En fin de bout du compte

CHRONIQUE / « Depuis quelque temps, nous voyons écrite la locution “in fine” dans certains articles. N’est-ce pas un raccourci pour “en fin de compte” et, surtout, est-ce le bon terme? », Richard Fontaine, Marbleton

La locution latine «in fine» (prononcez «inefiné») existe en français depuis la fin du XIVe siècle, selon le Petit Robert. Elle veut dire «à la fin», «en fin de compte». Auparavant, on l’utilisait surtout dans les livres, pour faire référence à la fin d’une page, d’un chapitre, d’un article ou d’un ouvrage. Elle était surtout employée dans la langue didactique et spécialisée.

Mais cette locution est en effet de plus en plus utilisée dans la langue courante comme synonyme d’«à la fin», «en fin de compte». Et, pour répondre à votre question, oui, c’est effectivement un raccourci. Mais un raccourci tout à fait correct.      

«Les énergies renouvelables doivent in fine concourir à mettre à notre disposition des services énergétiques.»

En fait, les synonymes, à quelques nuances près, ne manquent pas dans ce contexte-ci : «à la fin», «au bout du compte», «en fin de compte», «en définitive», «en somme», «en dernier lieu», «en conclusion», «ultimement», «somme toute», «tout compte fait»... L’avantage d’«in fine» est que cette locution est beaucoup plus courte, ce qui la rend notamment attirante pour l’écriture journalistique.

Mais «in fine» ne bat très certainement pas, en matière d’usage, la très en vogue «au final», sur laquelle j’avais signé une chronique en 2014. À l’époque, cette locution était acceptée par mon Petit Robert (édition 2011). Il semble toutefois qu’elle soit de plus en plus critiquée, notamment par l’Académie française, qui la rejette, la considérant comme grammaticalement fautive. D’autres la considèrent comme familière.

La Banque de dépannage linguistique a donc cru bon de rédiger un article sur «au final» l’an dernier, dans lequel elle recommande d’éviter cette forme adverbiale dans la langue standard et soutenue, même si on n’arrive pas vraiment à dire d’où elle provient (certains pensent qu’il s’agit d’un anglicisme, d’autres d’une déformation du mot italien «finale», «dernier morceau d’un opéra»).

Malheureusement, la locution est déjà bien ancrée dans l’usage, mais il est vrai qu’elle est loin d’être indispensable. Dites simplement «à la fin» ou… «in fine» et on comprendra très bien.

«Cette obsession pour le résultat peut être très nuisible à la fin (au lieu d’«au final»).»

«Finalement (au lieu d’«au final»), Patrick et elle sont tombés amoureux, n’en déplaise à Joanie.»

«Au bout du compte, ils ont consommé moins de calories que ceux qui avaient d’abord empoigné un fruit.»

Dernier détail : l’expression «en bout de ligne» est considérée comme un anglicisme («at the end of the line»). Donc, à éviter.

Perles de la semaine  

Le Bêtisier 2018 d’Olivier Niquet est franchement une excellente source de perles de politiciens et aspirants politiciens.  

«Il y a deux façons de gagner en politique : on peut soit être élu, soit ne pas l’être.»
«Leur lune de miel va déchanter un peu en cours de route.»
«Les médias jousent un rôle fondamental dans la démocratie.»
«Les conclusions sont palpantes là-dedans.»
«J’ai voté oui en 1995 comme une forte majorité de Québécois.»
«Nous sommes tous issus de l’immigration. Nous étions tous des immigrants lorsque nous sommes arrivés ici en bateau, il y a des milliers d’années.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.