Le nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC) est reçu très positivement chez les manufacturiers de l’Estrie œuvrant dans le secteur de l’automobile et incite notamment la compagnie Waterville TG à remplacer des équipements datant d’une soixantaine d’années.

Des raisons de célébrer

PERSPECTIVES / Le nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC) donne des ailes aux entreprises manufacturières de l’Estrie œuvrant dans le secteur de l’automobile.

Le ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a misé sur ces réactions enthousiastes pour vanter les mérites de l’entente ayant jusqu’à maintenant été perçue assez négativement au Québec.

« Tout en reconnaissant que cet accord pose un défi aux producteurs laitiers, il y a des choses à célébrer puisque des garanties viennent consolider pas moins de 2000 emplois en Estrie. C’est majeur pour notre économie et pour la confiance des investisseurs », s’est réjouie la ministre Bibeau.

Le président de Waterville TG, Benoit Tétreault, a corroboré ses dires en expliquant que l’imposition de tarifs douaniers aurait été « catastrophique » et aurait sérieusement hypothéqué les activités des usines de production de bandes d’étanchéité de Waterville et Coaticook, du centre de distribution de Sherbrooke ainsi que l’atelier de fabrication de pièces de Windsor.

« Au lieu de cela, nous nous retrouvons dans une conjoncture favorable au développement de projets », a-t-il soutenu.

Les experts du centre de recherche de Waterville ont mis au point un nouveau mélange de caoutchouc devant assurer des gains en efficacité et en qualité dans la fabrication de bandes d’étanchéité. Des équipements datant d’une soixantaine d’années doivent être remplacés par de plus performants au cours des mois à venir.

Waterville TG a déjà compté jusqu’à 1200 salariés dans la région. Ce nombre a chuté à 800 personnes, à la suite notamment d’une décision interne de la compagnie Toyota Gosei, une filiale de Toyota, de transférer la production des bandes d’étanchéité des populaires modèles Camry et Corolla au Mexique.

À ce sujet, la ministre Bibeau affirme qu’une brèche a été colmatée.

« Y’a des avancées pour protéger les conditions de nos salariés parce qu’au moins 40 % des composantes d’une automobile devront avoir été fabriquées par des employés gagnant au moins 16 $ de l’heure. Les augmentations de salaire sont souhaitables au Mexique, mais ne doivent pas se faire au détriment de nos travailleurs », a-t-elle souligné en présence d’employés.

Le gouvernement fédéral a récemment été critiqué pour avoir radié une dette de 2,6 milliards du constructeur automobile Chrysler qui n’a jamais remboursé le prêt qui lui avait été consenti, en 2009, pour se sortir de crise. L’ancienne compagnie Chrysler a malgré cela été acculée à la faillite.

Avec des bénéfices de 4,3 milliards US en 2017, la nouvelle entité corporative, Fiat Chrysler, est rentable et sa filiale Jeep constitue d’ailleurs l’un des clients les plus attrayants pour Waterville TG.

« Nos deux derniers contrats de développement ont été signés avec Fiat Chrysler. Le premier est en production depuis un an et lorsque les deux le seront, ils représenteront près de 40 % de nos activités. C’est majeur. S’il n’y avait pas eu de soutien pour Chrysler, on peut présumer que nous n’aurions jamais obtenu ces contrats », admet d’emblée le président Tétreault.

Ce dernier affirme d’autre part que sa compagnie a des plans pour l’usine de Coaticook, qui est sous-utilisée.

« Les activités actuelles vont s’y poursuivre et de nouvelles fonctions pourraient lui être attribuées. Tout cela dans un contexte de relations de travail positif et favorable au renouvellement de la convention collective de nos employés. »

Ainsi va Waterville TG ainsi va la compagnie Multi X, qui embauche 160 personnes à Coaticook et 140 à Windsor (MX), puisque 100 % de son chiffre d’affaires dépend des contrats de sous-traitance effectués pour ce client.

« L’accord est sécurisant pour nous face à la concurrence du Mexique et les signaux positifs envoyés par Waterville TG sont fort encourageants », juge une des coactionnaires de Multi X, Laurraine Lemieux.

« L’accord de libre-échange nous incite à poursuivre nos investissements en haute technologie pour desservir Waterville TG et son concurrent, la société américaine Cooper. Autrement, toutes les entreprises auraient levé le pied », témoigne quant à lui Éric Bélanger, de la compagnie LWB\ISE de Magog.

Un optimisme contagieux règne donc dans la filière estrienne de l’automobile.

« Je suis heureux d’entendre cela. Je m’en réjouis. Sauf que ça ne sera le cas d’aucune production agricole. Aucune! C’est courtois de la part de la ministre Bibeau d’organiser des assemblées de cuisine avec quelques producteurs, mais c’est au niveau national que doivent se prendre les décisions. Je veux plutôt que Mme Bibeau nous assure que les sommes pour le dédommagement seront inscrites dans le prochain budget fédéral. Les conservateurs nous avaient promis 2 milliards et les libéraux n’avaient plus que 250 millions une fois rendus au pouvoir », commente le président de l’UPA de l’Estrie, François Bourassa.

« Cette décision n’engage pas que ma parole à moi. C’est un engagement ferme de la part du gouvernement et oui, nous répondrons à cette demande concrète d’ici l’élection », répond à cela la ministre Bibeau.