Des bracelets électroniques, ça presse

CHRONIQUE / Que faudra-t-il qu’il arrive encore pour qu’enfin on installe un bracelet électronique aux hommes violents, aux tueurs et aux criminels en libération conditionnelle ?

Il me semble qu’en 2020, il y a assez de gadgets électroniques et de GPS pour savoir en tout temps où se trouvent ces personnes violentes. On attend quoi, au ministère de la Justice, pour utiliser l’électronique pour protéger les femmes de la violence ?

Le cas récent de Marylène Lévesque, une Saguenéenne de 22 ans, qui a été tuée par un homme en liberté conditionnelle qui avait assassiné sa conjointe à coups de marteau et de couteau en 2004, devrait suffire pour passer à l’action. Cet assassin avait été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans. La Commission des libérations conditionnelles le considérait à risque élevé de violence envers une partenaire en 2007, mais le considérait à « risque modéré » en mars 2019 quand il a été remis en semi-liberté.

Voulez-vous m’expliquer ce que ce gars là, modérément à risque de tuer une femme, faisait en semi-liberté à travers la population. On ne parlera pas ici de l’inexplicable permission qu’on lui a accordée de pouvoir rencontrer des femmes pour assouvir ses besoins sexuels, c’est un autre dossier qui va sûrement revenir dans l’actualité.

Bracelets pour les éloigner

Ces tueurs de femmes, ces batteurs de femme, ces responsables de violence conjugale devraient porter un bracelet électronique, un bracelet anti-rapprochement, appelez ça comme vous voulez, mais les victimes de ces hommes violents devraient avoir l’esprit tranquille grâce à des moyens électroniques pour s’assurer que leur bourreau se garde à distance. Ça se fait ailleurs dans le monde et ça fonctionne.

Avec les technologies modernes, nous n’avons pas besoin de gardiens ou de policiers qui surveillent sur écran où se déplacent les tueurs et hommes violents, il y a des algorithmes qui s’en occupent pour nous.

On est capable aujourd’hui de savoir en tout temps où sont nos enfants avec des applications facilement disponibles sur des téléphones intelligents, alors la victime de violence conjugale devrait savoir en tout temps où se trouve l’homme qui l’a battue. Elle devrait aussi avoir un système d’alarme qui s’active quand le batteur de femme s’approche d’elle et de son système de détection.

Un algorithme pourrait facilement avertir la police et la victime de violence quand l’homme violent est en dehors de sa zone de sécurité. Le bracelet anti-rapprochements est décrit comme un dispositif électronique portable au poignet ou à la cheville autant par l’ex-conjoint violent que par sa victime. À l’intérieur d’un certain rayon, une alerte est lancée pour aviser les services de police, qui peuvent par la suite intervenir directement. Combien de femmes devront mourir pour qu’on contrôle enfin ces responsables de la violence conjugale ?

L’article 810 ne suffit plus

Il me semble que ce n’est pas compliqué à comprendre et à mettre en application. Des centaines de femmes subissent de la violence conjugale chaque année dans la région (plus de 400) et c’est le cas de plusieurs milliers de femmes au Québec (4016 dossiers pour violence conjugale à Montréal en 2018).

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, en 2015 dans la province, 19 406 personnes ont été victimes de crimes contre la personne commis dans un contexte conjugal. Ces crimes ont fait 15 131 victimes féminines (78 %) et 4275 victimes masculines (22 %). Les femmes composent la totalité ou presque des victimes d’homicides (72,7 %), d’enlèvements (100 %), de séquestration (97,0 %) et d’agressions sexuelles (97,4 %) commis par un conjoint ou un ex-conjoint et les auteurs présumés de violence conjugale étaient des hommes 8 fois sur 10 (80 %).

Le fameux article 810 du Code criminel, qui peut interdire à un conjoint violent d’entrer en contact avec sa victime, ne suffit pas. Il n’y a rien qui empêche un ex-conjoint violent de retourner chez son ex, même s’il a un article 810 tatoué dans le front. Il faut trouver une façon de protéger les femmes et les enfants contre les hommes violents.

Manifestation à la mémoire des femmes décédées

À la Maison ISA de Chicoutimi, qui est un Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, on mise plus sur l’éducation, l’information, la sensibilisation et l’égalité homme femme pour lutter contre la violence conjugale.

« En 2018 au Canada, 148 femmes et filles ont été tuées (118 en 2019, NDLR). De 1980 à 2017, 4000 femmes autochtones ont disparu. Il faut que les gouvernements mettent sur pied des campagnes de sensibilisation », fait savoir Christine Audet, intervenante sociale à la Maison ISA de Chicoutimi.

« Le jeudi 30 janvier, nous organiserons un rassemblement devant le Palais de justice de Chicoutimi pour honorer la mémoire de ces femmes victimes de féminicide. Nous voulons sensibiliser les gouvernements à l’importance de lancer une campagne pour promouvoir l’égalité entre les sexes et faire disparaître les nombreux préjugés dans notre société à l’égard des femmes », informe Christine Audet.

L’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation indique que les femmes autochtones, qui constituent 5 % de la population, ont représenté 36 % du total de filles et femmes assassinées.