Le tandem Lussier-Picard n’aurait-il pas attiré l’attention des Sherbrookois de manière plus positive en enterrant au plus vite les différends du passé avec les syndicats plutôt qu’en mesurant la grandeur du carré de sable à l’intérieur duquel les conseillers Pierre Tremblay et Évelyne Beaudin devraient être confinés?

Durant un mois de cinq jeudis

PERSPECTIVES / Une autre année s’achève sans entente entre la Ville de Sherbrooke et ses employés sur les modalités de remboursement du déficit de l’une des deux caisses de retraite, conformément aux règles prescrites en 2014 par l’ancien gouvernement libéral.

Ne perdons pas espoir, les deux parties n’auraient jamais été aussi près d’un règlement. Sauf qu’il ne reste qu’une assemblée publique du conseil municipal en 2018, le 17 décembre, et celle-ci s’annonce déjà chargée, puisqu’elle sera soirée de budget.

À moins d’un empressement soudain, une entente interviendra quelque part en 2019. Avec de fortes probabilités que ce soit durant un mois comptant cinq jeudis!

Avec cette précision, c’est dire que les célébrations pourraient avoir lieu dès le mois janvier. Ou alors en mai. Ou en août. Ou en octobre. Faut se laisser une petite marge de manœuvre quand même, des fois que surviendraient d’autres imprévus…

Au moment de céder son poste au début du mois de juin, l’ancien directeur général Yves Vermette laissait pourtant entendre que ce n’était que formalité.

« Bien que les accords n’aient pas encore été dévoilés, les ententes de principe sont convenues avec les syndicats », a alors affirmé M. Vermette.

« L’accord sur les principes généraux remonte même à l’été 2017. Le désir des pompiers de se détacher de la caisse commune a cependant allongé les délais », précisait six mois plus tard Daniel Picard, maintenant aux commandes de l’appareil municipal.

Rappelons qu’à Sherbrooke, seuls les policiers ont actuellement un régime autonome. Celui-ci a d’ailleurs été soustrait aux contraintes de la loi 3, puisqu’il n’était pas déficitaire au 31 décembre 2013, la date ayant été fixée pour régler les comptes du passé. Depuis, employeurs et employés sont responsables à parts égales des manques à gagner qui pourraient survenir.

Je reviendrai plus loin sur la demande scission des pompiers, mais tant qu’à se rafraîchir la mémoire sur les dates et les chiffres, l’autre caisse était alors en déficit de 36,9 M$. La Ville ayant à sa charge 100 pour cent du manque à gagner de 18 M$ pour les rentes des employés qui étaient déjà à la retraite et 50 pour cent des 18,9 M$ pour garantir les promesses futures, la négociation qui se prolonge vise somme toute à déterminer comment les cotisants vont renvoyer autour de 9 millions et demi de dollars dans la caisse.

Il n’a jamais été question que les cols bleus, les cols blancs, les pompiers et les cadres signent un chèque à déposer dans la caisse commune lors d’une seule traite bancaire. Renoncer à des acquis du régime a une valeur qui se calcule.

De la même façon, les cotisants ont réussi au cours de la négociation à faire reconnaître des concessions du passé et, du coup, à réduire pour la peine leur dû. Les différentes parties le reconnaissent, mais refusent pour le moment de dévoiler à combien se réglera cette dette.

Revenons aux pompiers

« Oui, nos demandes ont nécessité d’autres analyses financières afin d’être équitables envers chacun, mais nous avons toujours pris l’engagement auprès des partenaires de ne pas retarder le groupe. S’il y avait eu insistance de faire face aux obligations de la loi 3 d’abord et de s’occuper du mode de sortie ensuite, nous n’aurions formulé aucune objection », soutient le président de leur syndicat, Simon Gilbert.

« Il n’y aurait eu aucun gain véritable à procéder de la sorte. Au bout du compte, les Sherbrookois n’auront rien perdu à attendre. Nous le démontrerons lors du dévoilement des accords », répond à ce sujet le DG de la Ville.  

En d’autres termes, si les caisses de retraite ont été dans le passé un brasier ardent à circonscrire, avec la protection de la loi 3, il n’y a plus le feu!

Ceci même si les Sherbrookois ont versé encore cette année plus de 10 M$ pour rembourser le capital et les intérêts sur les emprunts ayant servi à renflouer les caisses de retraite, somme représentant deux fois et demie le prix de la nouvelle caserne de l’arrondissement de Lennoxville, occupée par des pompiers permanents.

Un montant équivalent figurera dans la colonne des dépenses au budget 2019, puis l’année suivante, puis en 2021. Ces obligations financières s’estomperont quelque peu à compter de 2022, mais ce n’est qu’à partir de 2024 qu’elles chuteront dans les dépenses de fonctionnement de la Ville à la même des 4 M$ alloués pour la plus récente caserne.

« Nous sommes tout près d’un règlement et j’ai vraiment hâte que ça fasse », exprime prudemment comme souhait le maire Steve Lussier.

L’entente se profilant à l’horizon aurait été conclue l’été dernier ou avant, qu’elle n’aurait pas libéré l’administration municipale des dettes du passé. Elle n’aurait pas non plus augmenté de manière significative les sommes disponibles pour fermer le budget 2019 sans hausse de taxes.

Mais une mise à jour minimale aurait été de mise, étant donné que ce boulet financier n’est pas disparu d’un coup de baguette magique non plus. Dans le bilan de sa première année à la mairie, Steve Lussier n’a même pas effleuré le sujet. Il a préféré mettre en valeur sa croisade à lui : la fin des paiements en double aux fournisseurs de la Ville.  

C’est un très bon coup, reconnaissons-le, sauf que les économies ainsi réalisées — que M. Lussier n’a d’ailleurs pas encore réussi à chiffrer — seront minimes par rapport aux dizaines de millions qui auront été versés pour renflouer les caisses de retraite. Nouveau maire, nouveau directeur général, l’occasion était pourtant belle de marquer la transition.

Le tandem Lussier-Picard n’aurait-il pas attiré l’attention des Sherbrookois de manière plus positive en enterrant au plus vite les différends du passé avec les syndicats plutôt qu’en mesurant la grandeur du carré de sable à l’intérieur duquel les conseillers Pierre Tremblay et Évelyne Beaudin devraient être confinés?

C’est une opinion bien personnelle, mais je pense que oui. Dans le même contexte, j’aurais accordé une telle importance à rassurer au plus vite mes commettants que j’aurais probablement manqué de temps pour me préoccuper de la seconde.