Lucie Mandeville
Les élèves prennent les mesures sanitaires comme un nouveau jeu.
Les élèves prennent les mesures sanitaires comme un nouveau jeu.

Des mesures sanitaires à assouplir

CHRONIQUE/ Les enfants du primaire sont retournés en classe. Cela se passe bien, nous disent certains enseignants. Ils font ce qu’on leur dit. Ils respectent la distanciation sociale, dans la mesure du possible, suivent les flèches, se lavent les mains. Ils prennent les mesures sanitaires comme un nouveau jeu.

Ces mesures dans les écoles primaires rassurent le public, surtout les enseignants et les parents qui craignent la propagation de la COVID dans leur famille. Mais quels sont leurs effets sur la santé psychologique? Ces mesures entravent-elles le développement de l’enfant?

Toute mesure sanitaire utilisée avec excès peut avoir des effets secondaires nocifs. Par exemple, le lavage de main permet d’éliminer le virus, mais un lavage excessif peut causer l’irritation de la peau. Un professeur de la maternelle relatait qu’un enfant doit se laver les mains huit fois par jour, sans compter les fois où il va à la toilette. Or quand un enfant présente ses mains rouges, toutes irritées, on parle d’un effet secondaire nocif. Un deuxième exemple : le port du masque peut protéger contre la contagion, pour une personne infectée par la COVID. Sur une longue période, il peut provoquer rougeurs, sécheresse et démangeaisons. À ces problèmes cutanés, les dermatologues donnent le nom de dermite de confinement! Pour un enfant, voir son professeur porter un masque peut être angoissant.  

Des mesures sanitaires peuvent ainsi avoir un effet secondaire nocif sur la santé psychologique. À ce sujet, dans une entrevue radio, un professeur du primaire confiait que le plus dur en classe, c’était de ne pas toucher les enfants. La distanciation sociale rend très difficile le soutien dont a besoin un enfant en trouble d’apprentissage.

Il est désormais interdit pour les élèves du primaire d’aller consoler un ami qui pleure dans un coin de la classe.

L’école est un lieu de socialisation, surtout en bas âge. C’est là que les enfants apprennent à vivre en société. Sur une liste d’une quinzaine de comportements sociaux désormais prohibés, il y a entre autres l’interdiction d’inviter un ami à jouer, de faire des travaux d’équipe, de partager le matériel, de prendre soin physiquement de l’autre. Ne reste de permis qu’un sourire, un clin d’œil!

Un encadrement démesurément structuré contribue à l’anxiété et la dépression. Dans une classe de maternelle, un enfant qui a envie doit désormais lever la main, déclarer où il va et suivre les flèches pour être sûr de ne croiser aucun élève. Des marques au sol lui indiquent où s’immobiliser, où prendre sa place.

À cet âge, un enfant apprend en bougeant, en manipulant les choses. On parle d’un apprentissage kinesthésique. Il s’agit d’une alternative à l’enseignement pour un enfant en difficulté d’apprentissage. Selon les nouvelles mesures sanitaires, la possibilité de manipuler ou d’explorer le matériel est limitée. Plus étonnant encore, un enfant de la maternelle doit rester assis à la même place, seul, pour la grande majorité de la journée.

Qu’en est-il de la sécurité affective des enfants?

Par ces temps de coronavirus, le mot clé est « sécurité ». Or, un enfant peut se sentir très peu rassuré dans un environnement où son professeur porte un masque et où il lui est interdit de consoler un ami.

La sécurité ne peut être réduite au contrôle du risque. Surtout lorsqu’il est prouvé que les enfants sont à peine touchés par le virus. Selon les données disponibles au Québec, les enfants et les adolescents représentent un faible pourcentage des cas infectés (moins de 5 %). La majorité des enfants infectés présentent des symptômes légers.

Malgré cette information largement diffusée, la peur chez les enseignants et les parents demeure. Une personne dont la peur persiste doit être aidée. Avec le temps, elle apprendra à gérer ses insécurités. Socialement, il faut limiter la propagation de la peur, qui est plus contagieuse qu’un virus.

Durant cette longue période de confinement, nous avons pu réaliser que les enfants s’adaptent mieux que les adultes. Le revers à la médaille, c’est qu’à un âge précoce, les enfants en gardent des séquelles. Je me joins aux pédiatres et pédopsychiatres, ainsi qu’à nombre de spécialistes en santé mentale, pour demander d’assouplir les mesures sanitaires. Laissez les enfants s’entraider et jouer dehors ensemble. Une école doit être un milieu chaleureux, dans un environnement favorisant la sécurité affective.