain point. Je ne panique pas à la moindre chute et crois même que c’est souvent bénéfique de se faire bobo ; c’est l’expérience qui rentre, comme dirait mon père. Mais, comme bien des parents, s’il y a une chose que je crains et pour laquelle j’augmente ma vigilance de quelques crans, c’est la baignade.

Une psychanalyse pourrait probablement relier cette peur à un traumatisme. Peut-être pas non plus. Mais je me rappelle très bien les cinq secondes les plus longues de ma jeune vie de maman.

J’étais dans le « pas creux » d’une piscine publique avec mon bébé d’un peu moins d’un an. J’avais de l’eau à peine plus haut que les chevilles. Ma petite barbotait à mes pieds. Un brouhaha a attiré mon attention au loin l’instant de cinq secondes. Lorsque mes yeux sont revenus vers elle, elle avait basculé à l’horizontale, sa tête était complètement submergée, et elle avait probablement déjà avalé quelques tasses d’eau.

Heureusement, on en a seulement été quittes pour une bonne frousse — et une bonne quinte de toux. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ce qui aurait pu se passer si mon regard avait dérivé plus longtemps...

Âge critique

Mon anecdote n’a rien d’exceptionnel. C’est même la classique histoire de la plupart des récits du genre. C’est la fin qui fait que ça varie sur l’échelle dramatique. Pourtant, entre le gros bouillon et la tragédie, il n’y a bien souvent que quelques secondes d’écart.

« Pour un enfant d’âge préscolaire, on ne parle que de 15 à 20 secondes sous l’eau pour provoquer la noyade », indique Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage du Québec.

À cet âge, les petits respirent environ aux 3 à 5 secondes, explique-t-il. C’est donc dire que durant ce court laps de temps, ils auront tenté de respirer de 5 à 7 fois en moyenne.

C’est pourquoi, à cet âge, il recommande très fortement aux parents d’être dans l’eau avec les enfants lorsque ceux-ci se baignent. « S’ils ne sont pas à portée de main, ils sont déjà trop loin », dit-il, en cette semaine de prévention de la noyade au Québec qui se termine.

M. Hawkins conseille aussi d’enlever tous les objets flottants et autres jouets des plans d’eau lorsque la baignade est terminée puisque souvent, explique-t-il, ce n’est pas tant l’eau en tant que telle, mais bien les bebelles qui s’y trouvent qui attirent les enfants.

Du reste, on connaît tous grosso modo les consignes de sécurité pour prévenir les noyades. Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire ou vérifier votre niveau de connaissance en la matière, je vous suggère de visiter le www.baignadeparfaite.com.

Surveillant désigné

Mais laissez-moi vous proposer ici deux autres trucs moins connus de la majorité et que je trouve fort intéressants, à commencer par l’idée de M. Hawkins­ de nommer, à l’instar d’un conducteur désigné lorsque l’alcool coule à flots, un surveillant désigné lors des fêtes où sont réunis plusieurs invités.

Car, rappelle le DG de Société de sauvetage du Québec, ce contexte est souvent à risques puisque tous tiennent un peu pour acquis que les autres ont un œil sur les enfants, qui se retrouvent finalement à n’être surveillés par personne, ou alors de façon inappropriée.

« Quand on a un mandat de surveillance, ce n’est pas le moment d’être sur son téléphone, de jouer dans ses plates-bandes, de tondre le gazon ou de s’occuper des invités », rappelle M. Hawkins.

Bien sûr, on peut alterner les surveillants, question que tous y trouvent leur compte et profite un peu de la fête, mais lorsqu’on est en devoir, on ne fait que ça, insiste-t-il.

Flotter

Autre astuce : si un jeune ne sait pas encore nager, on peut lui apprendre d’abord à flotter, question qu’il soit au moins en mesure de se maintenir à la surface sans trop d’efforts. « C’est de plus en plus une approche qu’on préconise, d’enseigner aux enfants à se mettre en position dorsale, de pencher leur tête vers l’arrière et de prendre le contrôle de leur respiration. »

M. Hawkins met par ailleurs en garde contre notre tendance à surestimer notre capacité à savoir nager. « Savoir se baigner est une chose, savoir nager en est une autre », précise-t-il.

Pour affirmer savoir nager, une personne doit être capable d’effectuer une entrée dans l’eau par roulade, question de démontrer qu’il sait s’orienter après une chute inattendue, il doit pouvoir nager sur place pendant au moins une minute et se déplacer sur une distance de 50 mètres.

À la fameuse question « à quel âge mon enfant peut-il se baigner seul ? », la Société de sauvetage du Québec n’a pas de réponse autre que « fiez-vous à votre jugement ». « Je renvoie souvent la question en demandant aux parents “à quel âge le laisse-t-on jouer seul dans la rue ? ” Ça dépend de chacun. »

Attention, pour terminer, au faux sentiment de sécurité. Ce n’est pas parce qu’un tout-­petit porte son flotteur qu’il est à l’abri de la noyade, et ce n’est pas parce qu’un plus vieux sait nager que la témérité ne le poussera pas au-delà de ses capacités, ou même à défier les règles jusqu’à tenter de plonger tête première dans 3 pieds d’eau, avertit encore M. Hawkins.

Sur ce, bonne et heureuse baignade !