Philippe Couillard défend ses choix énergétiques même s’ils grugeront une bonne part des profits que les réseaux municipaux de Sherbrooke, Magog et Coaticook espéraient de contrats avec des entreprises de cryptomonnaie. Le premier ministre demeure d’autre part très serein quant à ses chances de réélection en octobre.

Droit devant

CHRONIQUE / Heureux de vous croiser aujourd’hui à Sherbrooke, mais les élus du Haut-Saint-François vous attendaient plutôt mardi pour le coup d’envoi des serres de cannabis à Weedon.

« Le produit est maintenant légalisé et les gens auront droit au soutien du gouvernement comme pour les autres types de production. Nous serons là », assure le premier ministre Philippe Couillard.

Un projet de 200 M$ engagé sans la moindre participation gouvernementale, avez-vous vu ça souvent?

« Non! Mais tant mieux si cela se produit, ça nous permettra de soutenir d’autres projets de plus petite taille ou plus risqués. De toute évidence, ces investisseurs [MYM Nutraceuticals] jugent que leur risque est bas à cause de l’ouverture des marchés. »

Les rentrées annuelles de 30 M$ pour le gouvernement québécois et de 17 M$ pour le fédéral que pourrait générer ce seul projet, y croyez-vous?

« Pas au début, mais ce n’est pas improbable. Il faut commencer par implanter des réseaux de production et de distribution fonctionnels afin d’investir par la suite une partie des revenus dans la prévention, et notamment dans l’enseignement aux jeunes de la consommation sécuritaire du produit. Si ça va plus loin, on verra. Mais pour l’instant, ce ne sont que des hypothèses. »

C’est un Philippe Couillard confiant et détendu que j’ai rencontré sur la terrasse du marché de la Gare. Il n’a aucune crainte de perdre tous les sièges libéraux de l’Estrie aux mains de François Legault.

« Moi aussi, je souhaite que les Estriens obtiennent des meilleures conditions salariales, mais en fonction de la réalité du marché du travail. Lorsque M. Legault se retrouvera à devoir expliquer comme il s’y prendra pour tenir cet engagement, ses réponses vont devenir vaseuses. »

Le premier ministre Couillard a toutefois été précédé à l’hôtel de ville de Sherbrooke par une nouvelle qui n’était sûrement pas à son agenda du jour. La Régie de l’énergie du Québec accepte que les freins que son gouvernement a appliqués à la clientèle énergivore de la cryptomonnaie viennent gruger 3 M$ dans les bénéfices attendus d’une entente commerciale négociée par Hydro-Sherbrooke.

« Le Québec a une puissance installée d’environ 37 000 ou 38 000 mégawatts et nous avions reçu des demandes totalisant 17 000 MW. On ne peut pas consentir le tiers de l’énergie à une industrie générant aussi peu d’emplois », a-t-il justifié.

Cette décision provinciale est imposée aux réseaux municipaux, dont ceux de Sherbrooke, Magog et Coaticook. Les trois subiront une perte de rentabilité dans ces projets de l’ordre de 40 %. Ne s’agit-il pas d’une ingérence dans des entreprises ne relevant pas de l’État québécois?

« Ces réseaux auraient peut-être dû attendre la politique tarifaire qui vient d’être fixée avant de signer des ententes. Il était sage d’y aller prudemment. »

Une forme de compensation est-elle envisageable?

« Je ne peux tout de même pas être blâmé pour un contrat que d’autres ont signé », se détache Philippe Couillard.

Le maire Lussier n’interprète pas ces propos comme une fermeture complète. Il prétend avoir perçu une certaine ouverture lors de sa rencontre privée avec le premier ministre.

Mais pour reprendre l’expression que son prédécesseur Bernard Sévigny utilisait chaque fois qu’il avait à défendre les acquis des réseaux municipaux devant les autorités provinciales, le maire « négociera en culottes courtes ».

Sur l’incontournable dossier de la santé, le premier ministre Couillard est d’avis que les 37 M$ que son gouvernement a accordés en rattrapage au CIUSSS de l’Estrie-CHUS devraient convaincre les électeurs, incluant les médecins et autres employés du réseau de la santé, que l’élagage des structures s’est avéré de la saine gestion pour réinvestir des économies administratives dans les soins aux patients.

Et cela, en dépit de la hausse significative du taux d’absentéisme s’étant répercuté autant dans la disponibilité de personnel et que dans les 5 M$ payés en temps supplémentaire. Malgré la grogne qui prend de l’ampleur dans la MRC Memphrémagog où un front commun réclamera ouvertement la semaine prochaine le rétablissement d’une gouvernance locale.

« Les organisations bureaucratiques, pour moi, ça vient au deuxième rang. Ce qui compte pour les gens de Magog, c’est qu’ils reçoivent les soins de bonne qualité et je suis persuadé qu’ils le sont. »

Les sondages dévastateurs qui suivent Philippe Couillard et les membres de son parti n’ébranlent en rien le premier ministre qui marche droit devant avec la conviction que son bilan lui permettra d’obtenir un deuxième mandat.

Voici le moment de spéculer : entre les actions libérales et celles du cannabis médical lesquelles prendront ou perdront le plus de valeur d’ici le jour du scrutin, le 1er octobre?