Que l’on soit pour ou contre le registre québécois des armes à feu, que l’on possède ou non des armes, on devrait tous garder en tête le danger potentiel qu’elles présentent. Certains individus peuvent posséder des armes, mais tout le monde a le droit de vivre en sécurité.

Des guns et des droits

«Nous devons mettre des policiers armés dans chaque école de cette nation.» - Wayne Lapierre

CHRONIQUE / Je connais peu de chose à la violence. J’ai mangé quelques coups de poing sur la gueule dans ma jeunesse, j’en ai distribué autant. J’ai déjà assisté à une bataille qui a dégénéré à coups de briques. Et je connais un gars qui a reçu un coup de couteau dans l’épaule. C’est à peu près tout.

Si j’étais né à quelques centaines de kilomètres plus au sud, mes chances d’assister à des fusillades ou de me faire tirer une balle dans la tête seraient nettement accrues. N’en déplaise aux lobbyistes de la National Rifle Association et à leur sulfureux patron, Wayne Lapierre, l’occasion fait le larron. Dès qu’un individu a une arme à feu dans les mains, les probabilités de voir cet individu l’utiliser de façon inappropriée sont considérablement augmentées. Leur optimisme commercial ne tient pas la route face aux réalités statistiques.

Avec les 357 millions d’armes à feu en circulation aux États-Unis, on dénombre un meurtre par balle toutes les heures, près de 10 000 cadavres par année. Toutes proportions populationnelles gardées, ils compilent 360 fois plus de morts par balle qu’au Japon, 36 fois plus qu’en Espagne, 18 fois plus qu’en France et 7 fois plus qu’au Canada. L’American journal for medecine transmet ces informations aux dirigeants et à la population, mais la volonté politique ne passe jamais à l’action. Pourquoi? « Parce que les armes ne sont pas dangereuses, ce sont les individus qui sont responsables de leurs actes ». Voilà le principal argument des amoureux du deuxième amendement de la constitution américaine. On retrouve aussi cette logique chez nous, auprès des amateurs d’armes révoltés par le registre des armes à feu et l’obligation de s’y enregistrer.

Mon ami Guillaume a des guns, plusieurs guns, près d’une dizaine de guns! Une véritable passion. Ce jeune père de famille représente l’amateur d’armes modèle : bonne santé mentale, connaissance approfondie des dangers et des responsabilités, irréprochable au niveau de la sécurité (ses armes de poings ont des verrous de pontet et sont entreposées dans un coffret verrouillé à l’intérieur d’un coffre blindé et ses balles reposent dans un troisième coffre dans une autre pièce). Je lui confierais mes bébés!

« Aux États-Unis, ils ont un problème, ils vendent des armes à n’importe qui. Au Canada, c’est pas du tout la même réalité. » Guillaume redoute les amalgames entre les armes à feu et les morts violentes. « Quand t’as une tête sur les épaules, il n’y a aucun danger ». Mon pote pratique le tir sportif et la chasse depuis des années, jamais eu d’incidents. « Mais c’est sûr qu’il y a des fous pis des dangereux qui font ça n’importe comment. C’est pour eux qu’on doit imposer une réglementation serrée. » Un de ses amis cowboys sur les bords a d’ailleurs failli lui tirer dans la jambe. Cet ami s’est suicidé depuis, avec une arme à feu. « La réglementation et les permis, c’est correct, mais le nouveau registre c’est inutile, de l’argent dépensé pour rien! »

Guillaume me rappelle que les criminels n’ont rien à foutre du registre et qu’ils trouveront toujours des armes sur le marché noir. De plus, même les policiers québécois sont divisés sur l’utilité du registre. Il a raison sur ces deux aspects. Mais si ça permet d’éviter un seul meurtre ou une seule intervention policière tragique? « Ouain… » Guillaume n’y croit pas vraiment; il s’inscrira au registre québécois de reculons, à la dernière minute.

J’ai manqué de mots quand ma sœur m’a appris qu’une de ses meilleures amies s’était fait abattre dans sa maison de Trois-Rivières-Ouest. En plus de cette lumineuse jeune femme de 22 ans, les deux assassins ont aussi tué sa petite sœur et l’amoureux de celle-ci. La jalousie meurtrière était peut-être inévitable, mais on peut parier qu’il y aurait eu des survivants si les deux adolescents de 17 ans coupables de ce carnage n’avaient pu avoir accès à des armes à feu.

Posséder des armes à feu à la maison multiplie le risque de mortalité par balle, que ce soit lié à un crime, un accident ou un suicide. Dans les cas de tueries, de mass shooting comme on s’habitue à en voir aux États-Unis, l’utilisation des armes à feu automatiques fait exploser le nombre de victimes. Et bien que la fréquence des accidents de chasse soit en diminution, on compte encore de trop nombreux décès et blessés chaque année au pays.

Ce que les États-Uniens considèrent comme un droit est un privilège au Canada. Que l’on soit pour ou contre le registre québécois des armes à feu, que l’on possède ou non des armes, on devrait tous garder en tête le danger potentiel qu’elles présentent. Certains individus peuvent posséder des armes, mais tout le monde a le droit de vivre en sécurité.