Steve Bergeron

« Dont » chéri

CHRONIQUE / «Le Bloc québécois est le seul parti dont sa députation se répartit quasi également entre les régions et les grands centres.» Il me semble que, dans cette phrase extraite d’une chronique, on devrait plutôt lire que «le Bloc québécois est le seul parti dont LA députation [...]». Sinon, selon mes connaissances, il s’agit d’un pléonasme de syntaxe. (Yvon Ricard, Sherbrooke)

J’ai publié en février une chronique sur le «dont» et j’y rappelais que son utilisation signifiait qu’il y avait un «de» quelque part, parfois bien caché. La question que vous soulevez souligne un autre aspect de ce pronom relatif, que j’avais abordé dans ma chronique du 25 novembre 2017, et que je reproduis ici au bénéfice de tous.

D’emblée, il faut savoir que «dont» tolère très mal les «de» qui tentent de lui voler son rôle. Voici les principaux accrochages.

«C’est de cette fille dont je te parlais.»

Vous avez déjà écrit ça? Alors vous avez déclenché la guerre. Le «dont» est furieux du «de» que vous avez nonchalamment déposé en début de phrase. C’est comme si vous aviez embauché un briseur de grève. Laissez-le faire son travail. Si vous persistez à garder votre «de», il va démissionner et se faire remplacer par «que».

«C’est cette fille dont je te parlais.»

«C’est de cette fille que je te parlais.»

Mais il arrive que le «de» se camoufle dans un adjectif possessif ou dans le pronom personnel «en» pour éviter l’expulsion.

«Cet homme dont tu ignores son passé...»
«Les informations dont j’espère m’en souvenir...»

Mais «dont» n’est pas dupe. Il hurle: «Le passé DE qui? Te souvenir DE quoi?» Le «de» sort alors de sa cachette et détale à toutes jambes. Sans «de», l’adjectif possessif redevient un simple article. Quant au «en», il disparaît et personne ne s’en soucie.

«Cet homme dont tu ignores le passé...»

«Les informations dont j’espère me souvenir...»

N’oublions pas non plus que «de» donne parfois «de la» au féminin et «des» au pluriel...

«J’ai écarté les candidats dont je doutais des compétences [ou «de la compétence»].»

Vous vous demandez où est le «de» problématique ici? Il est caché dans le «des», car on doute DE quelque chose. Sauf que là, «dont» ne peut pas simplement renvoyer le «de» ni le remplacer par un article («je doutais les compétences»). «Dont» exige alors de reformuler la phrase. Ou il fait appel à «duquel» et ses dérivés («de laquelle», «desquels», «desquelles») pour remplacer le «de».

«J’ai écarté les candidats dont les compétences étaient douteuses.»

«J’ai écarté les candidats des compétences desquels je doutais.»

La deuxième phrase peut vous sembler bizarre. C’est normal. Je me souviens d’avoir eu la même réaction dans mon cours de grammaire à l’université. Mais c’est vraiment la façon de faire.

«Les employées au supérieur desquelles vous avez parlé [et non «les employées dont vous avez parlé au supérieur»].»

«La dame sur le compte de laquelle vous avez déposé l’argent était une fraudeuse [et non «la dame dont vous avez déposé l’argent sur le compte»].»

PERLES DE LA SEMAINE

Au tour cette semaine de l’examen de fin d’année en musique. Attendez-vous à ce qu’on réponde de laver Maria puis d’ôter l’eau...

«Très jeune, Panini fut un virtuose du violon.»

«Tout le monde connaît, bien sûr, le "Boléro" de Ravenne.»

«Wagner illustre une séparation déchirante dans "Christian et Lisieux".»

«Ce chef-d’œuvre de Haendel s’intitule "Mais si! [Le Messie]".»

«Cette pièce de Jean-Sébastien Bach est le "Magnifique Cat".»


Source : «Le Sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


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