Le registre sur le règlement d’emprunt de 26 M$ à Sherbrooke ne changera pas les plans de l’administration municipale pour le projetWell Inc., mais il a révélé une duperie que nos représentants municipaux ont laissé passer dans le silence ou l’insouciance.

Des barbelés devant l’hôtel de ville

CHRONIQUE / Pour mieux connaître notre nouveau maire Steve Lussier, je l’ai questionné sur ses goûts culinaires : préférez-vous la tarte chaude ou servie à la température de la pièce?

« Y’a rien pour battre une bonne tarte réchauffée », m’a-t-il répondu avant d’ajouter un peu perplexe, « pourrais-je savoir en quoi cela vous intéresse... »

Simple analogie avec le dossier Well Inc., Monsieur le Maire, étant donné que votre promesse de transparence a fondu aussi vite qu’une boule de crème glacée sur un morceau de tarte aux pommes sortant du four.

« Pas vrai, j’ai pris l’engagement d’être transparent, je m’emploie à l’être depuis mon élection et je vais le rester », a-t-il protesté.

Si c’est votre échelle du changement, pas besoin de s’équiper d’un ruban à mesurer.

Je ne suis pas parmi les 462 citoyens ayant signé le registre pour exiger la tenue d’un référendum sur le règlement d’emprunt de 26 millions $ que l’administration Lussier s’est donné pour se placer en position de négocier la meilleure entente possible les investisseurs privés qui pourraient devenir la bougie d’allumage de la revitalisation de la rue Wellington Sud.

Les échéanciers sont serrés et comme je suis familier avec la trésorerie municipale, je comprends que les fonds disponibles ne seront pas pour autant dépensés. De la même façon, les emprunts pour un boulevard ne servent pas à payer l’asphalte le lendemain.

Par contre, notre maire recrue ne peut aucunement prétendre qu’il a fait davantage que ses prédécesseurs pour guider le citoyen de la rue — comme celui qu’il était il y a à peine six mois — dans le labyrinthe réglementaire que le gouvernement provincial a remanié au cours de la dernière année.

Fier d’avoir été en novembre le premier maire que les Sherbrookois peuvent voir en direct de leur foyer durant les séances publiques du conseil municipal, M. Lussier a échappé le ballon dès le mois suivant. La séance spéciale au cours de laquelle le règlement d’emprunt de 26 M$ pour Well inc. a été voté, le 21 décembre, n’a pas été filmée.

« Comme cette séance ne visait qu’à entériner une intention communiquée lors de l’assemblée précédente et qu’elle n’a duré qu’une quinzaine de minutes, nous avons fait le choix de ne pas l’offrir en webdiffusion pour une raison de coûts », m’a-t-on fait savoir dans l’appareil municipal.

« Vous me l’apprenez, je ne savais pas. Ni la décision ni les motifs. Je verrai à clarifier nos pratiques », s’est défendu à ce sujet le maire Lussier.

C’était pourtant là une opportunité pour lui de marquer ses différences. S’il avait expliqué devant les caméras son choix de procéder de la sorte plutôt que d’appliquer le moratoire lui ayant attiré plusieurs votes, s’il avait dès lors lui-même dévoilé les dates de signature du registre, il aurait du coup envoyé le message qu’il n’est pas partisan de la démocratie inversée. La documentation qu’il nous promet pour lundi et les séances de consultation à venir n’auraient-elles pas dû, en toute logique, précéder la période d’inscription au registre qui offre une prise légale aux citoyens?

Ça viendra peut-être un jour, mais M. Lussier n’a modifié aucune des habitudes du passé.

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Du gardien de la transparence, passons à nos gardiens de prison. À nos vétérans de la politique municipale qui ont refusé de suivre l’ex-maire Bernard Sévigny et les revendications qu’il a défendues comme président de l’Union des municipalités du Québec en faveur de l’abolition des référendums municipaux.

Reculons d’une année, alors que l’actuelle présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, était responsable de l’urbanisme à l’étape critique de l’adoption du nouveau plan de zonage. Il aurait fallu la signature de 3245 personnes lors du registre ouvert en avril 2017 pour lancer la ville en référendum sur ce nouveau plan d’urbanisme comme cela avait été le cas en 2007. La version améliorée a cependant passé le test haut la main avec seulement 55 requérants.

Peu de temps après, la conseillère Bergeron de même que ses voisins de district Annie Godbout et Julien Lachance ont appuyé une résolution de leur collègue Marc Denault réclamant officiellement le maintien du pouvoir référendaire des Sherbrookois.

Rémi Demers, Danielle Berthold et Chantal L’Espérance sont d’autres conseillers réélus en novembre à voir tenu de semblables propos. Tout cela pour dire que 9 des 14 membres du présent conseil municipal ont vécu les tiraillements politiques à ce sujet.

C’est en se référant à l’article 553 de cette loi adoptée l’an dernier par Québec afin de renforcer l’autonomie des municipalités qu’il a été établi que 8702 signatures étaient nécessaires pour forcer la tenue d’un référendum sur le présent règlement d’emprunt à Sherbrooke. Comme d’autres avant moi l’ont calculé, pour atteindre ce nombre, il aurait fallu un rythme soutenu de 174 personnes par heure en un seul lieu (l’hôtel de ville) pendant cinq jours. Ce n’est plus une barrière de contrôle, c’est une grille avec des barbelés!

Depuis quand connaissons-nous et appliquons-nous à Sherbrooke ces nouvelles règles?

Le projet de loi avait été présenté aux élus en atelier de travail avant le débat public ayant eu lieu au début du mois de juin et ces balises légales équivalant pratiquement à des menottes sont appliquées depuis le 16 juin 2017.

La fin de l’été, les premiers mois de l’automne, la campagne électorale, la mise en place du nouveau conseil de même que la période des fêtes ont passé sans qu’un de nos valeureux protecteurs ne dise mot. Pour protester ou à tout le moins pour nous informer que Québec avait rendu les référendums municipaux pratiquement inatteignables. Pas vrai, j’ai entendu la conseillère Bergeron réprimander cette semaine deux des nouveaux venus du conseil, Pierre Avard et Pierre Tremblay, qui ont eu la perspicacité de questionner les nouvelles règles!

Nous n’avons plus de maire chef de parti à qui faire porter l’odieux. Il ne reste que deux conseillers associés une formation politique et tous les autres élus, incluant le nouveau leader Steve Lussier, sont indépendants. Notre démocratie est-elle protégée pour autant?

Au lieu de la ligne de parti, il y a la ligne de conduite individuelle de feindre de ne pas savoir, de ne pas dire ou de refuser d’admettre que les citoyens de Sherbrooke et ceux des autres villes ont été dupés à cause du silence ou de l’insouciance de leurs représentants.