Denis Gratton
Depuis plus de deux mois, on passe de «linge mou» en «linge mou». Du salon à la cuisine. De Facebook à Zoom. Du lundi au dimanche. C’est le «jour de la marmotte», quoi.
Depuis plus de deux mois, on passe de «linge mou» en «linge mou». Du salon à la cuisine. De Facebook à Zoom. Du lundi au dimanche. C’est le «jour de la marmotte», quoi.

Advienne que pourra

CHRONIQUE / Avez-vous vu le mois de mai passer, vous ? Moi, non.

Nous sommes aujourd’hui le 1er juin. Hier, c’était le 1er mai. Avant-hier, le 1er avril. On ne voit pas le temps passer en confinement.

Depuis plus de deux mois, on passe de «linge mou» en «linge mou». Du salon à la cuisine. De Facebook à Zoom. Du lundi au dimanche. C’est le «jour de la marmotte», quoi.

Même mon chien semble se poser des questions. Lui qui, chaque jour, attendait impatiemment que je rentre du boulot semble parfois me regarder en se demandant: «Coudonc toi, as-tu oublié les règles du jeu ? Souviens-toi. Tu pars le matin, je t’attends toute la journée, tu rentres, je te saute dessus, tu me cries de ne pas te sauter dessus, je te saute dessus quand même, tu ris, je ris et on recommence le lendemain. Ce n’est pourtant pas compliqué. Allez ! Oust ! Vas là où tu vas !».

J’aimerais bien aller là où je vais. Ou là où j’allais. Mais je n’ai pas le droit. Pas encore.

Mais ce ne serait qu’une question de temps puisque paraît-il que nous sommes en période de déconfinement.

En voilà un autre mot que nous avons ajouté à notre vocabulaire depuis le début de cette pandémie: déconfinement. Après une longue période de «distanciation sociale», voilà le « déconfinement ».

Pour la distanciation sociale, ou physique, on a clairement compris. «Restez chez vous, tenez-vous à deux mètres des autres, lavez-vous les mains aux heures, toussez dans votre coude, répétez à qui veut vous entendre que «ça va bien aller» et tout ira bien». Rien de compliqué tout ça. Un peu embêtant, un peu lassant, mais rien de compliqué.

Le déconfinement, par contre, semble un peu moins clair…

« Les salons de coiffure peuvent-ils ouvrir leurs portes, j’aurais vraiment besoin d’une coupe de cheveux ?

—Non, pas encore.*

—A-t-on le droit d’inviter des amis à la maison pour un barbecue dans la cour arrière ?

—Oui, mais 10 personnes, pas plus.

—Puis-je inviter ma coiffeuse ?

—Est-ce une amie à vous ?

—Non, pas vraiment.

—Alors c’est non ».

« A-t-on le droit d’aller manger au restaurant ?

—Non, pas encore. Mais vous pouvez passer à votre resto préféré pour des mets à apporter.

—Si je me pointe trop tôt à ce resto et que mon repas n’est pas prêt, puis-je m’assoir sur la terrasse en attendant qu’il le soit ?

—Oui.

—Puis-je prendre un verre en attendant ?

—Non. »

« Si je commande un repas d’un restaurant d’Ottawa qui a un permis de vente d’alcool, puis-je ajouter une bouteille de rouge à ma commande ?

—Oui.

—Si je commande un souper d’un bar qui sert des repas, puis-je ajouter une bouteille de rouge à ma commande ?

—Non. »

« Dernière question. Les manifestations publiques dans les rues sont-elles permises ?

—Non, elles enfreindraient presque toutes les consignes établies en début de pandémie.

—Combien de personnes ont été arrêtées aux États-Unis ces jours-ci pour avoir enfreint ces consignes ?

—Aucune. »

« Dernière, dernière question. Y aura-t-il une deuxième vague de la COVID-19 à l’automne ?

—Fort probablement, oui. Et peut-être même cet été si les mesures de distanciation physique sont mal appliquées.

—Alors, pourquoi prendre le risque d’un déconfinement ?

—Afin qu’on puisse profiter de l’été».

C’est mêlant, n’est-ce pas ?

Juste une petite visite à l’épicerie et vous remarquerez que les consignes imposées semblent s’effacer très rapidement de la mémoire collective des gens.

Il y a à peine deux semaines, par exemple, un employé était affecté à la «décontamination» des paniers. C’était SA responsabilité. Un client rapportait un panier et l’employé s’assurait de désinfecter ce panier avant de le remettre à un autre client. Aujourd’hui, on laisse un rouleau d’essuie-tout et une bouteille de désinfectant à la porte et… faites-le vous-mêmes.

Nous ne sommes pas en mode déconfinement. Nous sommes en mode improvisation. Déconfinons-nous, croisons-nous les doigts et advienne que pourra.

Et si jamais nous devons nous «re-confiner» à l’automne… bof. Pas grave. On ne sera pas plus avancé, mais, au moins, l’hiver passera vite…

(*Les salons de coiffure du Québec (de l’extérieur de Montréal) peuvent ouvrir leurs portes aujourd’hui ).