Denis Gratton
La Dre Lyne Pitre, de l’Hôpital Montfort, était la seule Franco-Ontarienne du groupe à recevoir l’Ordre de l’Ontario le 11 mars dernier.
La Dre Lyne Pitre, de l’Hôpital Montfort, était la seule Franco-Ontarienne du groupe à recevoir l’Ordre de l’Ontario le 11 mars dernier.

Un honneur en quarantaine

CHRONIQUE / C’était le 11 mars dernier, à Queen’s Park, quelques jours, voire quelques heures avant que le temps s’arrête. Le gouvernement remettait l’Ordre de l’Ontario à 21 citoyens, la plus haute distinction de la province.

La Dre Lyne Pitre, de l’Hôpital Montfort, était du nombre des récipiendaires. Et la seule Franco-Ontarienne du groupe à recevoir ce prestigieux honneur.

Native de Vanier et née à Montfort, la Dre Pitre a commencé à y travailler en 1988. En 1993, elle a été nommée chef du département de médecine familiale. Trois ans plus tard, elle prenait la tête du programme de résidence familiale, un poste qu’elle a occupé pendant plus de 20 ans. Durant ces deux décennies, elle a aidé à former plus de 220 étudiants francophones. Sa contribution à l’avancement de la médecine en français en Ontario et à la carrière d’un nombre impressionnant de médecins francophones est exceptionnelle. Et le pied de nez qu’elle et les autres médecins de Montfort ont fait au gouvernement de l’Ontario en 1997 lorsque celui a voulu fermer «notre» hôpital a marqué l’histoire de cette lutte inoubliable de la communauté franco-ontarienne. L’honneur que la Dre Lyne Pitre a reçu à Toronto en mars dernier est plus que mérité.

Mais quel a été, par la force des choses, le sujet principal de l’entrevue qu’elle a récemment accordée au Droit ? Poser la question c’est y répondre. Disons que les hommages et les remerciements qu’elle mérite amplement de la part des Franco-Ontariens et des francophones de partout au pays ne sont qu’en quarantaine. Ils viendront.

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LE DROIT: La propagation de la COVID-19 se poursuit à la vitesse grand V et les prévisions des experts n’ont rien pour nous rassurer. Êtes-vous inquiète, Dre Pitre ?

LYNE PITRE: Oui, c’est inquiétant. Mais il ne faut pas paniquer. Lorsqu’on panique, on ne pense plus et on devient imbécile. Il ne faut vraiment pas paniquer. Il faut être conscient de toutes nos actions, conscient qu’il faut faire attention, conscient que si on va prendre une marche avec un ami, de se tenir à au moins six pieds de lui. Il faut une conscience très grande. Oui, c’est sérieux. Mais on peut tous faire notre part.

Je suis en médecine familiale. La prévention dans mon domaine est numéro un. Donc la distanciation sociale est le meilleur moyen de prévenir. Ça, et l’hygiène de base. Se laver les mains, se laver les mains et se laver les mains. Tout le monde doit faire le mieux qu’il le peut pour éviter que ça devienne pire. La population a un grand rôle à jouer en maintenant la distanciation sociale et en restant à la maison.

LD: Comme médecin, vous avez vécu la grippe pandémique du H1N1 et du SRAS. Comment ces deux pandémies se comparent-elles à celle de la COVID-19 ?

LP: Je crois qu’on n’a rien vu d’aussi infectieux et d’aussi rapide (que la COVID-19). Et il faut dire que c’est excessivement médiatisé. Le SRAS n’a pas beaucoup touché Ottawa, c’était surtout à Toronto. Et les réseaux sociaux n’étaient pas aussi présents à l’époque. Ils l’étaient un peu plus avec la H1N1. Mais là, on n’entend rien d’autre aux nouvelles que ça.

LD: Croyez-vous que nos habitudes changeront à tout jamais après que cette crise sera chose du passé ?

LP: La nature humaine aime bien revenir à ses habitudes. Mais je crois qu’on aura appris certaines choses. Saviez-vous qu’avant le SRAS, nous n’avions pas de «Purell» dans les hôpitaux ? Tout à coup, les gens ont réalisé que de se laver les mains était important, alors que nos grands-mères n’arrêtaient pas de nous le dire quand nous étions enfants. (Rires). Il y a peut-être certaines choses qui étaient essentielles, autrefois qui ne le seront plus (après la crise). Comme la quantité de réunions. Là, on fait ça par «Zoom» (téléconférence). Or, on réalisera peut-être que quelqu’un qui reste dans son bureau en faisant du «Zoom» est beaucoup plus efficace, qu’il perd moins de temps et qu’il y a moins de voitures sur les routes. Je pense qu’on apprendra certaines choses.

LD: Certaines choses comme laisser assez de papier de toilette sur les tablettes de l’épicerie pour les autres. (Rires).

LP: Cette histoire n’a pas de bon sens ! (Rires). Je ne sais pas si c’est parce qu’une grippe en anglais s’appelle «flu» alors que pour nous, francophones, le mot «flu» est joual pour la diarrhée. C’est peut-être pour ça que les gens ont peur. Moi, mes grand-parents avaient une bécosse et ils utilisaient le catalogue Sears. On va retourner à ça, ç’a l’air ! (Rires).

LD: Merci Dre Pitre. Et félicitations pour l’obtention de l’Ordre de l’Ontario.

LP: Merci. Mais en recevant cet honneur, j’ai pensé à plein de Franco-Ontariens et de Franco-Ontariennes qui le mériteraient tout autant.»