Douter de la date

CHRONIQUE / Si vous avez un profil Facebook, vous avez probablement vu passer la publication du Barreau du Québec qui nous prévient, pour éviter la fraude, d’écrire l’année 2020 au complet lorsque nous datons numériquement un document important.

L’avis donne comme exemple le 6 janvier 2020, que plusieurs auront tendance à transcrire 06/01/20. Ce faisant, ils s’exposent à ce que quelqu’un modifie l’année en ajoutant deux autres chiffres à la fin. Par exemple, 06/01/20 risque d’être changé pour 06/01/2019 ou pour 06/01/2021. «Une personne malintentionnée peut rendre votre document dépassé ou antidaté», écrit le Barreau.

Si cet avertissement est plus que pertinent, il comporte quelques erreurs et imprécisions. La première, que bon nombre d’abonnés Facebook se sont empressés de rappeler au Barreau, c’est que nous devrions toujours commencer par l’année quand nous transcrivons une date numériquement, ce qui, dans ce cas-ci, nous protège automatiquement contre la fraude. Pas de danger qu’un malfrat ajoute des chiffres à l’année avec la forme 20/01/06 (et encore moins avec 2020/01/06).

Le Barreau s’est empressé de réagir: «Nous souhaitons préciser qu’il existe effectivement une norme ISO (AAAA-MM-JJ) qui est sécuritaire, bien qu’elle ne soit pas spécifiquement utilisée, et dont nous recommandons l’utilisation. Notre publication visait essentiellement à sensibiliser les citoyens qui pourraient utiliser ce type d’écriture lorsqu’ils rédigent une date.»

Le «pas spécifiquement utilisée» a remis le feu aux poudres chez les personnes qui recourent toujours à cette notation en accord avec la norme internationale ISO 8601. C’est également la recommandation officielle de l’Office québécois de la langue française. Sauf erreur, au gouvernement, son usage est généralisé. De nombreux organismes, entreprises et établissements privés l’ont aussi adoptée.

Malheureusement, beaucoup de gens persistent à croire, au moment d’écrire une date en chiffres, qu’il faut respecter l’ordre naturel de la langue. Le problème, c’est que cet ordre peut varier d’une langue à l’autre. Chez les francophones, on commence par le quantième (6 janvier 2020), alors que chez les anglophones, on débute par le mois (January 6th, 2020). Il est donc parfois très difficile de s’y retrouver, notamment avec les factures, certaines caisses enregistreuses étant programmées à la manière anglo-saxonne. Est-ce que le 01/06/2020 est le 6 janvier ou le 1er juin? 

Autre détail: la Banque de dépannage linguistique propose trois options de «ponctuation» pour la date numérique, soit les traits d’union (2020-01-06), les espaces (2020 01 06) ou la fusion (20200106). Pas la barre oblique comme dans l’exemple du Barreau, car celle-ci sert à exprimer la division, l’opposition ou la séparation, jamais l’union.

Finalement, l’auteur semble se méprendre sur la définition du verbe «antidater». Beaucoup de gens pensent en effet que ce verbe veut dire «inscrire une date ultérieure . Mais c’est le contraire : «antidater» doit être employé lorsqu’on écrit une date antérieure à celle de la signature.

Ici, «anti» n’est pas le préfixe d’origine grecque signifiant «contre», comme dans «antigel» ou «antiadhésif», mais le préfixe d’origine latine signifiant «avant», plus souvent utilisé sous la forme «ante» («antécédent», «antédiluvien»).

Le bon verbe à employer est donc «postdater».

En résumé, un malfaiteur pourrait antidater un document fait le 6 janvier 2020 et le rendre expiré en écrivant 06-01-2017. Un autre pourrait prolonger indûment un contrat en postdatant son échéance par l’ajout du chiffre 22 à la fin (06-01-2022).

Rien n’a changé toutefois quant à la correspondance et les textes courants : on continue d’écrire «le 6 janvier 2020». Si on commence par le jour de la semaine, on le place entre l’article et la date. On évite le plus possible de le mettre avant l’article et de le faire suivre d’une virgule comme en anglais. Ce qui donne «le lundi 6 janvier 2020» (jamais «lundi, le 6 janvier 2020»).

PERLES DE LA SEMAINE

Comme les finalistes de la Coquille d’or 2019 de La Tribune ont eu un succès fou, restons dans la veine journalistique avec quelques perles que j’ai récoltées dans différents médias ces dernières années. 

«Le claviériste du groupe Half Moon Run a fait raisonner le piano.»

«La Galerie des Nans nous a amenés à ouvrir notre esprit [Nanas].»

«"C’est important d’avoir sa propre personnalité et une musique originale"», explique l’auteur-compositeur-interprète, qui prête aussi sa plume à d’autres artistes comme Nanette Walkman.

«Une dictée d’écriture inclusive est organisée à Paris pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes, sans prêter le flan à la caricature [flanc].»

«Parmi les grands anniversaires de la musique à souligner en 2019, nous prendrons aussi le temps de saluer Georges Moustaki et Nana Mouskouri, qui auront 85 ans [Moustaki est mort en 2013].» 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.