Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
De gauche à droite (adultes) : Julie Lemieux, son conjoint Pierre, Marie-Ève Lemieux et Jonathan Aubin, et leurs deux enfants.
De gauche à droite (adultes) : Julie Lemieux, son conjoint Pierre, Marie-Ève Lemieux et Jonathan Aubin, et leurs deux enfants.

S’aimer à toute « épreuve »

CHRONIQUE / Marie-Ève Lemieux et Jonathan Aubin devaient célébrer leur 4e anniversaire de mariage jeudi entourés de leurs proches, de leurs amis et de leurs deux enfants âgés de neuf et 11 ans. Mais le sort leur réservait autre chose. En l’espace de quelques jours, leur vie allait basculer.

Le jeudi 13 août, plutôt que de célébrer leur union et leur amour qui croît depuis leur rencontre au secondaire, ce jeune couple a célébré la vie de Jocelyne Lemieux, la mère de Marie-Ève.

« Ma mère n’avait que 66 ans, dit sa fille. Elle avait des petits problèmes de santé, rien de trop graves, et elle devait se rendre à l’hôpital ce matin-là pour des suivis. Puis elle est décédée soudainement à l’hôpital. Même les médecins ne comprennent pas pourquoi elle est décédée. On dit que ses reins auraient cessé de fonctionner. L’autopsie le dira, on attend les résultats. Toute la famille est sous le choc. Je me console en me disant qu’elle est partie rejoindre mon père qui est décédé du cancer à l’âge de 48 ans. »

Le décès de Mme Lemieux est survenu le 27 juillet dernier. Veuve depuis 20 ans, elle habitait avec sa fille Julie, 44 ans, et le conjoint de celle-ci, Pierre, tous deux atteints d’une déficience intellectuelle. « Ma sœur Julie habitait avec notre mère depuis toujours », dit Marie-Ève.

À la mort de sa mère, Marie-Ève a accueilli sa sœur aînée et son conjoint chez elle, à Masson-Angers. « On est passé de quatre à six personnes dans la maison, dit Marie-Ève. La déficience de ma sœur Julie est légère. Celle de Pierre est un peu plus prononcée. C’est un peu comme avoir deux autres enfants avec nous », compare-t-elle d’une voix remplie de tendresse fraternelle.

« Julie et Pierre sont autonomes, renchérit Jonathan. Mais ils ne peuvent pas travailler, ou cuisiner, ou compter de l’argent, Pierre ne peut pas lire. »

« C’était décidé depuis longtemps que Julie et Pierre allaient venir habiter avec nous au décès de notre mère, reprend Marie-Ève. Mais maman est partie si soudainement que j’avoue que nous n’étions pas préparés à 100 %. On avait notre petite routine. »

« Mais on s’habituait à habiter ensemble, ajoute Jonathan. On avait amplement de place dans notre maison, on s’habituait de jour en jour. Ça allait bien. »

QUAND LE MALHEUR S’ACHARNE

« Ça allait bien », a-t-il dit…

Samedi le 1er août. Cinq jours après le départ soudain de la mère de Marie-Ève, moins de deux semaines avant les funérailles. Une date que Jonathan et Marie-Ève qualifient de « la journée où notre vie a réellement basculé ».

Il était presque midi. Marie-Ève se trouvait dans la cuisine, occupée à trier des photos de ses parents pour un montage qu’elle allait fabriquer pour la célébration de la vie de sa mère. Jonathan était à l’extérieur, au barbecue. De simples hot-dogs étaient au menu en ce doux samedi d’été et première journée d’août.

« Mais le barbecue ne dégageait pas une chaleur normale, raconte Jonathan. Il était pourtant neuf. J’ai vérifié la bonbonne de propane pour m’assurer qu’elle était assez ouverte et… ».

Et il y aurait eu un défaut dans le mécanisme. Le propane s’est soudainement propagé à la vitesse grand V. Jonathan a été brûlé au troisième degré au bras droit et il a subi des brûlures mineures au visage.

