Doux pansement pour l’âme

CHRONIQUE / Ma mère, ma fille et ma petite-fille m’accompagnaient récemment pour une visite au cap Sainte-Anne de la Doré. Pour tout dire, depuis que je connais l’existence et l’histoire de ce sanctuaire religieux, je me fais un devoir d’y retourner souvent. En m’y rendant, je touche, en quelque sorte, au passé de mes ancêtres.

Pour résumer la jolie saga de ce lieu, ce sont mes arrière-grands-parents paternels qui en sont les fondateurs. Très chrétienne, mon arrière-grand-mère, Alvine Asselin, marchait son kilomètre en forêt tous les matins pour aller « rencontrer » sainte Anne. Elle allait lui demander d’intercéder pour empêcher que ses fils soient obligés de participer à la Seconde Guerre. Ses prières ont été entendues.

Quelque 80 ans plus tard…

Évidemment, pendant la visite, ma petite Ayden questionnait.

- C’est qui sainte Anne?

- C’est la mamie de Jésus, lui réponds-je.

- Pourquoi il y a des béquilles accrochées sur les murs?

- Ce sont des gens malades qui les ont laissées là. Quand ils sont repartis, ils étaient guéris.

- Pourquoi? Pourquoi?

Un héritage sans prix
Avec tendresse, comme plusieurs familles de toutes les religions du monde le font, nous inculquons, à notre façon, des valeurs spirituelles à cette petite de 4 ans qui se plaît à écrire de mignons papiers à Jésus pour qu’il lui donne un petit frère, un chien ou un chat. Avec des A, des X et des triangles finement tracés, elle nous explique, avec ses mots d’enfant, que Jésus sait lire dans tous les cœurs. À l’Ermitage Saint-Antoine, elle connaît tout le processus pour allumer les cierges et les gens qui prient et qui la voient s’exécuter sont toujours charmés du spectacle qu’elle offre sans le savoir.

Tel que défini, la religion est destinée à ceux qui souhaitent poursuivre des rites et des formalités. Quant à la spiritualité, elle est là pour ceux qui veulent atteindre l’ascension spirituelle sans doctrines, théories, enseignements, obligations ou autres. Il n’est pas nécessaire de piloter un avion et de foncer dans des gratte-ciels pour vivre la spiritualité. Il n’est pas non plus obligatoire de donner sa vie et de se cloîtrer pour s’estimer spirituel.

Une triste et bien vide constatation
Certains de mes élèves de 17 ans avouent carrément être athées. «Je ne crois en rien», clament-ils sans persuasion, le cellulaire en main. Évidemment, certains m’accuseront de ceci cela, mais j’ai de la peine de savoir que plusieurs jeunes n’ont aucune entité vers qui se tourner quand ils ont de la difficulté ou des chagrins. Ils n’ont pas les outils pour prier, méditer ou aller faire un tour à l’intérieur d’eux. Vous savez, l’enseignement religieux dans les écoles n’avait pas que des défauts. Quand j’ai commencé à enseigner, en 1993, j’ai donné des cours de morale et d’enseignement religieux et il y avait des activités très intéressantes qui n’avaient rien de doctrinal. On y parlait d’amour universel, de pardon, de Bouddha, de Krishna, d’Allah et du bon – ou du mauvais – qui font partie des croyances.

La spiritualité est un refuge, un lieu de réflexion dans lequel l’âme est sollicitée pour que l’humain devienne meilleur et adopte des valeurs positives et riches. Quand elle est installée sainement à l’intérieur de nous, elle nous rend plus forts, plus sereins, plus heureux, plus sages. En plus de nous aider à concrétiser nos rêves et à faire naître nos plus profondes inspirations, elle nous permet de bonifier avec les années, d’espérer, de contrôler nos émotions malsaines et de changer nos manières de penser. Aussi, elle nous permet de humer la plénitude de la vie, de sentir la chaleur du soleil, de respirer l’odeur des saisons et des fleurs et de sortir sa langue lorsque tombe la pluie.