Selon l’étude d’Option consommateur, il y aurait au moins 300 jouets intelligents sur le marché canadien.

Des jouets pas si intelligents

CHRONIQUE / Comme moi, plusieurs parents auront vu passer cette semaine les résultats préoccupants du rapport de recherche Enfants sous écoute, dévoilé par Option consommateur mardi.

Selon l’organisme voué à la protection des consommateurs, les jouets dits intelligents présenteraient de nombreux risques pour la vie privée et la protection des renseignements personnels. Munis de micros, de caméras, etc., ces gadgets branchés soulèvent de sérieux enjeux liés à la cybersécurité et au partage, voire au piratage, d’informations personnelles.

Plusieurs scandales impliquant quelques-uns d’entre eux ont d’ailleurs éclaté dans les dernières années, et certains évoquent de véritables scénarios de films d’horreur, dont celui entourant la poupée My Friend Cayla, du fabricant Genesis, qui présentait un système de sécurité tellement déficient que des pirates pouvaient réussir à parler avec les enfants à travers le jouet à l’aide d’un simple téléphone !

En 2015, aux États-Unis, la Hello Barbie avait alerté le FBI, qui avait émis un avertissement aux consommateurs pour les prévenir des risques semblables que posaient ces appareils.

Au Canada, cette même année, des pirates avaient pu accéder « aux renseignements personnels de plus de 316 000 enfants canadiens hébergés sur les serveurs de l’entreprise VTech, qui fabrique des tablettes pour enfant », rappelle-t-on en outre dans le rapport d’Option consommateur.

Big Brother is watching our kids !

D'autres inconvénients

À mon grand bonheur, ce genre de bébelles n’a pas encore passé le seuil de ma porte. Et je dois avouer que, sans juger qui que ce soit, j’ai de la difficulté à comprendre comment des parents peuvent accepter que Cozmo-le-robot-qui-reconnaît-les-visages ou Chip-le-chien-qui-réagit-à-son-nom entrent dans leur demeure. Ne martèle-t-on pas assez et partout la dépendance de plus en plus précoce aux gadgets intelligents et au temps des jeunes passé devant les écrans ?

Bon, il faut dire que je suis encore réticente à faire de la place aux jouets à piles qui, à mon avis, coûtent trop cher, surstimulent des cerveaux en plein développement en faisant trop de bruits et de lumières… et finissent par vite ne servir qu’à envahir les placards puisque les enfants ont tôt fait de s’en désintéresser.

C’est peut-être cliché, mais de ce que j’ai pu observer, les enfants s’amusent encore aujourd’hui bien plus avec une grosse boîte de carton qu’ils peuvent transformer en ce que bon leur semble qu’avec n’importe quelle affaire sophistiquée. Et mon impression est loin d’être fausse !

Dans l’alarmant constat dressé par Option consommateur, il est un autre aspect des jouets intelligents sur lesquels les médias se sont moins attardés, mais qui est tout aussi pertinent, selon moi, à savoir le peu d’avantages qu’ils offrent.

Une fois la curiosité passée, l’enthousiasme s’estompe vite, y apprend-on. « Le temps d’utilisation dépasse rarement une semaine », relève en conclusion du rapport la psychologue Hélène Besner. Pourquoi ? Parce que les enfants se sentent vite limités dans leur exploration.

« [...] Le jouet intelligent impose son rythme, ses règles et ne permet pas aux enfants d’utiliser leur imagination et leur créativité débordante », explique-t-elle.

De plus, « ces jouets ne répondent pas aux besoins des enfants de cet âge, qui ont besoin de se confronter à la réalité et aux contraintes des liens sociaux, poursuit-elle. (...) L’enfant trouve (dans ce type de jouet) le compagnon idéal qui ne le contrarie jamais et dont il est le maître. Le jouet ne parle pas et est toujours disponible ».

« Ils (les enfants) s’adressent au jouet, mais se ravisent rapidement lorsqu’ils se rendent compte qu’il ne réagit pas à ce qu’ils disent », a-t-elle pu observer.

Une autre étude réalisée aux États-Unis en 2017 confirme ces observations. « Les auteurs de cette étude ont, eux aussi, constaté que les enfants repèrent rapidement les réponses préprogrammées et répétitives de ces jouets et démontrent une certaine frustration lorsque le jouet ne répond pas à leurs questions ou ne semble pas vouloir changer de sujet, malgré leurs demandes explicites à cet effet », est-il stipulé.

Fiou ! les enfants sont donc encore plus intelligents que leurs jouets ! Mais pour combien de temps encore ?

Trop loin?

Les progrès en matière d’informatique et d’intelligence artificielle rejoindront tôt ou tard la science-fiction et capteront peut-être davantage l’attention des jeunes. « Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’une nouvelle ère : l’« intelligence » des jouets continuera à se perfectionner et même les jouets traditionnels, comme les briques Lego ou les jeux de société, seront intégrés aux nouvelles technologies », avertit Option consommateur dans son rapport.

« La nouvelle génération de jouets combinera également les réalités virtuelle et physique ; ainsi de nombreux prototypes de jouets utilisant la réalité augmentée ont été présentés dans des salons du jouet, tels qu’un sabre laser de Jedi ou un masque de superhéros à réalité augmentée », ajoute-t-on.

Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est qu’un fusil-jouet permettant une expérience de jeu en réalité augmentée (le AR Toy Game Gun de Dlife) existe déjà ! Dans mon livre à moi, l’étape suivante, c’est tuer quelqu’un pour vrai…

Je m’interroge donc sur l’impact que pourront avoir de tels appareils sur des petits cerveaux en plein développement. La ligne est déjà si mince, voire pas tout à fait définie entre les mondes réel et imaginaire dans la tête d’un enfant…

Et quand on y pense bien, les enfants expérimentent déjà et de façon innée leur propre réalité augmentée. Depuis toujours, ils n’ont pas besoin de gadgets pour croire au père Noël, avoir peur des monstres, se transformer en superhéros ou voir des licornes. Est-il vraiment nécessaire de pousser l’expérience plus loin ?