Et la maison a été complètement détruite par les flammes. Heureusement, le reste de la famille en est sorti sain et sauf. Jonathan a été transporté à l’hôpital de Buckingham où il a reçu son congé quelques heures plus tard. « Et depuis, dit-il, je dois visiter le CLSC quotidiennement pour changer les pansements à mon bras. »

L'incendie aurait été provoqué par un barbecue défectueux. 

« Jonathan m’a fait rire ce jour-là, se souvient Marie-Ève. Juste avant que les ambulanciers le transportent à l’hôpital, il m’a crié : 'Marie-Ève ! Les hot-dogs sont prêts !' »

Celle-ci était rassurée. Elle savait par cette blague que son Jonathan allait s’en tirer.

La maison de Marie-Ève Lemieux et Jonathan Aubin a subi des dommages considérables.

Mais ils étaient maintenant six personnes à la rue. Quatre adultes, deux enfants… sans oublier leurs deux chiens.

L’INCERTITUDE

Jonathan, 35 ans, est charpentier et menuisier professionnel. Marie-Ève, 34 ans, est éducatrice dans un CPE de Gatineau.

Hier, ce couple préparait la rentrée scolaire de leurs enfants. Aujourd’hui, en pleine crise de logement et en temps de pandémie, ils se cherchent un nid pour six personnes et deux chiens. Ils sont hébergés chez le frère de Marie-Ève et Julie, Stéphane Lemieux, jusqu’à ce qu’ils se trouvent un toit. Ils comptent bien se construire une nouvelle maison un jour sur les cendres de leur ancienne, mais d’ici là…

« Nous sommes neuf dans la maison de mon frère. Neuf personnes et trois chiens, laisse tomber Marie-Ève. On vit dans l’incertitude la plus complète. Nos enfants pourront-ils fréquenter la même école que l’an dernier ? Où allons-nous habiter ? Si nous trouvons un logement, l’école de ce quartier pourra-t-elle les accepter ? Je dois aussi vider l’appartement de ma mère. C’est un tourbillon. En l’espace de six jours, notre vie a basculé. »

UNE MAIN TENDUE

La nièce de Marie-Ève, Stéphanie Lemieux, a lancé une campagne de sociofinancement GoFundMe pour venir en aide à la famille de sa tante. Jeudi, plus de 5 000 $ avaient été recueillis vers un objectif fixé à 20 000 $.

« Ça me gêne un peu d’accepter ces dons, dit Marie-Ève. Mais d’un autre côté, on est tellement reconnaissant de toute l’aide qu’on reçoit et nous en avons réellement besoin présentement. Pendant l’incendie, nos voisins ont été merveilleux. Ils ont appliqué les premiers soins à Jonathan, ils ont accueilli nos “quatre enfants” dans leur maison pour leur offrir à dîner. Les gens sont extrêmement généreux et ça me touche beaucoup. Et un jour, je serai capable de remettre à la société. Que ce soit en faisant du bénévolat ou autre chose, c’est sûr et certain que je vais redonner à mon tour. »

« Nous avons aussi reçu des meubles, enchaîne Jonathan. Et si on trouve un logement non meublé, je crois que nous aurons presque tout ce qu’il faut pour se meubler convenablement. Mais une fois la poussière retombée, et une fois que nous aurons reconstruit, nous allons donner ces meubles à un organisme de bienfaisance. On donnera au suivant, c’est garanti. »

Ils ont tout perdu dans l’incendie qui a détruit leur demeure. Meubles, vêtements, appareils ménagers et électroniques… tout. Enfin, presque tout…

« Je crois que nous avions un ange gardien, dit Marie-Ève. Le feu s’est d’abord déclaré dans la cuisine et dans notre chambre à coucher. L’ordinateur sur la table de la cuisine a été brûlé, il a fondu et il s’est tordu. Mais juste à côté, sur la chaise, se trouvait l’album de photos de mariage de mes parents. Intact. »

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Si vous pouvez les aider : gofundme.com 

Mots clés : (Soutien à la famille de Marie-Ève et Jonathan)