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Julie Myre-Bisaillon
Collaboration spéciale
Julie Myre-Bisaillon

Des tuteurs et des tomates

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J’ai ressorti mon vieux dictionnaire papier que je garde par principe et nostalgie. J’ai cherché le mot tuteur. Je n’ai rien trouvé de bien rassurant dans le cadre de ce qui nous occupe ici, c’est-à-dire les élèves. Ça parlait d’actes juridiques et…de tomates. Ou presque. Je suis un peu, à peine, de mauvaise foi.

J’ai ressorti mon vieux dictionnaire papier que je garde par principe et nostalgie. J’ai cherché le mot tuteur. Je n’ai rien trouvé de bien rassurant dans le cadre de ce qui nous occupe ici, c’est-à-dire les élèves. Ça parlait d’actes juridiques et…de tomates. Ou presque. Je suis un peu, à peine, de mauvaise foi. 

Je me suis ensuite dit que Legendre (Dictionnaire de l’éducation, 1993) devait avoir une option plus intéressante et j’ai trouvé : « Le tuteur est un guide, un instructeur qui enseigne à une seule personne ou à un petit groupe d’élèves à la fois ; c’est un conseiller d’élèves ». 

On trouve aussi, dans différents textes, des définitions plus ou moins convaincantes qui laissent finalement un flou sur le concept de tuteur. Tantôt il se distingue de l’enseignement classique, il a parfois les connaissances que l’élève doit maitriser, mais pas tout le temps, son rôle est de conseiller, de guider. 

J’en reviens donc aux objectifs du programme de tutorat qui tarde à se mettre en place. Je suis donc un peu perdue sur les objectifs de ce programme de tutorat dont on attend toujours l’implantation dans les écoles. 

Est-ce que l’objectif du tutorat est de faire de l’aide aux devoirs? Je n’ai pas trop envie de discuter ici de cet objectif et je vous réfère à une précédente chronique sur ma conception des devoirs.

Est-ce que l’objectif du tutorat est de faire du rattrapage? J’ai aussi parlé de rattrapage dans une précédente chronique l’automne dernier.

Ça donne un peu l’impression qu’on tourne en rond, non? Et pendant qu’on tourne en rond, le soutien se fait attendre. 

Mais si l’objectif du tutorat est de faire du rattrapage scolaire, ça veut au minimum dire que les tuteurs doivent avoir une bonne connaissance des programmes scolaires, et que ce rattrapage doit se faire en concertation avec les enseignantes et les enseignants. Et elles et ils en ont déjà plein leurs bottines. 

Est-ce que l’objectif du tutorat est de soutenir les élèves en difficulté? Soutenir les élèves en difficulté dans leurs apprentissages est un métier en soi. 

Peut-être que c’est un peu tout ça en même temps. Et peut-être que c’est ça le problème. Une mesure générale pour un problème bien particulier, mais mal circonscrit.  

Maintenant. Où sont les tuteurs? Que le gouvernement ne puisse pas donner les chiffres exacts du nombre de tuteurs qui se sont inscrits directement auprès de leur centre de service peut se comprendre. Mais qu’il ne puisse pas être en mesure de donner le nombre de tuteurs qui se sont inscrits sur la plate-forme mise en place à cet effet, c’est quand même un peu étonnant. 

Si les tuteurs ne sont pas au rendez-vous, qu’on le dise. Et qu’on arrête de les attendre. 

Mais tsé, c’était un peu prévisible. Il y a une pénurie de main-d’œuvre en éducation. 

Déjà, on pourrait régler le problème des enseignants qui souhaitent faire du tutorat auprès de leurs élèves et qui j’avoue, je ne sais pour quelles raisons, ne semblent pas pouvoir partout. Si un enseignant veut faire du tutorat auprès de ses élèves, que le gouvernement paye ce qu’il faut. Point. C’est quand même la personne la mieux placée pour aider ses élèves qui en ont besoin. Et, parce qu’il y a aussi une question de relation importante à établir entre l’adulte et l’enfant. 

Le fait est quand même qu’on semble manquer de tuteurs pour faire du tutorat dont on a mal défini les objectifs tout comme on a mal défini les caractéristiques des élèves qui pourraient en bénéficier. On trouvera donc dans cette mesure peu de solutions à court ou moyen terme. 

J’en reviens donc souvent à une partie de la solution : nos attentes. Se rappeler, décréter s’il le faut (parce que le gouvernement est fort dans les décrets par les temps qui courent) que la qualité des apprentissages est peut-être plus garante d’un bel avenir que la vitesse à laquelle on apprend. Et en ce sens, je me permets de revenir (dans un lien pas subtil pantoute avec ma dernière chronique) sur l’idée des cycles d’apprentissage. 

Dans cette perspective ingénieuse, je trouve (et comme elle est mise en place dans certaines écoles), on donne aux enfants deux ans pour réaliser les apprentissages du cycle. Cette idée présente des avantages pour les enfants les plus doués comme pour les enfants qui avancent à un rythme différent. Si on planifiait les groupes différemment l’an prochain? Dans cette idée d’apprentissages par cycle? 

On a planté autour de 600 plants de tomates cette semaine à la ferme. Et je crois que leurs tuteurs seront installés bien avant que les tuteurs débarquent dans les écoles. Malheureusement. La semaine de relâche se termine. On attendait le soutien dans les écoles dès septembre... on aurait pu prendre l’été pour s’organiser. Peut-être qu’on a un peu trop espéré au gouvernement que la situation reviendrait à la normale, comme par magie. 

Une chose est certaine, ça va prendre plus que des tomates pour améliorer la situation. 

Julie


P.S. 1 Les effets de la pandémie sur les apprentissages seront difficiles à mesurer parce que les élèves seront plus ou moins allés à l’école en présentiel selon les régions, auront plus ou moins eu accès à l’école à distance selon toutes sortes de considérations, auront plus ou moins bénéficié de soutien, d’adaptation, etc. Il faut donc être prudent dans cette mesure. Mais ils sont et seront réels et nécessiteront un investissement majeur en éducation.  

P.S. 2 J’aimerais ça revenir vous parler d’évaluation, mais surtout à ceux qui croient que les notes sont importantes pour stimuler la compétition et parce qu’il faut préparer nos enfants à un monde compétitif. Et si on les préparait plutôt à changer le monde? Rien de moins.