Une tornade a touché terre dans le secteur Orléans, dimanche, en début de soirée.

D’ici la prochaine tornade

CHRONIQUE / Cette fois, j’y ai cru.

Quand l’alerte de tornade a bipé sur mon téléphone intelligent, dimanche soir, je suis aussitôt sorti sur la terrasse pour m’assurer qu’un tourbillon de vent furieux ne s’approchait pas de ma maison.

Ma blonde et ma fille étaient en train de manger à la table de la cuisine. Plein d’idées me sont passées par la tête. Où est-ce qu’on se cache si la tornade fonce vers nous ? Dans le sous-sol ? Dans la cage d’escalier ? En tout cas, pas près des fenêtres qui risquent d’éclater sous la force du vent.

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Quand je suis sorti sur la terrasse, j’ai aperçu d’autres voisins qui scrutaient le ciel. Il faisait beau soleil. Une brise timide faisait frémir le feuillage de mes cerisiers de Pennsylvanie.

Où ça, une tornade ? À moins que…

Loin, très loin à l’est, j’ai aperçu un cône blanchâtre qui se détachait sur le gris sombre de l’horizon. Une tornade, ça ? Si haute dans le ciel ?

N’empêche, j’y ai cru.

Alors que la première fois, quand une alerte à la tornade a retenti sur mon téléphone, le 21 septembre dernier, je l’ai ignorée, convaincu qu’Environnement Canada jouait d’une prudence excessive et que rien n’allait se passer. Le lendemain, les images de Dunrobin et du quartier Mont-Bleu, dévastés par des tornades de catégorie 3, faisaient le tour du monde.

Dimanche soir, la tornade a touché terre dans le secteur Orléans d’Ottawa, déracinant des arbres, arrachant des toits et des clôtures, semant encore une fois la peur et la destruction. Les images diffusées sur les médias sociaux m’ont redit, cent fois plutôt qu’une, que j’avais eu raison d’y croire. Nous n’avons plus le choix d’y croire.

La région d’Ottawa-Gatineau est sur la ligne de front des bouleversements climatiques. Deux inondations et deux tornades dévastatrices en trois ans, sans compter la canicule de l’été dernier. De quoi ébranler même les climatosceptiques. Les orages violents et les tornades sont d’ailleurs des phénomènes appelés à survenir plus fréquemment, estime Environnement Canada.

Et pourtant, on y croit et on n’y croit pas en même temps.

Tant que les sinistrés des inondations ont eu les pieds dans l’eau, l’aide a afflué de partout. Maintenant que la rivière a recommencé à baisser, les sinistrés sont laissés davantage à eux-mêmes. Contrairement à 2017, l’armée canadienne n’est pas restée pour faire le nettoyage des sacs de sable. Même la proverbiale solidarité des Gatinois semble avoir pris une pause. À peine plus d’une centaine de citoyens ont répondu à l’appel de la grande corvée de nettoyage, en fin de semaine.

L’aide se fait plus rare. Alors qu’il reste beaucoup à faire, et que les cols bleus de Gatineau et Ottawa sont à bout de souffle. Imaginez l’épuisement des employés municipaux du Pontiac et de la Petite-Nation qui ont combattu les mêmes inondations, mais avec des effectifs moindres.

Lorsqu’on fera le bilan, il faudra réfléchir aux moyens qu’il convient de donner aux municipalités pour combattre les phénomènes météorologiques extrêmes et tout ce qui vient avec – comme les opérations de nettoyage et l’importante crise du logement qui se profile à Gatineau. Alors que les gros budgets politiques sont à Ottawa et à Québec, les villes doivent gérer des situations d’urgence malgré une « fiscalité préhistorique », notait avec justesse le maire Maxime Pedneaud-Jobin la semaine dernière. Il faudrait y voir d’ici la prochaine tornade.