Quinze après s’être fait diagnostiquer une maladie qui lui emporta les deux reins, l’ancienne députée Diane Barbeau a eu l’idée de raconter son histoire dans un livre.

Deux miracles pour le prix d’un

CHRONIQUE / Je m’en rappelle comme si c’était hier, c’était avant les élections du 14 avril 2003, la députée Diane Barbeau a dû se retirer en catastrophe.

Pouf.

C’était un mois à peine avant que Bernard Landry déclenche la campagne électorale qui allait porter les libéraux de Jean Charest au pouvoir, Diane était bien décidée à être réélue une troisième fois dans Vanier.

J’étais journaliste au parlement de Québec à cette époque, on la savait enceinte, ce qui ne l’empêchait pas de mener plusieurs dossiers de front. Elle s’est volatilisée du jour au lendemain, on a su qu’elle avait accouché avant terme, le jour de la Saint-Valentin. Puis, on a reçu un communiqué, elle se retirait pour des raisons de santé.

C’est moi qui avais écrit la nouvelle.

C’était la veille du déclenchement des élections. «Mme Barbeau a dû accoucher prématurément à cause d’un sérieux dysfonctionnement rénal diagnostiqué pendant la grossesse. Sa petite fille se porte mieux, venant tout juste de quitter les soins intensifs pour les soins intermédiaires. Quant à la mère, elle devra retourner cette semaine à l’hôpital, où elle subira jeudi l’ablation d’un rein. C’est à cette occasion que les médecins pourront en savoir davantage sur l’état du deuxième rein, qui serait atteint lui aussi.»

Elle s’est réveillée sans rein.

À 42 ans.

À partir de ce jour-là, les sondages et les pointages sont tombés bien bas dans sa liste de priorités. Il n’en restait que deux : sa fille Michelle et... vivre.

Quinze ans plus tard, c’est encore ça.

Diane a eu l’idée de raconter son histoire dans un livre, elle a demandé à son amie Marie Deraîche de mettre les mots sur ce qu’elle a vécu. Ce à quoi elle a survécu, dis-je.

D’entrée de jeu, Diane explique que, plusieurs fois, des médecins lui ont suggéré de partager ces années à se battre. 

Le livre est un récit intimiste, presque une conversation.

Il commence là où, pour ceux qui connaissaient Diane Barbeau la jeune députée, son histoire s’était arrêtée, comme en suspend. Si l’auteure revient sur cette vie d’avant, ce qui s’est passé jusqu’à cette Saint-Valentin de 2003, c’est pour donner la mesure du choc, la force qu’il a fallu à cette femme pour continuer à avancer autrement.

À avancer tout court.

Dans «Une histoire médicale bouleversante», réalisé à quatre mains et édité à compte d’auteur par Marie Deraîche, Diane Barbeau raconte comment elle a été catapultée dans le système de santé, elle qui n’avait jamais été malade avant, comment elle a frôlé la mort, mais toujours choisi la vie.

Rendue possible, jusqu’à aujourd’hui, par la dialyse. Longtemps chez elle, puis à l’hôpital, puis encore chez elle.

Elle a bien failli avoir une greffe de rein, elle y a cru jusqu’au matin où l’opération était prévue. Mais les tout derniers tests ont décelé de nouvelles métastases, rendant l’entreprise trop risquée.

Le deuil de l’espoir est un des plus douloureux.

Plus que les séjours à l’hôpital, nombreux, où on l’a rafistolée chaque fois, où on a «étiré la sauce», selon ses propres mots. Elle a aussi su dire non, parfois, à des traitements, à des gestes médicaux. Elle a accepté ses limites tout en les repoussant. En vivant une journée à la fois.

Vraiment.

J’ai appris des choses, qu’Air Transat lui a permis de voyager dans le sud avec sa fille et son amoureux, en assurant que les liquides nécessaires à ses traitements allaient être transportés à une température adéquate, que Sunwing n’a même pas cherché une solution pour ça.

Elle a voyagé, tant qu’elle a pu.

Elle ne peut plus, maintenant. À 57 ans, Diane Barbeau est dépendante d’une machine qui ne peut plus prendre l’avion. Elle n’a plus l’énergie non plus. Elle vit à son rythme, elle écrit à ses amis plutôt que de les voir.

Sa fille a 15 ans.

C’est à elle que Diane dédie ce livre. Sans Michelle, Diane ne serait peut-être plus là. «Ma grossesse est à l’origine de la découverte du cancer des reins. L’accouchement d’une magnifique blondinette, Michelle, va sceller mon sort au sien. Sa naissance m’a littéralement sauvé la vie.»

Deux miracles pour le prix d’un.