Des nouvelles de la chève du PQ

SÉANCE D'ORTHOGRAPHE / « Le mot "cheffe" est-il désormais accepté? Il me semble que je le rencontre souvent dans vos pages. N’aviez-vous pas déjà écrit qu’il fallait écrire "une chef" »? Jean Côté,

Effectivement, j’avais signé une chronique sur le sujet en avril 2011. C’était à l’époque où Pauline Marois était chef du Parti québécois. Le texte s’intitulait « La chève du PQ ».

En théorie, si la règle avait été suivie, le féminin de « chef » aurait été « chève ». Tout comme « bref » donne « brève », « veuf » donne « veuve » et « vif » donne « vive ». Mais étant donné la ressemblance du mot « chève » avec un autre mot qui aurait sûrement offusqué bien des dames, faut-il s’étonner que cette forme n’ait pas été retenue? Cela aurait pu donner d’inquiétantes tournures, du genre : « Encore une fois, les militants du PQ ont pris leur chève comme bouc émissaire. »

On s’entend donc pour dire... Qu’écris-je là? On ne s’entend pas du tout! En France, le mot « chef » est presque exclusivement masculin. Il sera accepté au féminin par familiarité ou pour des fonctions techniques.

Au Québec, on dit « la chef » sans aucun scrupule dans la langue soutenue. Finalement, en Suisse, l’orthographe « cheffe » est courante.

Sachez donc que, pour un journaliste français, Pauline Marois sera probablement le chef du Parti québécois, alors qu’ici, où la féminisation a une longueur d’avance, elle peut être la chef sans problème. Elle a failli être aussi la « cheffesse ». Le mot désigne la dignité de certaines femmes aux îles Marquises.

Cette féminisation épicène (le mot reste le même au masculin et au féminin) s’applique à tous les contextes. On dira donc correctement « une grande chef cuisinière », « une chef accessoiriste », « une chef caissière », « une infirmière-chef », etc.

Quant au mot « cheftaine », il est réservé au scoutisme et aux autres mouvements similaires pour désigner les jeunes femmes responsables d’un groupe. Le mot vient de l’anglais « chieftain », lequel est issu... de l’ancien français « chevetain », qui voulait dire « capitaine ».

Maintenant, qu’en est-il sept ans plus tard? Force est de constater que le féminin « cheffe » semble vouloir s’imposer ici aussi, comme en Suisse. Même s’il s’agit d’une forme inhabituelle et que j’ai régulièrement prévenu mes collègues qu’ils pouvaient écrire « une chef », le clou ne rentre pas. Par ailleurs, les fiches du Grand Dictionnaire et de la Banque de dépannage linguistique ne la désapprouvent pas.

Dans ces cas-là, il vaut mieux ne pas trop gaspiller d’énergie à tenter de revenir en arrière. Tant qu’on ne voit pas apparaître des « veuffes » qui donnent des réponses « breffes » et « définitiffes ».

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca