Denis Gratton
Un gros moustique dont la piqûre est douloureuse se retrouve depuis peu au Québec et en Ontario.
Un gros moustique dont la piqûre est douloureuse se retrouve depuis peu au Québec et en Ontario.

La marche du maringouin

CHRONIQUE / Vous me permettez d’aborder un autre sujet ce matin que le coronavirus, la pandémie, le confinement, les masques, la distanciation sociale et/ou le Purell ?

Oui ? Merci.

Je m’éloigne de la COVID-19 pour vous parler d’une autre bibitte. D’une grosse bibitte. Une bibitte qui pourrait ruiner votre déconfinement estival.

Les entomologistes l’appellent le psorophora ciliata. Ici, on l’appelle le maringouin.

Mais je ne vous parle pas des maringouins communs, de ceux qu’on connaît tous. De ces petits fatigants qui se pointent en gang à la brunante pour vous obliger à rentrer, à vous asperger de Off ou à allumer des petites rondelles de citronnelle qui sentent le ‘iable et qui éloignent davantage les humains que les moustiques.

J’ouvre une parenthèse ici. Certaines personnes croient qu’on revient dans le corps d’un animal après notre mort. Je vous parie qu’on vous a déjà posé la question: quel animal aimerais-tu être à ta réincarnation ? Ma réponse: le premier maringouin de l’été. C’est cet insecte que je voudrais incarner à mon retour sur Terre. Parce que personne ne touche au premier maringouin de l’été. Nous sommes si surpris de l’apercevoir après de longs mois d’hiver qu’on ne fait que pointer vers lui, presque en admiration et en béatitude, en disant: «Oh ! Un maringouin !». Puis on le laisse filer sans broncher, comme s’il était interdit de toucher à l’un des premiers signes de l’été. Tous les autres maringouins qui suivront seront accueillis par un violent coup de tapette à mouches ou finiront leurs jours écrabouillés entre deux mains d’humain. Mais le tout premier, lui, a la vie sauve. Je voudrais être ce maringouin à mon retour. On ferme la parenthèse.

Alors ? On parlait de quoi encore ? Ah oui ! D’un gros maringouin. S’cusez.

C’est un texte paru dimanche sur le site de MétéoMédia qui a piqué ma curiosité. On apprenait que le psorophora ciliata fait 20 fois la taille d’un maringouin classique et que ses piqûres sont beaucoup plus douloureuses. Un drone armé, quoi.

«Originaire du sud des États-Unis, l’espèce indigène se retrouve au Québec et en Ontario depuis peu», pouvait-on lire dans ce texte publié dimanche. Et on ajoutait que ces maringouins format géant «se seraient déplacés graduellement du sud vers le nord des États-Unis, puis au Québec et en Ontario.»

Le <em>psorophora ciliata</em>

Je lisais ce texte lorsque j’ai eu une étrange sensation de déjà-vu. Cette histoire et ce nom – le psorophora ciliata – sonnaient une cloche. Je suis donc allé fouiller dans nos archives électroniques et j’ai retrouvé un texte que Le Droit a publié le 12 mars 2013, il y a plus de sept ans. En voici un passage:

«…Un maringouin 20 fois plus gros que ses semblables et originaire du sud et de l’est des États-Unis fera son apparition cet été au Québec et en Ontario. Les experts appellent ce gigantesque moustique: le psorophora ciliata».

Résumons. Il y a sept ans, ce Hulk des maringouins était à nos frontières – à Plattsburgh, mettons – et il allait «faire son apparition cet été-là au Québec et en Ontario». Aujourd’hui, sept ans plus tard, on apprend que ce même maringouin au physique d’Hugo Girard «se retrouve au Québec et en Ontario depuis peu».

Depuis peu ? J’en conclus donc que ça lui a pris sept ans à accomplir son trajet. Sept ans ! Misère… s’en venait-il à pied ?

Ce maringouin 20 fois plus gros que la moyenne ne représente aucun danger puisqu’il ne vole pas, il marche !

Sept ans pour se rendre de Plattsburgh à nous. On ne compte que 127 km entre Plattsburgh et Cornwall, à la frontière de l’Ontario. Ou à peine 100 km entre Plattsburgh et Montréal. Un humain pourrait accomplir ce trajet à pied en une journée ou deux. Qu’est-il arrivé à ce maringouin sur sa route ? A-t-il été arrêté en tentant de passer par le chemin Roxham ?

Conclusion. Si vous apercevez un immense maringouin marcher lentement en votre direction cet été avec son dard pointé vers vous, n’ayez crainte. Il devrait être rendu à vos pieds vers octobre ou novembre. Et à ce moment-là, vous n’aurez qu’à l’écraser.

Mais attention. On n’écrase pas le premier ! Le premier psorophora ciliata que vous verrez cet été, vous le pointez du doigt en disant: «Oh ! Un gros maringouin qui marche !», et vous le laissez passer. Il est probablement en route pour Québec.

Il devrait y être à l’été 2034. Peut-être 2035.